Education populaire & Transformation sociale !
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Le 20/01/06, place du colonel Fabien
Réunion du vendredi 20 janvier 2006
Synthèse de la réunion par Alexia
mardi 31 janvier 2006
publié par Alexia Morvan

Marc Lacreuse fait un rappel historique du collectif pour accueillir de nouvelles personnes dans le groupe.
Ce rappel met en avant le travail accompli dans la première phase du travail du collectif :
- Texte de référence (adresse pour une université de l’éducation populaire)
- Méthode de travail (recherche-action ou action recherche), guidée par l’idée de rompre avec les pratiques corporatistes, permettre des confrontations, les installer dans le temps

La deuxième phase commence à partir de maintenant avec la prise de responsabilités plus fortes, collectives et individuelles, ce faisant nous ferons de l’éducation populaire entre nous.
Des sites « partenaires » pour les démarches de terrain : Saint-Denis, Nanterre, Les Lilas, Aubervilliers, Sevran, Tremblay, un hôpital psychiatrique, le CNAM, une coopération avec la revue Cassandre...
Pas un centime ne fait vivre pour l’instant la démarche, faut-il se constituer en association ? Aucune opposition enregistrée.

Des questions/ réactions :

Comment faire ?


- Les limites de la théorie, des discours par rapport au passage à l’acte (articulation théorie /pratique), les difficultés de réinterroger une institution, son fonctionnement, avec des personnes qui ne pensent pas comme soi.

Catherine et d’autres participants ont pu mesurer sur le terrain les limites de la théorie : Catherine souhaitait agir à partir de là où elle vit, à Aubervilliers, autour de la souffrance sociale des jeunes et a interpellé la boutique de quartier Paul Bert pour ce faire sans succès.
Elle pointe l’écart entre les discours tenus au sein du collectif et le passage à l’acte.

Cette difficulté à articuler théorie et pratique dans un lieu, une institution que l’on réinterroge est mentionnée par d’autres participants (Fernand, ...).

Pour Christian, l’exemple de Catherine peut tout à fait être analysé en terme d’éducation populaire : comment on explique la violence, permettre une prise de parole sur cette question, vers l’action collective ou analyser les résistances qui font que cela ne se fait pas, c’est de toute façon intéressant. Il mentionne les travaux de recherche-action menée en Méditerranée autour du hip hop et l’expérience de A. Gatti.

Nathalie, à Aubervilliers, a commencé un travail avec Fernand avec deux foyers de migrants, sur l’ici et l’ailleurs : double présence-absence pour des personnes devenues étrangères dans leurs pays d’origine et invisibles dans l’espace public français. Mais se pose la question du portage de la démarche qui pour l’instant faute d’association (au niveau du collectif) serait fait par des acteurs locaux.

Pour Madeleine, c’est réintroduire de l’utopie, elle travaille avec les malades, et cherche comment faire mieux ensemble. Avancer c’est s’engager dans du collectif, s’affirmer en tant que sujets.

Pour Henry, il faut à la fois observer et être acteur de l’action. Comment les uns et les autres nous abandonnons notre petit pouvoir local à d’autres, ce sont des difficultés à pénétrer. Il se trouve que vis-à-vis des jeunes nous avons une grande capacité de résistance. Comment on se met en danger sur un territoire ?

Le problème du langage, la question des publics, et notamment la place des populations dites populaires dans nos travaux, le besoin d’outils.

Henri se demande comment on ouvre la porte ? quelle place au peuple et à sa capacité d’expertise aussi ! Non pas pour parler à leur place mais trouver des accroches, une confrontation.

Fabienne s’interroge sur les manières de semer les graines d’utopie, elle n’a pas les outils. Comment travailler la culture du débat contradictoire ?
Le mot utopie génère des réactions critiques (mise en scène de l’avenir radieux, Michel) : s’il est évident pour Christian que sans utopie il n’y aurait pas d’éducation populaire, cela ne veut pas dire que l’utopie est forcément progressiste.

Fabienne, Jean-Michel, Catherine, questionnent la façon dont nous touchons les autres, et notamment les classes populaires, comment ce qu’on dit les touchent ou non, quelle présence dans nos travaux ?

Jean-Michel a proposé que chacun vienne à l’université de l’éducation populaire avec une personne non coutumière de nos travaux. Il demande si la distinction qu’on fait entre peuple (la totalité des gens) et milieux populaires (classes pauvres, « exclues ») est pertinente. Il pense qu’il y a également des travaux dans le monde de l’entreprise très intéressants (travaux de recherche sur la coopération, par Laurence Baranski, site Transformation personnelle, transformation sociale [1].

Pour Marc, il s’agit, lieu par lieu, de diversifier le cercle des gens impliqués, avec les statuts les plus différents possibles, par un travail sur la culture commune plutôt que de la transmission.

