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L’ANNEE 2019 DANS LA BANDE DE GAZA
UNE AUTRE ANNEE DRAMATIQUE POUR LES PALESTINIENS
par Ziad MEDOUKH
lundi 3 février 2020
publié par Marc Lacreuse

L’ANNEE 2019 DANS LA BANDE DE GAZA :

UNE AUTRE ANNEE DRAMATIQUE POUR LES PALESTINIENS

par Ziad MEDOUKH

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" Une nouvelle anne qui s’coule, et une autre qui commence. Mais pour toute la population civile dans la bande de Gaza-une rgion enferme et isole, une enclave ctire laisse son sort depuis plus de treize ans- trois questions lancinantes se rptent au dbut de chaque nouvel an : O est le changement ? Jusqu’ quand ? Il est o le monde qui se dit libre ?

Car depuis plus de treize ans, et au dbut de chaque anne, les habitants de la bande de Gaza forment le vœu d’un changement de leur situation marque par la souffrance, le maintien du blocus isralien inhumain, la poursuite des attaques israliennes contre leur prison ciel ouvert, et leur isolement dans une rgion abandonne.

Mme si au dbut de cette anne 2020, les Palestiniens de Gaza ont subi des bombardements israliens intensifs, ils essaient d’oublier leur anne prcdente, une anne terrible et chaotique.

A part un petit espoir qui raccroche cette population la vie et l’avenir, rien ne semble avoir chang durant toute l’anne 2019 pour plus de deux millions de citoyens. Au contraire, cette dernire anne, tout est all de pire en pire. Et je dis ici un "petit espoir" parce que le mot espoir est devenu un luxe Gaza. Oui, c’est inimaginable que l’on puisse acculer un peuple, tout un peuple, un tel dsespoir.

Les deux vnements qui ont domin en 2019, c’est d’abord la poursuite de la Grande Marche du retour commence le 30 mars 2018. Elle entre dans sa deuxime anne, en mars prochain. Malgr la dcision des organisateurs de la rendre mensuelle partir de cette anne 2020, cette marche a confirm que seule la mobilisation populaire pourra dfier les forces de l’occupation et nous permettre d’obtenir nos droits normalement garantis. Et le second point marquant, c’est la dcision de la CPI -La Cour Pnale Internationale- prise La Haye fin 2019 d’ouvrir une enqute sur les crimes israliens commis contre les civils de Gaza. Et mme si les procdures vont tre trs longues, au moins, pour les Palestiniens de Gaza, c’est un petit pas vers la fin de l’impunit de cette occupation illgale.

Les habitants de la bande de Gaza ont vcu une situation dramatique voire chaotique, dans leur prison unique au monde tous les niveaux, surtout sur le plan humanitaire.

Nous avons assist en 2019 une dtrioration des conditions conomiques, sociales et sanitaires dans cette rgion en souffrance permanente. L’anne 2019 a connu la poursuite des vnements tragiques pour les habitants de cette rgion enferme et laisse son sort, une rgion abandonne par une communaut internationale officielle dont le silence assourdissant l’a rend complice. Mais surtout elle n’a connu aucun changement sur le terrain.

L’anne 2019 pour les habitants de la bande de Gaza, a t marque par les vnements suivants :

1-La poursuite des agressions, incursions, bombardements et attaques de l’arme isralienne contre la bande de Gaza. On compte plus de quatre cents violations israliennes en 2019 : 270 bombardements et raids, 130 incursions dans diffrentes zones frontalires au sud, au centre et au nord de la bande de Gaza, sans oublier le drame absolu de centaines de pacifistes palestiniens viss par les snipers israliens sur les frontires :125 palestiniens ont trouv la mort, et 95.000 ont t blesss Gaza suite ces attaques et bombardements. Mort ou handicap -tel est le plan isralien-

2-Les restrictions sur les zones de pche rduites 6 milles marins, empchent les pcheurs de gagner leur vie. Cette anne a connu l’augmentation des attaques de la part de la marine isralienne contre les pcheurs de Gaza ; on a enregistr 130 attaques contre les pcheurs et leurs bateaux de pche, 21 pcheurs blesss, 34 arrts, 15 bateaux de pche dtruits et 30 confisqus.

