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TRAVAIL ET DEMOCRATIE
une Démarche
mardi 28 octobre 2008
publié par Fernand Estèves

Depuis une trentaine d’années, le chômage, l’emploi et la montée de la précarité occupent presque exclusivement les salariés, les organisations syndicales et les comités d’entreprises… Cependant, de nombreux ergonomes, chercheurs et chercheuses n’ont jamais abandonné la volonté de mettre le travail au coeur de leur activité. Par ailleurs, depuis les années 90, les organisations de chômeurs ont reposé avec force, mais trop confidentiellement, une question politique, anthropologique même : pourquoi travailler ? Dans quelles conditions le faire ? Pour quelle finalité ?

La pression inouïe à l’augmentation exclusive et sans limite des profits et de la productivité, a creusé un fossé gigantesque entre ce que nous vivons au travail et la parole publique sur le travail.

La multiplication des suicides sur les lieux de travail a résonné comme un coup de tonnerre : en 2008, en France comme un peu partout en Europe, on peut mourir au travail, on peut mourir de son travail, on peut mourir de ne pas avoir de travail…

Paradoxe absolu de cette réalité humaine : sans travail on a l’impression de ne plus exister, au travail on peut se sentir nié, insulté, rabaissé, épuisé… Le travail nous construit et peut nous détruire ! Paradoxe dont les cyniques en tous genres jouent avec virtuosité pour faire accepter quelques heures plutôt que rien, pour imposer une organisation du travail qui rend fou à coups d’injonctions contradictoires. Se cumulent ainsi la pauvreté ET l’exploitation, la soumission ET l’exclusion.

Mais aujourd’hui, « le roi est nu » : l’absurdité d’une organisation du monde dictée par la recherche effrénée de richesses pour une minorité apparaît en toute clarté. N’est-il pas temps de poser publiquement quelques questions fondamentales ? Nous ne voulons plus perdre notre vie à la gagner, nous voulons que notre travail soit utile, et non destructeur de la planète et des sociétés. Nous voulons que le travail reprenne sa place, toute sa place, mais seulement sa place. Sans travail nous sommes exclus de l’échange : échange des compétences, des intelligences, de l’action. Mais nous ne voulons plus que le travail prenne toute notre vie, que la richesse que nous produisons nous soit de plus en plus volée et disparaisse en fumée. Nous voulons reprendre la main, décider ensemble de ce qui est bon pour chacun de nous et pour les autres… Nous voulons que de nouveau, le travail et sa transformation soit une question politique. Pourquoi laisser au vestiaire les principes démocratiques au motif que l’entreprise serait un lieu « privé » ? Derrière la question du travail, il y a des enjeux démocratiques fondamentaux, particulièrement à notre époque d’ultra compétitivité : l’enjeu d’être citoyen à part entière et non un quelconque « sous citoyen » ou « sous travailleur » ; mais aussi l’enjeu de l’exercice du pouvoir à l’intérieur des entreprises.

Aujourd’hui, 90% des actifs sont des salariés, un salariat porteur de protections grâce à des décennies de luttes, mais un salariat qui reste un lien de subordination… D’autres horizons ne sont-ils pas à redessiner ? L’autogestion, le secteur de l’économie sociale et solidaire, le fonctionnement des coopératives, les spécificités des services publics, nous disent que la bataille n’est pas perdue pour tous ceux qui font de leur lieu et de leurs conditions de travail des enjeux démocratiques au quotidien. C’est à partir de ces quelques questions qu’un groupe de syndicalistes, d’ergonomes, de consultants, d’enseignants, de militants de l’insertion, d’élus, d’artistes, d’associatifs, travaille en Île-de-France depuis un an et demi.

L’enjeu pour nous peut se définir ainsi : comment rendre lisible et visible ce que les mille et une réalités du « travail » nous racontent de notre société, de ses vrais besoins, de ses faux manques, de l’entretien des toxicomanies, du mal-vivre, de la culpabilité, de la peur constante de « ne pas être au niveau » ? Comment mieux relier les expertises citoyennes, comment transmettre et additionner les savoirs sur ce sujet ? Comment faire force en face de géants financiers qui semblaient hier inébranlables et qui aujourd’hui, recourent aux contribuables avec des SOS aussi pathétiques qu’indéfendables ?

Nous avons besoin d’espaces où témoigner, échanger, débattre du travail afin que les individus, salariés ou non, puissent reprendre la main sur leur travail. Des espaces à réinventer au sein des lieux de travail ou en dehors. Notre souhait est de stimuler, à travers une large dynamique, des éléments de réponse émanant des diverses composantes du monde du travail et de la société tout entière. Nous nous adressons à tous ceux et toutes celles qui veulent remédier au déficit de démocratie dans le travail et remettre le travail au coeur de la démocratie ; toutes celles et tous ceux qui déploient une activité salariée ou non, les organisations syndicales, associations, collectifs, institutions, les acteurs de la vie économique, sociale et culturelle, les collectivités locales, universités et laboratoires de recherche, mobilisés et concernés par ces questions.

Nous envisageons ensemble une série d’initiatives dans un esprit multidisciplinaire :

- débats publics, journées d’études régulières, réalisation et diffusion d’un manifeste,

- interventions artistiques spécifiques, récolte de témoignages, mobilisation de réseaux,

- repérage d’initiatives en cours ou toute autre forme de mobilisation sur la question du travail.

Rejoignons-nous pour oeuvrer à la convergence et la multiplication de ces initiatives !

Il y a urgence !

Le collectif Travail & Démocratie

travail-democratie@lesperipheriques.org