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Compte-rendu
Travail et Démocratie
Réunion du 22 novembre 2008
mercredi 14 janvier 2009
publié par Gilles Patrat , Fernand Estèves , Marc Lacreuse

Synthèse

Les travaux ont été ouverts par Claire VILLIERS, Yovan GILLES et Vincent GLENN à partir du texte de l’Appel élaboré par le collectif Travail et Démocratie.

La matinée a donné lieu à des interventions argumentées et constructives par rapport à la pertinence de la démarche et à la perception variable de ces enjeux. Indépendamment de l’approche critique du problème, certaines propositions de mise en oeuvre ont émergé des analyses et des témoignages, au demeurant d’une grande diversité par rapport aux contextes où la question du travail et de la démocratie se pose : l’entreprise, le travail social, le syndicalisme, le mutualisme, les institutions, les associations, la démocratie locale et les collectivités territoriales…

L’après-midi a été consacré à préciser les procédures interactives à adopter, les outils à utiliser ou à recenser pour travailler ensemble sur le travail dans la perspective d’un premier grand rendez-vous public qui se précise pour le dernier week-end de mai 2009 à la Maison des Métallos. La coordination des propositions ou des pistes présente des difficultés bien naturelles qui n’ont pas été toutes levées dans le cadre d’une démarche plurielle. Mais l’après-midi du 17 janvier permettra sans nul doute d’affiner à la fois la nature des champs d’intervention et les méthodologies permettant au collectif de progresser dans l’interaction des diverses initiatives et propositions.

Les éléments de synthèse ci-après sont bien évidemment plus amplement développés pour la plupart dans le cadre des interventions nominatives et en référence directe avec elles.

Analyse et partage des préoccupations

Un certain nombre de préoccupations ont fait retour dans les débats que l’on résumera provisoirement ainsi :

1) L’exigence et la modélisation d’un fonctionnement plus démocratique de l’entreprise ainsi que la ré-invention des espaces collectifs de travail autour des modes de coopération, du règlement collectif des conflits, des rapports des salariés avec les directions et la hiérarchie. La revitalisation du rôle déclinant des comités d’entreprise sur ces questions a notamment été évoquée. La nécessité de repenser un autre fonctionnement de l’entreprise basé sur des unités de production créatives pose la question de la finalité sociale de l’entreprise corrélée à la mise en place de nouveaux indicateurs de richesse, notamment en référence aux travaux de Patrick Viveret Reconsidérer la richesse. Elle implique de considérer que la reconnaissance de la créativité de chacun est la condition de l’innovation de l’entreprise au plan social, certes, mais aussi économique.

2) La production et la stimulation des témoignages et des paroles des salariés en passant par la création de lieux d’écoute, hors espace du travail ou in situ. Mais aussi la question des supports d’expression adéquats, écrits ou audio-visuels, à l’image de l’action menée par Pierre Roche (CEREQ de Marseille), Ateliers de parole et d’écriture avec des salariés ou encore la réalisation de ciné-tracts, d’ateliers Filmer le travail ou encore un lexique des mots du travail relatif à la société contemporaine susceptible de dévoiler les malentendus (Coopérative DHR). Comment, donc, remédier au fait que cette activité sociale qu’est le travail manque cruellement d’espaces et de lieux ou elle puisse faire l’objet d’une représentation collective.

3) La visibilité des savoirs, des métiers et des expériences immatérielles au sein du monde du travail, ainsi que les délibérations au sein des organisations à propos de la qualité du travail et la transmission des compétences. Cette qualité du travail est aujourd’hui compromise par la néotaylorisation des tâches, accusant le clivage entre directions et salariés, ce qui amène le salarié à se désintéresser de son travail, ce dernier ne lui trouvant pas d’enjeux au plan personnel.

4) L’observation et la transformation des processus de travail et de décision, d’organisation collective, et leur mise en forme. Il a été évoqué sur ce point la mise en œuvre d’un observatoire et des rencontres autour des pratiques professionnelles. La question de la démocratie soulève également celle du pluralisme des stratégies et des décisions des entreprises confrontées au marché mondial concurrentiel, condition de leur survie mais aussi limite à la question de la démocratie au sein de l’entreprise. (La fraternelle).

5) Comment, enfin, les syndicats cheminent-ils vers une réappropriation de la dimension anthropologique du travail (au plan collectif mais aussi individuel), en dehors de la considération exclusive pour l’emploi et la défense des prérogatives salariales (au demeurant nécessaires) ? Comment d’ailleurs faire en sorte d’ailleurs que les syndicats se sentent concernés par ces questions et repensent leur rôle à leur lumière ? (Institut de Recherche FSU – Sud Caisse d’épargne)

Interventions nominatives

Daniel Le SCORNET – Association La fraternelle

Souligne l’opportunité de cette initiative conçue comme un laboratoire de travail sur le travail Cette approche nouvelle proposée s’ouvre sur trois champs : Connaissance - Création- Construction de soi.

En effet, il y a paradoxe dans la représentation du travail qui prédomine depuis plus d’un siècle et demi. La vision doloriste doit être renversée au profit d’une mise en valeur de l’imaginaire à l’origine de la créativité inhérente à tout travail, donc de cet aspect du travail qui est à la fois construction de soi et de la société.
S’agissant des propositions visant à mettre l’économie sociale (coopératives, mutuelles..) comme référence ou point d’appui, il attire l’attention sur cet horizon qui semble dangereux (ex : La subordination a été reproduite sous des formes plus terribles).

Actuellement la crise traverse toutes les formes d’entreprenariat.
Les syndicats ayant oublié leur objectif d’abolition du salariat, si on s’empare des opportunités qu’ouvrent les évolutions du travail lui-même, il existe de multiples possibilités de reprendre la main pour concevoir une autre approche du travail…
« C’est un problème d’imaginaire qui nous est posé et pas celui d’un rapport de forces ».
Il rappelle que la Maison des Métallos est également un laboratoire de recherche pour regrouper les Comités d’Entreprise atomisés dont plus personne ne se préoccupe.
Très emblématique, la Maison des Métallos est un lieu de jonction possible entre les recherches engagées par cette journée et l’économie sociale.