3-Le maintien du blocus isralien inhumain et mortel impos de faon illgale par les forces de l’occupation depuis plus de treize ans, et la fermeture quasi totale des passages qui relient la bande de Gaza l’extrieur. Concernant les passages commerciaux : actuellement, par jour, 320 370 camions entrent Gaza via le seul passage commercial ouvert cinq jours par semaine. Ce passage se situe au sud de la bande de Gaza, mais la moiti de ces camions sont pour les organisations internationales et leurs projets de reconstruction d’coles et de stations d’eau. Le problme est que ce passage se ferme n’importe quel moment et sous n’importe quel prtexte, par dcision isralienne unilatrale, sans prendre en considration les besoins normes d’une population civile en augmentation permanente. Gaza n’a droit qu’ 160 produits au lieu de 950 avant le blocus. Quelques produits et mdicaments n’entrent pas, ce qui a aggrav la situation dj difficile. Selon les estimations des organisations internationales, la bande de Gaza a besoin de plus de 1300 camions par jour pour rpondre aux besoins normes de cette population. Sans oublier la liste de 130 produits toujours interdits d’entrer par ordre militaire isralien sous prtexte qu’ils ont un possible double usage. Cette fermeture a empch la libre circulation des importations et des exportations des biens et produits de Gaza, en particulier les matires premires et les produits semi-finis. Le gouvernement isralien refuse toujours l’ouverture de cinq passages qui relient la bande de Gaza l’extrieur et maintient son blocus sur Gaza. Concernant les passages pour la circulation des personnes, les deux passages qui relient la bande de Gaza l’extrieur sont le passage de Rafah au sud de la bande de Gaza sur les frontires avec l’gypte, et le passage d’Eretz au nord de la bande de Gaza vers la Cisjordanie, contrl par l’arme isralienne. Ils ont connu une faible ouverture partielle durant l’anne 2019, ce qui a rendu le dplacement des palestiniens de Gaza trs limit. Le passage de Rafah, mme avec une petite amlioration, a ouvert ses portes seulement 5 heures par jour en 2019, tandis que le passage d’Eretz n’est autoris qu’ 3 % de la population, surtout les malades, les diplomates et les hommes d’affaires et quelques cas humanitaires.

4- L’arrestation de plus de 60 palestiniens sur les frontires par les soldats israliens, dont 25 enfants de moins de 16 ans, Et jusqu’ aujourd’hui, 30 parmi eux sont toujours dtenus dans des prisons israliennes, sans le moindre jugement.

5- Du fait de la dtrioration du niveau de vie pour les habitants, et la baisse du pouvoir d’achat, on a assist une vraie crise humanitaire et conomique qui a touch tous les secteurs. Une crise lie au recul permanent du dveloppement et l’incapacit de l’Autorit palestinienne payer totalement les salaires de ses 73.000 fonctionnaires dans la bande de Gaza. Le produit intrieur brut (PIB) a baiss de 1.2 % et la capacit de production de l’conomie a continu de s’roder, avec un faible taux d’activit. On est pass, suite cette situation catastrophique dans la bande de Gaza, d’une conomie familiale non-violente une conomie dpendante de l’occupant et des organisations internationales. L’aide internationale envers ce territoire densment peupl, bien qu’empchant un effondrement total, a cr釪 une dpendance humanitaire au lieu d’encourager le dveloppement, notent les experts.

6- Le gouvernement isralien a continu sa politique visant empcher les malades d’aller se soigner dans les hpitaux de la Cisjordanie. Selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme de Gaza, en 2019 l’occupation isralienne a empch 8000 patients de quitter la bande de Gaza pour se faire soigner et recevoir un traitement en dehors de l’enclave assige de Gaza. Et les rares patients qui ont t autoriss de quitter Gaza pour des raisons mdicales, ont t soumis un interrogatoire au passage d’Eretz par l’arme isralienne. Une pratique dnonce par Physicians for Humain Rights.