Louis raconte qu’en tant que président d’association de quartier, il constate les limites d’une société délégataire et le manque de temps pour des interactions avec les politiques dans l’ensemble de nos pratiques.

Kazem pense que la culture dominante a créé un vide immense dans lequel on peut apercevoir quelques besoins populaires. Kazem entend par populaire tout ce qui vient face à cette culture dominante. L’éducation populaire c’est une urgence en organismes et en pratiques, le plus tôt possible il faut se former en organismes, il y a une telle demande autour de paroles, espoir... Kazem travaille, à partir de l’écriture, les problèmes de l’échec scolaire et souhaite un partage des expériences à ce sujet. Il souligne qu’il faut préciser le statut de l’éducation populaire pour que ce soit énoncé, qu’elle soit prise en compte par ceux qui en ont besoin.

Recherche-action ou action recherche ?

Qu’est ce qu’une recherche-action ? Quel est son but ? Questions de méthodologie et de recherche...

Jean-Michel interroge le terme recherche-action, de quoi parle-t-on ? Des pratiques sociales, populaires des gens ? On parle de pratique et c’est pourquoi il revendique plutôt le terme d’action recherche. Partir d’observations de manière à en tirer des enseignements. Les recherches-actions sont hétérogènes, il en existe de toutes sortes, mais pour l’instant en France certains s’accordent sur une définition (donnée lors d’un colloque sur les recherches-actions à l’institut National de recherches pédagogiques, 1986), c’est transformer une réalité et produire des connaissances à partir de ces transformations (cette définition « officielle » et l’origine de la démarche prêtée à K. Lewin vont plutôt dans le sens d’une action recherche), commentent Alexia et Fernand qui proposent de mettre sur le site du collectif quelques définitions et ressources bibliographiques à ce propos.

Pour Jean-Michel, ce qu’on veut changer, ce sont les représentations de la réalité (approche systémique).

Pour Madeleine, c’est une sorte de travail co-thérapeutique, à partir de situations d’expériences concrètes sensibles, appel à l’intelligence collective, à la coopération, au groupe.

Selon Christian, il faut sortir de la coupure entre corps et esprit, sortir de l’idée que les passions empêchent de raisonner : « l’individu n’est jamais que du social replié et inversement », nous avons une relation affective aux objets, une sensibilité à l’œuvre.

Jean-Michel s’interroge sur le statut de l’expérience émotionnelle artistique : est-ce mis en avant depuis qu’on ne sait plus questionner les rapports socio-économiques ? Pour lui la notion de communauté est effondrée : qu’est ce que faire communauté au 21ème siècle ? Sa réponse : c’est faire culture au sens où l’éducation populaire est susceptible, d’inventer, de nourrir d’autres visions et pratiques.

La suite de notre démarche :

On fait quoi, quand et où sur 2006-2007 (dont un des points d’orgue serait le temps fort à Paris 8) ?
- L’université de l’éducation populaire sera-t-elle un lieu de chute (fin 2006) ou itinérante ? Selon Marc, l’université a commencé, un temps fort permettrait aux différentes expériences menées de se confronter, pour faire un arrêt sur l’itinérance. Ses thématiques générales provisoires proposées et rappelées par Christian (alimentées par les recherches-actions) seraient :
  1. la dimension économique (produire et partager les richesses autrement),
  2. les voies de l’émancipation sociale (faire mouvement social...),
  3. repenser et reconstruire le politique
  4. le travail de changements des représentations culturelles (relire l’adresse pour une université de l’éducation populaire pour plus de détails)

Les huit champs thématiques (voir séance de travail de juin 2005) pressentis sont pour l’instant : « économique », « action sociale et éducation populaire », « action culturelle », « transmission des savoirs, école, formation professionnelle, compagnonnage », « question du politique », « rapport à la recherche », « médias », « art », « un groupe transversal » (méthodes, complexité effective d’une démarche d’éducation populaire).

- le travail sur les hypothèses, Marc souhaite que quelques personnes (Christian, Franck et Frédéric) soient responsables d’animer le travail sur les hypothèses, et d’autres au niveau des recherches-actions. Plusieurs membres pensent (Christian, Alexia, Frédéric) qu’il faut identifier les espaces possibles d’éducation populaire de recherche-action. La formalisation de l’hypothèse viendra en analysant les recherches-actions. Lors de l’offre publique de réflexion, les participants ne s’étaient d’ailleurs pas exprimés à propos de l’hypothèse elle-même.
- Partir de l’identification des sites possibles de recherches-actions. Puisqu’une recherche-action ou une action-recherche part de souffrances, d’insatisfactions, de situations problèmes, d’écarts entre l’idéal, ou les valeurs et les pratiques, ou de constats d’échecs, il s’agit d’identifier les acteurs volontaires (enseignants, élus politiques, citoyens...) qui ont envie de faire une recherche-action à partir des situations problèmes (quels sont les problèmes, les préoccupations, les intentions). Ce serait la prochaine étape dans notre travail collectif. Puis nous pourrons définir les procédés de travail avant de retravailler sur les hypothèses (il nous faudra de toute façon à un moment poser des cadres théoriques, on ne fera pas l’économie d’une hypothèse pour échanger ensemble), « on verra si les recherches-actions rentrent ou pas dans les cases déjà formulées (axes ou thématiques proposées) ».