Yves BAUNAY - Institut de recherche de la FSU – revue Nouveaux regards

« Aucun des problèmes qui se posent à notre société ne pourront être pensés tant que le travail dans son contenu et pas simplement dans ses conditions, ne sera pas au cœur des préoccupations de tous les acteurs de la vie politique économiques et sociale ».

Yves BAUNAY présente un exemplaire de la revue « Nouveaux regards » dont la citation est extraite d’un article politique et scientifique, écrit par l’ergonome Alain WISNER fondateur de l’ergonomie et qui porte sur l’analyse de la dernière campagne des présidentielles.
Seul le candidat de droite a abordé la question de la « valeur travail », même si c’est par le biais du mérite, prenant ainsi la gauche à contre-pied.

Il tire trois leçons à partir de ses expériences personnelles au sein de la Fédération Syndicale Unifiée et de sa participation au sein du collectif Travail et Démocratie :

Première leçon : Eviter d’aborder la question du travail sous les deux approches suivantes : Qu’est-ce que le travail ? Quels en sont les enjeux ?
Il y a là un point de divergence qui ne peut être ignoré ni à la FSU ni dans le collectif ni dans le milieu syndical.
Il est donc nécessaire de préciser sous quel angle la problématique du travail est abordée, c’est-à-dire le travail comme activité du sujet humain face à des tâches à réaliser.
De quelle nature est le travail créatif ?
Il s’agit d’abord d’enjeux humains anthropologiques porteurs d’enjeux sociaux, politiques, au-delà des enjeux économiques, et non pas seulement de conditions de travail, d’emploi, de protection sociale etc.…
Les discussions avec les syndiqués eux-mêmes débouchent d’ailleurs rapidement sur ces questions. Se manifeste alors une grande disponibilité à parler de son travail comme expérience à la fois singulière et porteuse d’universel.
Par contre il y a contournement de ces questions avec les responsables syndicaux.

Deuxième leçon : « pourquoi cette situation ? »
Peut -ëtre faut-il parler sur son propre travail politique ou syndical.
Cette réflexion est à inclure dans le chantier ouvert par Claire VILLIERS.
Un débat avec controverses peut s’ouvrir sans remise en cause individuelle.
Il y a urgence mais c’est en même temps difficile.

Troisième leçon : s’agissant de la méthode de travail :
Ce travail est un travail à inscrire sur le long terme.
Il existe des productions, des recherches, des livres sur ce sujet mais qui ne débouchent pas sur l’action.
Nous ne pouvons être une avant-garde éclairée vis-à-vis des organisations syndicales ou des élus qui déclencheraient des actions.
Seuls ceux qui travaillent les déclencheront ou, ne les déclencheront pas.
Il est donc nécessaire de mutualiser les expériences de débat direct avec eux.

Christian MAUREL - sociologue en fin d’activité professionnelle, a été Délégué régional de maisons de jeunes, membre du CRES, syndicaliste CGT, délégué du personnel et membre d’un Comité d’Entreprise.

L’espace ouvert par cette journée est un bon espace de réflexion. La position d’évitement du travail intellectuel sur le travail et du travail à faire pratiquement sur le travail est très préoccupante.

1) Il est nécessaire de repérer les blocages qui conduisent à parler de l’emploi, des conditions de travail, alors que le cœur du travail lui-même est difficile à aborder.
Le travail est le cœur du réacteur de transformation d’une société. Pourquoi ne pas aller rechercher des concepts marxistes à retravailler ?

2) Ne pas faire l’économie de l’étude des transformations du travail lui-même. Des théoriciens des penseurs comme Toni Negri, Luc Boltanski et Eve Chiapello ont écrit sur la sortie de l’industrialisation et l’apparition d’ « une production immatérielle » du travail qui toucherait même le travail exécutif en rapport avec les objets.
Il nous faut inscrire notre recherche dans ces évolutions, cette généalogie du travail, du point de vue de son contenu et des rapports au travail diversement appréciés et vécus.

3) Si on associe cette recherche à la démocratie.
Le concept de démocratie est à repenser, à retravailler (cf. galvaudage du concept de citoyenneté) : est-ce seulement la meilleure forme de gouvernement parmi d’autres – toutes les organisations politiques même les plus extrêmes se disent démocratiques– en référence à une pensée du XVIII ième siècle ?
La démocratie concerne les individus, elle se définit comme une singularité agissante qui remet en cause les rapports sociaux, les transforme, les subvertit en intervenant dans le travail.

4) Les méthodes
Les propositions faites de passer par la création (cinéma, écriture..) pour activer cette transformation sont à discuter :
Des expériences ont été menées dans le monde de l’éducation populaire, des universités d’été or ces espaces de réflexion sur le travail sont actuellement menacés de disparition. Des séminaires se sont tenus, des livres ont été écrits « Le travail en jeu et l’enjeu du travail », des expériences ont été faites qui doivent être exploités (Sochaux/Montbéliard avec le groupe Medvedkine, le théâtre Forum… ) ; une bibliographie doit être rassemblée.
Maintenant se pose la question de trouver d’autres moyens, d’autres médias artistiques et culturels.

Travailler sur le travail est un acte fondamentalement culturel.
Référence au travail de Pierre Roche au CEREQ à Marseille, rapporté dans « paroles, savoir, émancipation » mené avec des conducteurs SNCF dans une démarche dite « clinicienne », visant à les faire penser leur propre travail, leur propre parcours dans cette relation relevant à la fois de l’intime et du collectif et à mettre cette pensée en paroles transmissibles, socialisables. Cette démarche aboutit à une prise de conscience de leur capacité d’agir sur leur travail pour leur propre émancipation. Elle évite la coupure entre ceux qui travaillent et ceux qui les examinent comme des objets sociologiques.

Le dernier point aborde la question du concept de lutte des classes ou de « guerre » des classes, terme utilisé par l’homme le plus riche en « actions » du monde : Warren Buffett, pour définir la période actuelle, et la problématique d’invention d’un nouveau vocabulaire pour définir les rapports au travail, c’est-à-dire les rapports sociaux.