7-La dgradation de la situation conomique et sociale : le taux de chmage dpasse les 67 % de la population civile selon le bureau palestinien des statistiques, mais le phnomne le plus dangereux est la hausse du chmage chez les jeunes de moins de 30 ans, qui a atteint 74 %, en 2019. Cette anne, plus de 95.000 personnes ont t jetes au chmage. Plus des deux tiers des mnages souffrent d’inscurit alimentaire. La pauvret. 73% de la population de Gaza vit en dessous de seuil de pauvret L’augmentation du nombre de personnes qui dpendent des organisations humanitaires. 81 % des Palestiniens de Gaza vivent grce aux aides alimentaires. Selon les sources du bureau des Nations-Unies pour les rfugis palestiniens –UNRWA- dans la bande de Gaza, plus de 1.400.000 personnes ont bnfici du programme de l’aide alimentaire gr par le bureau en 2019. Ce programme a largi ses services pour cibler les citoyens et non seulement les seuls rfugis. Sur le plan conomique, la situation ne cesse de s’aggraver avec les consquences dramatiques du blocus et de diffrentes agressions qui ont caus l’augmentation du chmage, et du niveau de pauvret, sans oublier l’incapacit de btir une vritable conomie dans la bande de Gaza. Cette situation empche tout dveloppement d’une conomie en faillite qui ne trouve pas les ressources ncessaires pour sortir d’une crise qui touche tous les secteurs. Pour beaucoup d’conomistes, l’anne 2019 est considre comme la plus catastrophique pour l’conomie palestinienne depuis 20 ans.

8-Les deux secteurs les plus touchs par les mesures israliennes sont la sant et l’ducation. Les coles pratiquent des journes doubles – voir mme triples – pour accueillir des lves toujours plus nombreux. Dans le mme temps, les hpitaux fonctionnent au-del de leurs capacits, plus particulirement depuis que les manifestations de la Grande marche du retour, qui a commenc en 2018, et qui ont connues des milliers de blesss.

9-Des mesures israliennes pour dtruire le secteur agricole dans la bande de Gaza. En 2019 et au dbut et la fin de cette anne, les autorits israliennes ont inond des terres agricoles dans l’enclave palestinienne, Elles ont submerg des terres agricoles de Gaza en ouvrant les vannes de barrages qui retenaient l’eau pluviale, aprs la forte pluie et la tempte, les rendant incultivables. Un fort torrent a submerg des dizaines d’hectares de terres agricoles, occasionnant d’normes pertes aux paysans, a fait savoir le ministre palestinien de l’agriculture.

10-Le secteur industriel affronte une vraie crise, les usines de Gaza fonctionnent seulement avec 20 % de leurs capacits en raison du blocus, des fermetures de passages, et l’impossibilit de faire exporter les produits de ces usines de la bande de Gaza vers l’extrieur. S’ajoute tout cela, la dcision isralienne de ne pas laisser les matires premires entrer Gaza sous prtexte qu’elles auraient un double usage possible. Consquence : la fermeture de dizaines d’usines et le licenciement de milliers de travailleurs et ouvriers.

11-L’absence d’une unit nationale et l’chec des efforts de rconciliation inter palestinienne, avec la non-tenue des lections lgislatives dans les territoires palestiniens, ce qui a aggrav l’amertume des habitants de la bande de Gaza.

12- Les baisses du financement accord l’UNRWA, l’agence des Nations-Unies charge des rfugis palestiniens, aboutissent ce que cet organisme ne parvient pas payer ses fonctionnaires, ni continuer s’occuper de 65 % de la population de Gaza. Cette situation rsulte de la rduction des aides amricaines en premier lieu, aprs les menaces du prsident Trump contre les Palestiniens. Cette crise a t soulage seulement fin 2019, aprs des engagements de quelques pays continuer financer cette organisation internationale pour les trois annes prochaines.