Les pratiques de travail du collectif lui-même

Nos pratiques de travail sont révélatrices : comment le collectif lui-même pratique le débat ?
On constate que des gens à l’issue d’une rencontre n’ont pas parlé. Quelles pratiques culturelles (« masculines » pense Catherine, qui se voit confier l’animation de la prochaine rencontre) avons-nous de la discussion, des réunions ?

Marc propose une animation tournante à partir de cette rencontre.

L’existence du collectif, institutionnelle et notamment associative : Nathalie pousse à une constitution du collectif en cadre associatif, dans l’intérêt du subventionnement et du portage des projets.

Marc argumente cette création pour pouvoir paraître publiquement et obtenir des fonds publics. Des personnes prêtes à prendre leur part de responsabilité (Nathalie, Kazem), nous avons besoin de rechercher des financements (Fernand, Nathalie, Marc...). Un petit groupe est mandaté pour préparer une proposition : Alexia, Louis, Jean-François Béné, Didier Le Bechennec...

Des attentes de membres par rapport au collectif : Nathalie attend un regard, un aller et retour, la mise en perspective des recherches-actions, que des gens non impliquées dans la recherche-action viennent questionner notre façon de faire (Nathalie), Jean-Michel aurait aimé que des personnes viennent examiner ses semi-échecs, que le collectif ait une capacité d’intervention, la liberté d’aller dans des lieux où on n’est pas demandé.

Alexia, Landeleau, le 31/01/2006


Etaient présents : Kazem Shahryari, Louis Locoge, Madeleine Abbassade, Jean François Béné, Marc Levesque, Alexia Morvan, Frédéric Skarbek, Nathalie Incorvaïa, Christian Maurel, Henri Deshayes, Fernand Esteves, Patrick Beaunieux, Catherine Binon, Michel Sagne, Jean-Michel Montfort, Fabienne Dupuy, Stéphane Marion, Yves Le Bechennec, Pierre Carrelet, Yann Madé, Yvette Sanchez, Claude Grunn, Gisèle Coyoz, Adrien Guillot

Etaient excusés : Michel Bouillot, Laurent Klajnbaum, Jean Bourrieau, Claire Britten, Nicolas Frize, Franck Lepage, Mathieu Montès, Laurence Dupouy-Veyrier,Gilles Sert, Claire Britten,Franck Lepage,Jean-Pierre Burdin....


Pour information

- une réflexion sur « qu’est ce que l’éducation populaire aujourd’hui » à la Maison des Jeunes et de la Culture de Martigues, une des initiatives est d’organiser les rendez-vous de l’éducation populaire auxquels des personnes du collectif sont invitées. Un film sur les 50 ans de la M.J.C. de Martigues, est en cours de fabrication avec différentes interviews et regards sur l’éducation populaire dont le collectif.

- Possibilité d’un séminaire franco-belge « éducation populaire et transformation sociale » avec le ministère belge de la culture (auprès de qui Luc Carton est chargé de mission, ministère qui héberge l’éducation populaire) de deux ou trois jours au printemps 2006

- rappel du colloque organisé par Cassandre/Horschamp et le Conservatoire National des Arts et Métiers : Éducation populaire : une utopie d’avenir ? Samedi 21 janvier de 10h à 19h avec la participation du Collectif « Éducation populaire et transformation sociale »

- Rappel : Au sujet du site internet élaboré pour le collectif Éducation populaire et transformation sociale, possibilité de mettre des documents et articles... sur www.mille-et-une-vagues.org/ocr/


Prochaine réunion de notre Collectif : 4 mars 2OO6 à 9H30, à la CGT Montreuil. Une invitation vous parviendra courant février.

[1] P. Viveret, également auteur du rapport "reconsidérer les richesses", (éditions de l’Aube) a fondé avec d’autres à l’issue d’un séminaire organisé lors du premier forum social mondial de Porto Alegre, en 2001 sur le thème "transformation personnelle et transformation collective" une association : interactions, transformation personnelle, transformation sociale, qui cherche à articuler ces deux dimensions. Adresse du site http://www.interactions-tpts.net . Ils ont organisé des assises de la transformation interactive personnelle et sociale, et ont rédigé un livre blanc "(se) transformer".
Sur le site également pas mal d’expérimentations en cours de "café coopé", de « comment jouer collectif »...

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