Patrick SAURIN - Représentant du syndicat SUD Caisses d’Epargne Ile-de-France

1) Le cinéma La Clef, lieu de la réunion, est présenté : géré par le CE de la Caisse d’Epargne de Paris île de France qui soutient cette initiative, et il est menacé actuellement de disparition. Le CE est géré par SUD Caisse d’épargne. Le syndicat a toujours pour objectif d’en faire un lieu d’éducation populaire, de formation sociale et non un simple lieu prestataire de services. Le cinéma La Clef est aussi un lieu de mutualisation avec d’autres Comités d’entreprises pour le pérenniser.

2) Travail et rapports sociaux : deux aspects

- Le travail conçu comme producteur de biens et de services tel qu’il existe aujourd’hui est un désastre écologique ; il entraîne la surproduction, fondée sur la taylorisation y compris chez les employés de la caisse d’épargne, il incite à la fétichisation du produit, conduit à la financiarisation du capital et à la crise d’aujourd’hui qui va s’installer dans la durée et qui doit constituer la base de notre réflexion.
- Les rapports sociaux établis par ce travail se caractérisent par la domination, l’exploitation, la pauvreté qui s’étend en France, en Europe et au plan international, les guerres. Ils produisent de la souffrance, poussent au suicide. Selon une enquête menée par le syndicat SUD auprès des salariés de la Caisse d’Epargne - 4000 réponses parvenues - 10% d’entre eux « se sont posé la question » (du suicide).
Réfléchir sur la finalité du travail ne relèverait pas du rôle des Organisations Syndicales, a-t-on entendu, cantonnés qu’ils sont sur les problèmes d’emploi de réduction du temps de travail ou de l’augmentation des salaires.

Le syndicat SUD se démarque de ces revendications quantitatives. Un séminaire s’est tenu à l’instigation de SUD sur la finalité du travail, dont le compte rendu figure dans un numéro de la revue « les périphériques vous parlent ».
Se positionner sur la finalité du travail doit renvoyer à du concret. Dans un contexte de 4 à 5 millions de chômeurs et de report de l’âge de la retraite à 70 ans, il faut substituer au « travailler plus pour gagner plus » une autre formule « travailler tous pour vivre mieux ».

Il s’agit donc de partager le travail et d’avoir la possibilité de vivre une autre vie en dehors du travail. Ce slogan doit être porté et discuté dans les entreprises.

Elisabeth GAUTHIER - Directrice d’Espace Marx ; co-dirige un réseau européen dont la revue « Transform »publiée en allemand, grec et anglais diffuse les travaux.

Salue cette initiative qui apparaît comme un moyen de regroupement des énergies, des savoirs pour dépasser les contradictions qui existent au sein des forces de gauche et des intellectuels qui travaillent sur ces questions depuis longtemps.
Dans la phase actuelle les questions à la fois anthropologiques, et les questions des rapports sociaux se posent en même temps et avec beaucoup d’acuité.
Expérience identique à Espace Marx dans les travaux engagés dont les difficultés sont soulignées.
Le champ est vaste et les lignes de pensées ne convergent pas obligatoirement, d’où la difficulté à laquelle est confrontée cette initiative pour tenter d’aborder la problématique plus clairement.
Par exemple : entre ceux qui parlent souffrance au travail, et ceux qui perçoivent cette approche comme une victimisation et parlent plutôt de la résistance au travail. (cf. livre de BOUQUIN d’une part et DOREY d’autre part) ; approches différentes mais qui peuvent être constructive.
Il y a donc des possibilités de se réapproprier la question du travail collectivement de façon nouvelle.
De même, il y a nécessité de penser la question de la démocratie économique autrement, à la fois dans l’entreprise et dans son environnement, sous peine de ne pas être au niveau de l’enjeu tel que les salariés les vivent.
Une enquête menée en coopération avec la région Ile-de-France, avec des sociologues auprès des salariés de la tour AXA montre qu’il y a restructuration permanente intérieure avec une impossibilité d’ancrage pour les salariés dans une entité de travail commune. Cela produit de la souffrance mais aussi une recherche de résistance sous des formes nouvelles.
Ces dégradations s’appliquent pour tous les salariés à la fois dans les pays de délocalisation et les pays d’arrivée où les relocalisations prennent des formes multiples. C’est donc à l’échelle européenne et mondiale que s’installe une mise en concurrence généralisée. Le lien peut être fait entre ces niveaux.
Une analyse de la crise du travail depuis les 30 glorieuses a été réalisée à travers la crise du capital dont l’issue ne sera pas du tout favorable au travail, révèle l’ampleur des modifications des rapports sociaux dans le sens de la détérioration.

Il serait intéressant de dépasser les clivages, et de conduire ici une analyse d’un point de vue anthropologique, sur le sens du travail, et historique sur l’évolution du travail depuis ces 30 glorieuses avec des approches et des histoires différentes telles qu’elles se sont exprimées aujourd’hui.

Un des éléments essentiel de cette détérioration est la précarisation, comme nouveau mode de domination. Elle touche 40% des salariés en Europe, mais elle interpelle les autres salariés. Il serait utile de faire un état des lieux des nouveaux rapports sociaux induits, notamment en Ile de France.
Pour contrer Sarkozy, qui mise sur la division des travailleurs précarisés et les autres, comme objets d’enjeux politiques, on peut rechercher les points communs entre ces deux situations. Nous serions à la fois sur l’anthropologique et sur les rapports sociaux. Cette approche peut devenir un sujet à travailler.

Julien REMY - sociologue – Revue du MAUSS

Un chantier supplémentaire est à ouvrir : un chantier « utopique ». Il ne s’agit pas seulement d’entrer en résistance vis-à-vis des formes actuelles de travail de domination, mais aussi de dessiner ce que serait une entreprise qui fonctionnerait de façon réellement démocratique, dont l’organisation serait régie par des principes démocratiques. Quels seraient les contours d’une unité de production pour une activité humaine créative, collective, où la parole de chacun pèserait le même poids ? Quels en seraient les obstacles, les difficultés ?
Soyons utopistes.

Bernard TEMPLIER - Association Démocratie et Spiritualité, association Pole Sud 77

Définition d’un pacte civique avec quinze autres associations dans lequel « économie et travail » est l’un des 6 ateliers.
Anime une association dans le sud de la région île de France pour la création de nouvelles entreprises innovantes. Pour compenser la désindustrialisation de cette zone il est indispensable de créer des emplois nouveaux.