13- La pnurie de l’lectricit partout dans la bande de Gaza, durant toute l’anne 2019 ; chaque foyer Gaza avait droit 4 6 heures de courant lectrique par jour. Les forces d’occupation isralienne ont dcid de rduire la fourniture d’lectricit cette rgion sous blocus, afin de faire pression sur la population civile pour qu’elle arrte de participer la Marche du retour. Cette dcision aggrave la crise humanitaire dans une rgion en souffrance permanente, et met en danger les infrastructures sanitaires et en particulier les hpitaux. Cette pnurie d’lectricit avait des consquences graves sur tous les secteurs vitaux dans cette rgion. Beaucoup d’usines ont t fermes Outre ces coupures, Gaza, c’est la pnurie d’eau. En effet, tous les puits municipaux qui approvisionnent les habitants fonctionnent partir du courant lectrique.

14-Concernant l’eau : en 2019, peine 5 % des puits d’eau potable de Gaza sont propres la consommation humaine. Les bombardements israliens ont encore touch les infrastructures comme les aqueducs et les systmes d’gout. Sans oublier un aquifre de qualit mdiocre qui fait que 92 % des puits d’eau potable Gaza sont en dessous des normes minimales de sant pour la consommation humaine. L’eau Gaza est devenue rare et contamine. Et avoir une eau potable saine et propre est devenue quasiment impossible pour les habitants. Les dommages causs aux canalisations d’eau et d’assainissement ont t immenses. En dcembre 2019, plus de la moiti des Palestiniens de Gaza n’avait plus aucun accs l’eau. Cette catastrophe de l’eau et du traitement des eaux uses ont caus une forte augmentation de maladies d’origine hydrique et alimentaire. Une tude rcente de 2019 a rvl que la mauvaise qualit de l’eau tait une des principales causes de mortalit infantile Gaza.

15- La poursuite de la Grande Marche du retour : un soulvement populaire, pacifique et non-violent commenc le 30 mars 2018 sur les frontires de la bande de Gaza pour dfier les soldats israliens qui se trouvent d’une faon illgale dans des zones appartenant aux Palestiniens. Une marche initie par la socit civile, avec une dtermination exemplaire pour la leve du blocus isralien, et cela malgr un bilan trs lourd ct palestinien : plus de 320 morts dont 50 enfants moins de 16 ans, et plus de 29.000 blesss parmi eux 160 amputs. A part cette grande Marche du retour, il n’a eu aucun changement dans le quotidien de plus de deux millions de citoyens, rien ne change, rien ne bouge, la vie est presque paralyse pour cette population civile. Et cela dure depuis longtemps, sans aucune raction nationale, rgionale ou internationale. Les habitants de Gaza vivent au jour le jour, ils essayent de s’adapter, de tenir bon, mais surtout d’exister.

L’aspect le plus grave de toute cette situation difficile des habitants de la bande de Gaza et qui marque l’esprit de la majorit des habitants, c’est l’absence de perspectives pour ces gens qui ne voient aucun changement, qui constatent que les choses n’avancent pas, ne bougent pas, tous les niveaux : rconciliation, fin de division, amlioration de leur condition de vie, ouverture des passages, leve du blocus, fin d’occupation. Ce sont des sentiments horribles qui vont influencer l’avenir de cette gnration, surtout celle des jeunes, qui commencent perdre tout espoir en un avenir immdiat meilleur.

La population civile se bat quotidiennement pour survivre dignement sur sa terre.

La situation stagne, rien ne bouge et les gens, sur place, attendent et attendent. Ils attendent une ouverture, ils attendent la leve de ce blocus inhumain, ils attendent une vraie raction internationale afin de mettre fin l’impunit de cette occupation illgale. Ils n’ont pas d’autre choix que d’attendre. Ils attendent avec un courage et une volont remarquables. Mais surtout avec un message simple et clair : ici est notre terre, nous n’en partirons pas. Nous rsisterons en toute dignit.

Esprons pour 2020 ! "

Ziad MEDOUKH


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