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LES CARNETS NOIRS DE L’EVASION FISCALE
UBER, DANS LES PAS DES GOOGLE, AMAZONE, FACEBOOK ET APPLE
contribution de Xavier DERRAC ( parue dans l’HUMANITE du 11.08.18 )
samedi 11 août 2018
publié par Marc Lacreuse

LES CARNETS NOIRS DE L’EVASION FISCALE

CONTRIBUTION

DE XAVIER DERRAC :

" UBER DANS LES PAS DES GOOGLE, AMAZONE, FACEBOOK ET APPLE "

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Les géants de l’Internet sont connus pour leur recours aux paradis fiscaux,

mais, chez ces multinationales, l’évitement de l’impôt est plus la règle que

l’exception. Le scandale des Panama Papers puis celui des Paradise

Papers nous l’ont rappelé .

Uber fait-elle partie de ces nombreuses firmes transnationales (FTN) qui

s’enrichissent en trichant ? Pas vraiment, et c’est là tout le problème . Le

droit est,disons, complice .

La plupart des ces entreprises transnationales pratiquent à l’envi "

l’optimisation fiscale ", qui n’est pas illégale à proprement

parler. Cela prouve assez le manque de volonté politique de certains Etats,

dont la France, pour lutter sérieusement contre ce fléau plus connu sous

le nom d’évasion fiscale .

Qui est Uber, si répandue dans les rues de nos villes ?

Uber est une plateforme technologique américaine créée en 2009 . Elle met

en relation passagers et voitures de transport avec chauffeur ( VTC ) .

Elle s’est rapidement exportée à travers le monde et opère à Paris depuis

2012. Uber est devenue l’entreprise phare, l’emblème même de la société

mondialisée, un acteur majeur de l’économie free-lance . Beaucoup

d’économistes et de responsables politiques n’hésitent pas à parler

d’ "ubérisation" de l’économie.

Uber est d’abord et surtout le symbole du travail précaire et de l’évasion

fiscale .

UN CHIFFRE D’AFFAIRES DE 2 MILLIARDS DE DOLLARS ENVIRON EN 2015.

D’après le calcul réalisé par le Canard enchaîné, 27 000 chauffeurs Uber

roulent en France et réalisent, en moyenne, 60 000 euros de chiffres

d’affaires annuel . Sur le nombre incalculable de trajets effectués par ses

chauffeurs, Uber touche 400 millions de commissions par an . A l’échelle

mondiale le montant des courses perçues par les chauffeurs d’Uber

atteint 10,84 milliards de dollars en 2015 ( La Tribune ) . Soit, pour

l’entreprise, un chiffre d’affaires de 2 milliards environ, perçu via les 20°/°

de commission qu’elle s’octroie sur chaque course .

Le système d’optimisation fiscale d’Uber n’est pas différent de celui adopté

par les grandes multinationales de la high-tech ( type Gafa ). En mai

2013, le géant américain a créé Uber International CV, domiciliée aux

Pays-Bas mais dont le siège correspond à l’adresse d’un cabinet d’avocats

dans les Bermudes. Cette société n’emploie aucun salarié tout en restant

à la tête d’un réseau complexe de filiales basées hors des Etats-Unis .

Pour parfaire ce montage financier, la filiale Uber International CV a conclu

des accords avec sa société mère, Uber Technologies Inc, dont le siège

social se trouve, lui, à San Francisco . La seconde filiale clé du système,

baptisée Uber BV, compterait 48 salariés et se trouve également

domiciliée ... aux Pays-Bas . Le revenu généré par une course ( quel que

soit le pays ) est envoyé à Uber BV, qui reverse 80 °/° du montant de

ladite course au chauffeur - qui lui payera des impôts dessus - via une

autre société écran nommée Rasier Opérations BV. Sur les 20 °/°

restant, seulement 1 °/° est déclaré et taxé à hauteur de 25 °/° . Le

reste est partagé entre les filiales locales ( comme Uber France ) et

Uber International CV . Cette dernière reverse 1,45 °/° des royalties

à Uber Iechnologie Inc, qui seront taxés aux Etats-Unis . Une grande

partie des 20 °/° qui ne vont pas au chauffeur échappe donc lbrement

à l’impôt.

Les Pays-Bas sont classés comme le troisième " pire paradis fiscal " par

l’ONG Oxfam, derrière les Bermudes et les îles Caïmans. Il s’agit du

paradis fiscal préféré des entreprises européennes .

Selon Oxfam toujours l’évasion fiscale des multinationales coûte au

moins 100 milliards de dollars par an, autant d’argent qui ne profite pas

aux pays pauvres, à la lutte contre les injustices et les inégalités.

Le sociologue Pierre Bourdieu nous avait pourtant avertis : " Le

néolibéralisme reprend les plus vieilles idées du patronat, sous un message

chic et moderne. C’est une "révolution" conservatrice qui veut imposer

un retour à une forme de capitalisme sauvage et cynique, qui organise

l’insécurité et la précarité, qui se réclame du progrès mais qui glorifie

l’archaïque loi du plus fort " .

Xavier DERRAC


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