Dans cet atelier la réflexion porte sur quatre sujets :

1) Finalité du travail, de l’entreprise avec Patrick Viveret Créer de nouveaux indices de richesses qui n’incluent pas seulement les richesses matérielles mais également les richesses humaines pour comptabiliser du qualitatif.

2) Créativité : tout homme a vocation à la création, comment peut-elle s’épanouir dans une entreprise, dans un travail ?

3) La reconnaissance, base de la dignité de la personne. Cette notion n’est pas nouvelle, cf. l’expression « il n’y a pas de sot métier ». Toute une terminologie a été créée pour requalifier les emplois, il n’y a plus d’ouvriers, il y a des agents de production. Il y a donc un travail à faire sur le vocabulaire pour restituer de la dignité à la personne dans son emploi.

4) Travail sur soi dans sa pratique, sa relation au travail, démarche collective mais surtout personnelle. Exemple de Nicolas Hulot qui fait partie du collectif. En matière d’écologie il insiste sur le changement d’attitude des personnes vis-à-vis de l’environnement, afin de ne pas seulement compter sur les autres, l’état ou autre chose. Il y a donc nécessité d’effectuer ce travail sur soi. (Est-ce si douloureux qu’on le dit ?)

Yannice CLOCHARD - Ergonome dans un cabinet parisien constitué en SCOP

Reprend l’intervention d’Yves Baunay sur le paradoxe fondamental de la valeur travail qui serait en même temps aliénation, destruction de soi, de la planète, et en même temps création de soi et de rapports sociaux.
La vision doloriste est portée par les syndicats qui dressent toujours des listes impressionnantes des effets néfastes du travail.
La seule description de la crise économique, de la crise sociale comme un tableau noir, produit de la résignation et de l’indignation qui peuvent déboucher sur l’inertie.

L’idée selon laquelle le seul lieu d’épanouissement se situerait en dehors du travail, conduit à abandonner l’idée de travailler sur le travail pour le faire évoluer.
Dans le cadre d’interventions avec les salariés, l’expérience en a été faite. Le positionnement négatif sur le travail n’est pas créateur de dynamique pour intervenir sur son travail. Au contraire, il conduit à un sentiment d’impuissance.
Par contre, en aidant les salariés à se positionner sur l’autre versant, c’est-à-dire en mettant en lumière leur propre réalisation dans le travail, apparaît alors l’élan vital humain sans lequel il n’y aurait pas de vie, pas de société.
Il est plus facile alors de mettre en lumière la possibilité par exemple de ne pas subir les normes imposées mais d’en créer d’autres.
Il n’est pas toujours facile de révéler cet élan vital et la créativité qui existe dans le travail, mais c’est la seule voie pour que les salariés retrouve l’élan et l’envie de le transformer, quelles que soient leurs sensations d’être soumis et de subir.
Ce n’est pas de l’extérieur, mais dans l’intime, à l’intérieur de chacun, qu’existe l’étincelle susceptible d’imposer des transformations.

Céline BRAILLON – Présidente de l’ADELS

L’association travaille sur les enjeux démocratiques locaux, la citoyenneté et le pouvoir politique.
L’angle d’approche est « le territoire » où s’exerce la démocratie locale et les conditions d’exercice de la démocratie locale. La question primordiale est celle du partage du pouvoir politique et la coproduction des processus de décision.
Une analyse critique a été menée par l’ADELS sur les lieux institués, instituant, et sur les lieux descendants mis en place par le pouvoir politique, notamment dans les conseils de quartier, les ateliers etc.…, en omettant la dimension du travail.
L’impact du travail et des travailleurs comme porteurs d’activité dans le projet urbain n’est pas suffisamment pris en compte dans la transformation sociale des territoires.
La question du partage du pouvoir est un enjeu fort dans l’optique de transformation sociale, et dans le contexte de la crise écologique, sociale et économique. Quelques notions seraient à revisiter par exemple, comme celle de la productivité.
L’ADELS devrait souscrire aux questions soulevées par le collectif. Les 6 ateliers en cours dans l’association (ex : Insertion par les jardins, les femmes qui luttent pour leur droit etc..) devraient permettre de montrer comment des micro projets peuvent aussi être porteurs de transformations embrassant l’action publique locale.

Martine GLOMERON - Psychologue clinicienne dans une équipe municipale d’Ile de France

Un lieu d’écoute et de paroles a été créé depuis 5 ans dans cette mairie et ce qui s’y produit rejoint les idées déjà exprimées sur la nécessité du travail sur soi pour ne pas « subir » le travail. Une expérience personnelle de réflexion sur le travail a montré que l’histoire personnelle n’est pas pour rien dans le travail.
Dans ce lieu d’écoute, chacun peut s’exprimer librement sans entrer dans un protocole. La seule préoccupation est d’entendre la parole d’une personne sur son travail, même si c’est dans le cadre d’un protocole institué par la mairie suite à un reclassement ou après un congé de longue maladie.

Un outil de travail : la psychanalyse

Recherche d’un lieu de travail avec d’autres cliniciens utilisant le même outil. Lequel n’existe pas au CNAM. Premier rapprochement avec la SNCF et travail des textes fondamentaux comme « analyse du moi et psychologie des foules » qui entre dans la problématique posée par les précédentes interventions entre individualité et collectif.
Puis, dans le cadre de L’« Espace Analytique » avec d’autres cliniciens exerçant à la SNCF, au Louvre, et à la Bibliothèque Nationale, un séminaire mensuel « Psychanalyse et Travail » a été créé avec des participants de plus en plus nombreux.
Le rapprochement avec l’art et les artistes est un besoin, donne de l’air et du rêve pour compenser la disparition progressive de l’imaginaire. Deux cents poèmes ont ainsi été collectés sur le travail. Le travail des poètes est un témoignage historique qui traverse le temps, mais c’est une parole qui émerge de l’inconscient en lien avec les paroles d’aujourd’hui.
Un projet de lecture de ces poèmes pour le printemps des poètes 2009 est en cours.
Dans le cadre de l’initiative proposée, y aurait-il une possibilité de mise en espace pour créer et avancer ?

