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Dans Le Monde du 21-6-2018.
Sommes-nous des salariés libres ?
à propos de la publication de "Libérons-nous !" d’Abdennour Bidar.
jeudi 21 juin 2018
publié par Christian Maurel

Sommes-nous des salariés libres ?

En 1848, Victor Schœlcher obtient la signature du décret de l’abolition de l’esclavage par le gouvernement provisoire de la IIe République. Nous qui n’appartenons a priori à personne, et qui recevons un salaire, sommes-nous pour autant des travailleurs libres ? Rien n’est moins sûr, selon Abdennour Bidar. La liberté, c’est le choix, et, mis à part quelques rentiers ou héritiers, nous n’avons pas le choix de travailler. Il y a esclavage quand il y a domination, " or, notre lien au travail est bel et bien, pour le commun des mortels, un lien de domination et de soumission ". Dans son ouvrage Libérons-nous !, le philosophe invite à briser les chaînes de la " servitude capitaliste ".

Selon le rapport " Une économie au service des 99 % ", publié en janvier 2017 par Oxfam, huit hommes détiennent à eux seuls autant de richesses que les 3,6 milliards de personnes de la moitié la plus pauvre de l’humanité. L’auteur s’en prend au système capitaliste, " organisé pour qu’une petite minorité récolte à peu près tout le bénéfice du travail de la masse mondiale. Voilà pourquoi il faut oser le mot d’esclavage, à cause de cet -asservissement généralisé à un travail qui profite à l’enrichissement faramineux de quelques-uns. "

Trop simple comme raisonnement ? " Il y a des évidences qui ne sont pas des préjugés ", rétorque l’auteur. Les plus riches sont peut-être des self-made-men partis de rien employant des milliers de gens. " Mais la tache aveugle de ce genre de discours, c’est que tous sont les vainqueurs d’un système conçu pour être une pyramide. Certes, tout un chacun peut théoriquement arriver à son sommet. Mais en fait seule une infime minorité y arrive, et à la base on trouve des millions de laissés-pour-compte. "

Le revenu universel serait alors le " moyen le plus concret et le plus puissant de nous libérer de l’esclavage capitaliste ". Mais attention : c’est un conditionnement mental dont est captif l’individu de nos sociétés, et sans un immense effort de déconditionnement, on peut sérieusement douter que l’individu ait les " moyens de penser à faire du temps libéré autre chose qu’une infinie plage de shopping ". Le revenu universel pourrait alors être tout le contraire d’un progrès de civilisation : les " beaux idéaux se retrouveraient recyclés par le capitalisme en nouveaux geôliers de son grand cachot planétaire ! Une sorte de ruse finale de la sale bête. " Pour éviter de nous retrouver perdus dans le monde du temps libéré, l’auteur appelle à de profonds changements culturels.

Margherita Nasi.

© Le Monde


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