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BILLET D’HUMEUR !
Une politique de la brutalité
De la casse du service public au projet de guerre mondiale
jeudi 12 avril 2018
publié par Madeleine Abassade

Billet d’humeur de Madeleine Abassade. Co-rédactrice du site Education Populaire & Transformation Sociale.

La politique gouvernementale actuelle est d’une grande brutalité symbolique et réelle. D’abord symbolique, celle de nous avoir fait croire, par la presse à sa solde, que la dette de la SNCF était imputable aux départs à la retraite précoces de la majorité de ses employés. Les syndicats appelant à la grève étaient utilisés comme chiffons rouges pour opposer les citoyens usagers des transports publics à ceux qui y travaillent. Cette politique de la brutalité menée par le gouvernement actuel se déploie progressivement dans tout le pays, et trouverait une apogée cynique dans son projet de guerre mondiale.

La dette de la SNCF est un prétexte. Dès juin 2017, le gouvernement menait un chantage et tentait de discréditer les syndicats :

« Une grève d’environ 3 semaines a vivement opposé la direction de SNCF à de nombreux cheminots. En cause, les négociations sur leur temps de travail ainsi que la loi El Khomri. En plein cœur de ces fortes tensions, l’Etat s’était alors engagé à reprendre à minima une partie de la dette contractée par l’entreprise ferroviaire en contrepartie des concessions faites par les syndicats. » [1]

Alors qu’il est clair que la dette n’a cessé de s’accumuler depuis l’origine de la SNCF pour des raisons propres aux fonctionnements techniques nécessaires et à son évolution :

« L’origine de la dette de SNCF remonte avant même sa création, lorsque dès la fin du XIXème siècle, les compagnies de transport ferroviaire privées recoururent massivement à l’emprunt pour financer le développement de l’infrastructure. Le fragile équilibre des compagnies, déjà mis à mal par l’expansion contrainte du réseau vers des territoires très peu fréquentés, sera également bouleversé lors de l’éclatement des première et seconde guerres mondiales. » [2]

La dette s’est particulièrement accentuée par l’ouverture de nouvelles lignes, ces dernières années :

« à partir de 2013, l’augmentation soutenue des investissements de renouvellement et de développement (LGV Sud Europe Atlantique, LGV Bretagne – Pays de la Loire, contournement de Nîmes et Montpellier) va contribuer à une rapide hausse de la dette de RFF jusqu’à 39,3 milliards d’euros à la clôture de l’exercice 2015 » [3]

Et enfin, cette dette rappelle la puissance des banques qui soumettent pour partie les services publics au montant du remboursement des intérêts :

« la dette de SNCF ayant quasiment atteint 50 milliards d’euros, les intérêts de remboursement de cette-dernière représentent, à eux seuls, une facture d’un milliard et demi d’euros par an » [4]

Comment la réforme va engraisser les marchés financiers : https://www.humanite.fr/sncf-commen...

Cette violence symbolique et réelle conduite par le gouvernement actuel, qui s’applique au service public des transports ferroviaires, trouve d’autres déploiements de sa force par :

l’envoi de 2500 gendarmes pour expulser les zadistes de Notre-Dame-des Landes alors que le projet d’aéroport est arrêté ; les CRS mobilisés dans les universités pour déloger les étudiants en grève. Sans parler de l’appel du Président de la République en direction des Catholiques lors de son discours devant les évêques de France réunis le 9 avril, incitant à vouloir diviser là aussi les citoyens en jouant la carte de la complicité avec l’Eglise contre les autres religions. [5]

Le gouvernement actuel, et son représentant le plus visible seraient en train de vouloir mener une véritable politique de régression : vouloir en finir avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat actée depuis 1905 ; faire disparaître les syndicats ; casser les services publics et progressivement détruire l’ensemble des acquis sociaux, dont actuellement la disparition des services de la justice de proximité. [6]

Et qu’en est-il des promesses d’alléger les effectifs d’élèves dans les classes, quand les départs à la retraite des enseignants entrainent la suppression des postes ? Ce sont 120 000 postes qui ont été supprimés dans la fonction publique.

Projet macabre

Enfin, cette violence du gouvernement trouve son apogée dans le risque de conduire le pays dans une guerre à caractère mondial aux côtés de Trump, où la Syrie de Bachar El Assad ne serait qu’un prétexte pour attaquer la Russie ? Il faut dire que l’économie de la France repose pour partie sur les engins de guerre qu’elle fabrique, quand elle ne les vend pas, et que ces engins doivent montrer combien la France est atrocement forte.

Je sais que dans un budget on ne peut pas mélanger les lignes, mais comment ne pas s’interroger sur les sommes considérables qui seraient englouties dans une guerre et que cela ne gêne en rien ceux qui nous gouvernent au point qu’ils se permettent de l’envisager. Dans cette perspective, la dette de la SNCF est une plaisanterie macabre.

[1] http://transport.sia-partners.com/2...

[2] idem

[3] idem

[4] idem

[5] L’analyse à ce sujet par Jean-Luc Mélenchon me semble particulièrement pertinente https://www.youtube.com/watch?v=I0B...

[6] http://www.liberation.fr/debats/201...


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