Nadine JASMIN - Association Eclats de voix

Dans l’association Eclats de Voix, la parole et l’écriture sont utilisées comme outils à travers la collecte de témoignages depuis quelques années sur la thématique du travail. Un premier livre a été publié avec 25 témoignages regroupant des catégories sociales et des métiers très différents. Il est très important de donner la parole aux gens, car ils ont tous des choses à dire. Après ce premier projet qui a débouché sur une pièce de théâtre, une émission de télévision et des émissions de radio, nous en avons initié un second. Il a pour but de proposer des analyses sur de grandes thématiques autour « des femmes et du travail ». C’est une démarche collective et participative qui se déroule en ateliers avec comme axe de réflexion la volonté de passer des constats aux propositions. Elles sont très nombreuses (150 propositions). Le livre qui en découle propose des réflexions concrètes sur « comment améliorer le travail ». Il est aussi un vecteur pour permettre à un maximum de personnes de s’exprimer au sujet de leur existence, leur dignité, leur reconnaissance ou encore leur créativité au travail. Il serait nécessaire de démultiplier ce genre d’initiatives et ne pas rester entre spécialistes, politiques, syndicats ou associatifs. De même il est nécessaire de s’interroger sur la manière de faire circuler cette parole et les gens doivent en être partie prenante. Agir sans eux ou malgré eux est inutile.

Pascal VITTE - Observatoire du stress et des mobilités forcées

Il ne faut pas seulement s’interroger sur les possibilités et les moyens de donner la parole autour du travail, mais surtout sur la raison pour laquelle cette parole n’arrive pas à émerger à travers l’expérience qu’on en a. L’Observatoire du stress et des mobilités forcées étudie la question du travail par le biais de la souffrance : suicides, dépressions, stress, mal être… Dans les entreprises, il y a une prédominance du clivage entre la vision de la hiérarchie et la vision des travailleurs sur le travail. La vision de la hiérarchie est purement quantitative, nourrie d’indicateurs divers, sans lien avec la question de la qualité par exemple. Les CHSCT sont un vecteur pour débattre de la qualité du travail. C’est une question qui ne rencontre que peu d’échos chez les travailleurs.
Prenons en exemple un centre d’appels de France Telecom. Beaucoup de gens y travaillent dont d’anciens techniciens embauchés dans les années 70 pour construire les lignes téléphoniques. Cette reconversion du technique vers le commercial remet en jeu leur savoir-faire, notamment par la mise en place, par la direction, de scripts pour une automatisation des réponses. A cette question du savoir-faire nié, s’ajoute l’ampleur de la sous-traitance qui emploie des gens sans qualifications pour ce travail, des étudiants pour la plupart.
Face à la question de la qualité du travail, les gens ne réagissent pas, car cela leur semble dérisoire. Partout le travail est réorienté à des fins de productivité, « qu’est-ce qu’on peut y faire ? » se demandent-ils.
Nous essayons de faire sortir la question du travail et de la démocratie par le biais de l’Observatoire. Reste la question de la créativité au travail qui est encore un autre problème.

Nathalie CLAR - Animatrice de groupes de rencontres du travail, Université de Provence, doctorante en philosophie au département d’ergologie à Aix, membre CA Observatoire des Rencontres du Travail

Réfléchir sur le travail, son travail, le contenu ou encore le travail comme activité est compliqué. Il manque des lieux et des éléments de méthodologie pour réunir toutes les personnes pour parler du travail. Le département d’ergologie par exemple est un lieu de formation et d’enseignement. La vision pluridisciplinaire permet de confronter des apports conceptuels sur le travail et des expériences.
Un autre lieu est l’Observatoire des Rencontres du Travail qui permet de réunir ceux qui travaillent sur le travail et de recentrer leur recherche sur l’activité. Il faudrait aussi pouvoir construire des savoirs et des réflexions sur les lieux de travail eux-mêmes, comme essaye de le faire l’ORT, en promouvant des « groupes de rencontres du travail » qui réfléchissent sur les problématiques liées à un lieu donné. Voilà un chantier supplémentaire.

Pierre GOIRAND - Dirigeant d’entreprise - consultant

La richesse d’expériences présentes dans le groupe Travail & Démocratie est importante. Certains disent « la démocratie s’arrête aux portes de l’entreprise ». La question a pu se poser aussi au sein de la famille, mais cette dernière a subi une évolution bien plus remarquable que les entreprises, notamment concernant la place du père dans le processus de décisions. Ce n’est pas le cas dans l’entreprise et cette absence de démocratie est devenue une habitude.

Il y a une réflexion à faire sur la conscience de son expérience au travail, sur sa relation aux autres, sur les pistes d’évolution. Les expériences sont très souvent gommées ou rejetées dans le domaine du privé. Avoir conscience de son expérience, c’est aussi avoir conscience de sa douleur. Il faut pouvoir ouvrir des pistes en terme d’exploration au lieu d’accepter un rapport productiviste autour d’objectifs fixés. Nous avons tendance à nous limiter dans la conscience de nos choix, à ne se penser que dans des rapports de force des identités. Il faut trouver d’autres manières de prendre cette question, avec plus de lucidité.

Par exemple, nous avions créé un espace de dialogue à Bilbao sur le thème de l’homme au cœur de l’entreprise, de l’humanité comme finalité. Nous avons été très surpris de la difficulté des gens à l’imaginer, due à l’histoire économique qui se pose comme un empêchement à penser et à rêver.
Ce sont des questions qui peuvent se poser aussi bien au niveau de la société que du travail de chacun. Il semble intéressant de travailler sur cette inversion, lorsque l’argent n’est pas au centre de tout, sur l’articulation entre transformations sociales et transformations personnelles. J’aimerais participer à la construction de dialogues créatifs avec des publics mélangés.

Nathalie FROISSART - Journaliste, co-gérante SARL atoutSens, conseil en communication et développement de projets.

Récente chef d’entreprise qui a créé sa société pour vivre, pour sortir du chômage et souhaite apporter son point de vue par rapport à la situation. Un chef d’entreprise se sent seul, comme muselé par la société, et doit sans cesse se débattre avec mille choses telles que les charges, le RSI, la vieillesse, la retraite, qui sont nécessaires mais épuisantes.
J’aimerais aussi apporter ma vision de metteur en sens du débat. De nombreux mots interpellent dans les interventions précédentes : urgent, état des lieux, regrouper les individus, groupes et organismes déjà constitués, rassembler de la littérature. Tout cela demande des méthodes. Il y a une réflexion à avoir sur le vocabulaire, particulièrement sur le terme « travail ». Il faut inventer des mots communs pour avancer dans des directions similaires.
L’idée des lieux demande de construire des espaces communs, virtuels ou réels. Il faut aussi interroger les trajectoires et les transformations : où est-on, où va-t-on, où a-t-on envie d’aller ? Propositions de réflexion sur « comment nous situons-nous dans notre travail, quelle conscience avons-nous de notre travail », pour que cette question puisse être à l’ordre du jour de la prochaine réunion.

Blaise PORCHERON - Etudiant en ergologie, association Observatoire des Rencontres du Travail (ORT) - expert CHSCT (Comité Hygiène et Sécurité, Conditions de Travail)

La question de la transformation de la société, puis la question de la transformation du travail conduit naturellement à un axe de prospection : « comment repenser la question de la transformation de la société à partir de la transformation du travail ? ». L’hypothèse posée est la suivante : il n’est pas possible de transformer la société si on ne va pas d’abord voir ce qui se passe dans le travail.
Le travail permet d’éprouver sa capacité à agir, à être actif et acteur, ce qui permet ensuite de l’éprouver en dehors du travail. Une question importante est celle des outils de gestion des techniques dans les entreprises. La volonté d’évaluation individuelle du travail conduit à s’interroger sur la capacité à quantifier le travail. Les outils de gestion empêchent la mise en débat du travail en le déconstruisant. Il faut étudier la circulation des manières d’appréhender le monde et l’élaboration des manières de faire.
La présence d’élus est nécessaire à ce débat, pour pouvoir les interpeller sur leur travail et leurs activités.

Catherine BESSE - Consultante, psychosociologue clinicienne, LINKS, chargée de cours à Paris VII et au CNAM en Théorie et pratique de l’intervention dans les organisations

La question de créer des espaces démocratiques de parole est importante face à la solitude des salariés et à la question évoquée plus tôt « que peut-on y faire ? ». La psychosociologie permet de construire du sens avec les acteurs eux-mêmes. Des espaces sont nécessaires pour apprendre ou réapprendre à s’exprimer, à travailler ensemble, à dire les choses. Le terme même de conflit est considéré aujourd’hui comme un gros mot et les entreprises veulent le gommer.
Il faut au contraire lui redonner sa place, construire des espaces de travail pour réapprendre à se confronter, pour trouver des solutions à ce que ne va pas au lieu de se contenter de solutions imposées.
Rappel d’une situation, lors d’un changement d’enseigne, où le nouveau gérant avait demandé « d’accompagner » les salariés dans le but de les faire adhérer au changement. Dépasser cette peur du conflit demande un travail considérable.
De plus, il y a une perte de sens du travail à cause de l’automatisation évoquée tantôt. Nous devons réfléchir sur sa finalité et pour cela remonter vers le politique. La question de la construction identitaire demande aussi réflexion.

Gilles SEITZ - Médecin du travail – militant CGT

Il y a des difficultés importantes dans les entreprises telles que l’individualisation des salariés, l’absence de collectifs de travail, la peur du licenciement ou encore la peur de mal faire son travail. Toute cette souffrance empêche de penser au travail et paralyse les gens. Mais lorsque les gens sont en situation de discuter de l’activité, du travail réel et non du travail prescrit, ils s’expriment.
A cela s’additionne une crise du syndicalisme, car les syndicats devraient être là pour parler du travail, c’est leur vocation, mais ils n’abordent quasiment pas cette question. Parler du travail demande une véritable révolution culturelle, au-delà des questions de fierté ou de pouvoir.
Historiquement ces syndicats reposent sur une base ouvrière, mais c’est principalement dans les PME et les TPE que se loge la souffrance au travail, et les syndicats en sont absents. Il faut repenser tout cela pour faire changer la société.

Jean-Louis MENDEZ - Etudiant de la chaire de psychologie du travail au CNAM

Il n’y a pas seulement l’emploi et le travail, mais aussi le métier. Ce sont trois entités différentes. L’emploi a un résultat mesurable tandis que le travail est le cheminement, la trajectoire qui amène au résultat. Les valeurs universelles sont dans l’emploi, car tout le monde peut parler d’un résultat mesurable. Le métier, au contraire, est très intime. Chacun est dans le sien sans vraiment connaître celui de l’autre.

Les métiers ne sont plus assis sur de longues durées. L’individu est donc déstabilisé, car il devra oublier son métier à un moment de sa vie pour en retrouver un autre. Les métiers mutent ou disparaissent. Pour s’en sortir, l’individu sectorise entre ce qui relève de son métier et sa vie privée, associative, etc. qui sera sa nouvelle trajectoire.
Pour pouvoir parler de démocratie au travail, l’individu devrait se perdre en tant qu’être et se déplacer vers l’idée d’une trajectoire, accepter d’être en transformation permanente. L’incompréhension du résultat par le travailleur fait face à deux problèmes : la culture du résultat des hiérarchies et l’inintérêt du client face au processus qui a abouti à son produit.

Dominique PIAU - Doctorant au Laboratoire de Changement Social (LCS Paris VII Sociologie Clinique), intervenant formateur en Ecole d’Educateurs.

La résistance au travail et la souffrance au travail ne sont pas contradictoires, mais il y a une distinction à faire entre les conditions de travail et la condition du travail.
J’aimerais citer Sigmund Freud dans Le malaise de la civilisation :
« Aucune autre technique de conduite vitale n’attache l’individu plus solidement à la réalité, ou tout au moins à cette fraction de la réalité que constitue la société, et à laquelle une disposition à démontrer l’importance du travail vous incorpore fatalement. La possibilité de transférer les composantes narcissiques, agressives, voire érotiques de la libido dans le travail professionnel et les relations sociales qu’il implique donne à ce dernier une valeur qui ne le cède en rien à celle que lui confère le fait d’être indispensable à l’individu pour maintenir et justifier son existence au sein de la société.
S’il est librement choisi, tout métier devient source de joies particulières, en tant qu’il permet de tirer profit, sous leurs formes sublimées, de penchants affectifs et d’énergies instinctives évoluées ou renforcées déjà par le facteur constitutionnel . Et malgré tout cela, le travail ne jouit que d’une faible considération dès qu’il s’offre comme moyen de parvenir au bonheur. C’est une voie dans laquelle on est loin de se précipiter avec l’élan qui nous entraîne vers d’autres satisfactions. La grande majorité des hommes ne travaillent que sous la contrainte de la nécessité, et de cette aversion naturelle pour le travail naissent les problèmes sociaux les plus ardus. »

Yohan CHUPIN - Ecritures et Résistances, La poste.

La finalité, la créativité, la reconnaissance, le travail sur soi sont mis en difficulté au travail car ils touchent à l’identité. Il faut arriver à prendre du recul en considérant que l’on est dans un système et que ce n’est pas forcément soi le problème. Reconstruire son identité est un acte de résistance qui passe par un travail de compréhension et d’analyse. L’étape suivante est : « quelle action entreprendre ? ».
Pour répondre à cette question ont été organisés des séminaires sur le travail, à La Poste, pour revenir sur les histoires individuelles et effectuer un travail d’écriture. Comprendre et parler de ses difficultés est aussi un moyen de résistance car ce sujet n’est pas abordé. L’image de ce que doit être le travail et ce que font les travailleurs sont complètement différents. Ces questions doivent ensuite être portées vers les syndicats et les politiques. Comment entraîner le reste de la société ? La grève peut être un moyen mais elle est peu efficace dans un climat de peur.
Pour comprendre la société, il faut s’interroger sur les outils de résistance individuels et collectifs qui peuvent redonner aux gens des repères sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Malheureusement la capacité à souffrir et à supporter le système est très important chez les gens. Une façon de résister, c’est de donner une visibilité à la parole sur le travail, quel qu’il soit.

Elisabeth GAUTHIER - Espace Marx

Les ouvriers ont une vision du travail relativement stable, comme les organisations syndicales et les politiques de gauche, ce qui n’est pas les cas des jeunes, des femmes et des immigrés qui en ont une vision très dégradée. A travers des débats publics, il faut conjuguer nos énergies pour ne pas subir. D’autre part, il y a un besoin de compréhension de ce qui n’est pas visible. Par exemple, comment la financiarisation du capital a modifié les entreprises et leur gestion ? Cela permet de libérer la parole sur le vécu des gens, de les déculpabiliser. La mise en place d’ateliers ou de colloques serait un bon moyen de parvenir à ces buts, en revalorisant le travail par l’émancipation.

Daniel LESCORNET – Association La Fraternelle

La question de fond qui est posée est celle de la démocratie en général et pas seulement au travail. Comment faire vivre un certain pluralisme de directions, de stratégies dans une entreprise confrontée au marché. C’est un point noir terrible, sur lequel personne n’a réussi à trouver une solution, historiquement dans tous les systèmes qu’on a connus, et ici en France. Quand on opte pour une seule stratégie, une direction unique, on va dans le mur, on est absolument sûr que de l’imprévisible va se produire. Donc si on ne fait pas vivre en même temps et dans le marché plusieurs stratégies à la fois, plusieurs alternatives à la fois, on ne trouvera pas la solution. Ce point là est extrêmement complexe, puisqu ’aucune société n’a trouvé de solution. Cette question me semble au cœur des problèmes qu’on rencontre. J’en ferais un thème en lui-même puisque c’est le plus difficile à mon sens.

Claire VILLIERS – Collectif Travail & Démocratie

1) Ce n’est pas seulement la démocratie dans le travail mais aussi le travail dans la démocratie qui doit être travaillé. Cette formule est peut être à redéfinir, si elle manque de clarté. La question est : y a-t-il d’autres formes que celle de la propriété privée qui peuvent exister, comme les coopératives, les mutuelles…. , alors qu’actuellement dans le cadre de la globalisation mondiale, c’est la propriété privée financière qui reste la norme ?
Cette analyse de la situation actuelle permet de relativiser les échecs et n’empêche pas d’élaborer des stratégies. La crise est une opportunité « nonobstant les dégâts qu’elle va produire » de réfléchir sur : comment faire échapper à cette emprise, des pans entiers de l’actionnariat (cf manifestation de la poste) ? Ce peut être par les services publics, mais pas seulement.
En France, alors que traditionnellement coexistent plusieurs formes d’entreprises, les coopératives, les mutuelles, est-ce à partir de ces expériences différentes qu’on peut envisager d’autres formes ? Peuvent-elles avoir un rôle subversif et à quelles conditions ?
Pour que ces formes d’entreprises ne soient plus, au mieux un endroit protégé, au pire un lieu de toutes les précarisations, parce qu’au nom de l’économie solidaire des détériorations de statut des salariés ont été acceptées, est-ce que la gauche est en capacité de défendre une autre stratégie ?

En région Ile-de-France une délibération a été adoptée en début de mandature pour mettre la région hors AGCS (accord général sur la commercialisation des services) Mais rien n’a été engagé pour en faire une stratégie de subversion même si quelques réalisations comme celles de « l’Atelier » ont été créées. C’est une stratégie de parts de marché qui coexiste sous des formes différentes. Subversion ne veut pas dire renversement des repères sous des formes violentes, mais mouvement qui tend à opérer des ruptures radicales avec ce qui existe aujourd’hui.

2) En ce qui concerne les syndicats

Cette question peut être abordée sans les mettre en accusation. Il ne s’agit pas d’organiser des rencontres au niveau confédéral mais de prendre des contacts avec les sections syndicales qui tentent un travail sur ces thèmes.
Le nœud du problème est de découpler la question du travail, de celle du capitalisme et du salariat. Or les syndicats ont abandonné la question de la disparition du salariat qui figurait dans leurs statuts (sans salariat y aurait-il encore des syndicats ?) et ont assimilé le travail à la subordination, à la soumission aboutissant à cette conclusion « il vaut mieux ne pas travailler ».
Ce qui renvoie aux interventions du matin. Beaucoup d’autres formes de travail peuvent coexister (exemple du travail dans le cadre d’une entreprise individuelle), mais quelles sont les différences entre travail dans la sphère publique et dans la sphère privée ou à l’intérieur de chacune de ces sphères (exemple des femmes qui considèrent que le travail domestique chez elles quand elles le font elle-même n’est pas de même nature que le même travail accompli par une femme de ménage : pourquoi ?) ?

3) Les engagements du conseil régional

La question du travail est totalement étrangère aux élus, aucun n’est présent.
La politique est tellement hors le champ du travail qu’à l’intérieur des organisations politiques, les militants ne mentionnent pas leur profession. Ils parleront de leur appartenance à une association de parents d’élèves mais pas de leur métier ni du lieu où ils l’exercent.
Donc « expérience » de chacun et « richesse » de l’échange, telles qu’elles se sont exprimées, dans les interventions du matin, la question anthropologique est étrangère à la politique, c’est de là que vient la crise des partis politiques.
Ce qui se passe dans l’échange, sa richesse, ce qui structure l’individu échappe aux responsables politiques.
Dans les conseils municipaux devraient coexister deux collèges, un collège de représentants des habitants et un collège de représentants de ceux qui travaillent dans la ville. Le double vote n’est pas un problème et ces deux légitimités pourraient se confronter …. (idée émise également par Jaurès), il s’agit donc d’intégrer la question du travail dans toutes les formes de la démocratie là où elles s’exercent.
S’agissant de sa responsabilité personnelle, c’est dans le cadre de ces « projets citoyens » lors des rencontres régionales (2ème édition) qui se dérouleront en décembre 2009, que le travail du collectif sera présenté. Il s’inscrira comme une des préoccupations majeures du conseil régional, non pas pour être instrumentalisé, mais pour que ces travaux soient reconnus comme un objectif politique dans une réflexion politique territoriale, ce qui n’est pas négligeable s’agissant d’une région comme l’Ile de France. Il y a beaucoup de travail pour atteindre cet objectif.

Bernard TEMPLIER - Association Démocratie et Spiritualité Association Pole Sud 77

Dans ce qui va se débattre, il faut conserver à l’esprit le principe de subsidiarité. Tout le monde n’est pas apte à décider de tout. Lorsqu’il s’agit de prendre une décision rapide, comme le skipper sur son bateau, cette décision ne peut être prise que par une seule personne. De même à l’issue d’une consultation, d’une concertation, quelqu’un est confronté à la décision qui n’est pas toujours facile à prendre. Solitude du décideur à prendre au final une décision, lequel donnera le feu vert pour sa mise en application et en assumera seul les conséquences.

Christian MAUREL - Sociologue, co-fondateur du collectif « Education populaire et Transformation sociale ».

Première observation

S’il ne peut y avoir d’îlot de socialisme à l’intérieur d’un système capitaliste, est-ce qu’il peut y avoir une alternative, une autre gestion du travail, dans une société contrainte à l’actionnariat, dont toutes les analyses aujourd’hui qu’elles soient les plus réactionnaires ou plus progressistes, montrent chiffres à l’appui, que l’actionnariat a été favorisé au détriment du financement du travail.
Mais comme il faut commencer quelque part, il nous faut démontrer qu’une autre forme du travail est possible, de façon peut être utopique, comme on dit qu’ « un autre monde est possible ».
Il faut donc interroger le travail avec exigence tel qu’il existe dans le monde capitaliste, mais aussi avec les mêmes exigences dans le monde de l’économie sociale et solidaire.

Deuxième observation :

A propos du terme « conflit » utilisé le matin. Comment faire conflit à l’intérieur du groupe, alors que domine à l’extérieur une logique qui consiste à le nier.
La société actuelle tend à évacuer, à nier l’existence de conflits à la fois en son sein et dans le travail.
Des sociologues ont écrit sur ce sujet (réf à Daniel Linhardt)
Le rôle de l’interrogation sur la réalité du travail consiste à réveiller les conflits latents qui ont été refoulés, à re-déplier ce qui a été refoulé. Le travail psychanalytique décrit le matin par les interventions des professionnels, psychologues, ergonomes, ergologues… est fondamental. Des travaux de Boltanski sur le travail au début des années 70, il ressort que le concept dominant existant dans les entreprises était celui de l’autorité hiérarchique, aujourd’hui le concept qui s’impose est celui de projet, tout le monde doit être en projet construit autour d’objectifs à atteindre. Les normes de ce projet ne sont pas déterminées par des exécutants qui s’auto évaluent, évacuant ainsi le conflit entre la hiérarchie et eux.
L’individu se trouve ainsi en situation d’auto aliénation, c’est lui-même qui devient garant de ses propres objectifs. Il devient son propre objet d’aliénation. S’il y a difficulté à réaliser le projet, c’est lui qui en est responsable et plus la direction.
Le conflit doit être réveillé non de l’extérieur, il faut le faire avec eux. Ce qui est intéressant dans cet espace de travail ouvert à la réflexion, c’est aussi la question des méthodes à utiliser. Référence au conflit des caissières : il ne s’agit pas d’aller voir le patron en lui disant, nous allons engager un travail de démontage de l’aliénation avec les caissières, ni d’aller voir les caissières qui se mettent en danger en cessant le travail, elles sont en situation de grande précarisation. (réf : MJC de Franche Comté avaient lancé un cycle de travail sur « cinéma et aliénation au travail », leur existence avait été menacée, parce qu’elles mettaient en lumière une question qui interrogeait directement la société et le monde du travail et avait suscité la crainte des élus.
Il faut protéger les gens qui sont prêts à engager ce processus, à faire ce chemin de réfléchir sur leur travail. Ces notions de chemin, de processus sont très intéressantes.
Le monde du travail et des travailleurs, ne s’analyse pas comme des hannetons dans un bocal. Il y a un double enjeu le premier de nature scientifique qui consiste à comprendre la réalité objective du monde du travail et le second de nature praxéologique qui consiste à trouver une méthode permettant aux travailleurs de conduire sa transformation radicale, de définir une praxis.
Des expériences ont été menées dans ce domaine (cf. travaux personnels et ceux de Pierre Roche) et d’autres, remettant même en cause les méthodes anthropologiques existantes (D.J.). Elles peuvent servir de point de départ dans la recherche de cette praxis.