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ELECTIONS PRESIDENTIELLES : CONTRIBUTION DE LA FONDATION COPERNIC
A PROPOS DU " VOTE F.N "
mardi 14 mars 2017
publié par Marc Lacreuse

ELECTIONS PRESIDENTIELLES

CONTRIBUTION DE LA FONDATION COPERNIC

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Cher.e.s ami.e.s,

Les votes pour Marine Le Pen s’annoncent considérables, et sans doute plus nombreux que les sondages ne le prévoient.

Il y a donc urgence à viser juste contre le FN. Viser juste suppose de comprendre pourquoi tant de personnes différentes s’en vont voter Le Pen.

C’est ainsi seulement, en s’en prenant aux causes de ces votes, que nous ferons reculer le Front national.

Dans les semaines qui viennent, vous recevrez un certain nombre d’analyses de fond qui permettent d’enfin viser juste.

Ci-dessous, deux contributions :

- un article de Gérard Mauger, directeur de recherches au CNRS,

- et une présentation de l’enquête collective "Les classes populaires et le FN", si utile pour comprendre pourquoi les votes FN prolifèrent.

Bien amicalement,

La Fondation Copernic


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L’article de Gérard Mauger

Moins d’un ouvrier sur sept a voté FN en 2015

(Source : L’humanité, 6 février 2017)

Les enquêtes disponibles remettent en cause le stéréotype de l’électeur FN en « beauf machiste et homophobe, raciste et xénophobe ».

Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle de 1995, Libération publiait un scoop au vu d’un sondage postélectoral  : le FN serait devenu le «  nouveau parti de la classe ouvrière  »… Qu’en est-il aujourd’hui  ? Lors des élections régionales de 2015, si plus de la moitié de l’électorat FN se recrute dans les classes populaires (ouvriers, employés et retraités ex-ouvriers ou employés), c’est en fait moins d’un ouvrier sur sept qui a voté pour le FN dès lors que l’on tient compte des abstentionnistes et des non-inscrits. C’est dire que, s’il y a aujourd’hui un «  nouveau parti des classes populaires  », c’est – et de très loin – celui de l’abstention.

Le constat ne dispense pas pour autant de s’interroger sur cette fraction des classes populaires qui vote FN. La question est au fond celle que pose Thomas Frank à propos des classes populaires nord-américaines  : pourquoi les pauvres votent-ils à droite (1)  ? Seules des enquêtes de terrain peuvent permettre d’y répondre. Contre l’idée reçue qui voudrait que le vote exprime le choix d’un programme, il faut rappeler, en effet, la très inégale distribution sociale des compétences politiques et, au-delà, de l’intérêt pour la politique. Désintérêt qu’accentue la professionnalisation croissante de la vie politique et qui permet de comprendre, au moins pour partie, la très inégale participation électorale. De ce fait, on ne saurait déduire, par exemple, du vote FN d’un ouvrier ou d’une employée son adhésion au programme du FN (dont, le plus souvent, ils ignorent tout ou ne savent pas grand-chose). Si ces votes FN n’ont, bien sûr, pas rien à voir avec le FN, il faut néanmoins s’interroger sur la signification qui leur est attribuée. Que veut dire l’ouvrier ou l’employée qui vote FN  ? Un ouvrier qui vote FN est-il un «  ouvrier raciste  » et que signifie «  raciste  » dans son cas  ? L’est-il au même sens qu’un bourgeois traditionaliste, qui vote lui aussi FN  ?

L’influence délétère de la crise des sociabilités populaires Les enquêtes disponibles remettent en cause le stéréotype de l’électeur FN en «  beauf machiste et homophobe, raciste et xénophobe  » qui doit sans doute plus à un «  racisme de classe  » qui s’ignore qu’à l’enquête de terrain. Mettant en évidence l’influence délétère de la crise des sociabilités populaires, elles interpellent également des interprétations banalisées comme celle du vote FN généralisé de «  la France périphérique  », ou celle du vote FN comme expression du ressentiment dû au déclassement. Elles montrent les effets de l’exacerbation des luttes de concurrence entre «  Français  » et «  immigrés  », du «  procès  » dont «  la respectabilité  » est l’enjeu, entre classes populaires «  établies  » et classes populaires «  marginalisées  », à propos de la délinquance, des incivilités de l’assistanat («  les cas soces  »). Pour la fraction «  établie  », le vote FN permet de se démarquer – moralement – des fractions précarisées, paupérisées et souvent immigrées, et, pour la fraction «  marginalisée  », de se distinguer de «  plus bas qu’elle  ». Les enquêtes soulignent également les effets de la perte d’influence des «  idées de gauche  » et ceux de l’inculcation politico-médiatique des visions racistes ou encore ceux de l’héritage politique familial.

On peut tirer au moins deux conclusions «  politiques  » de ces enquêtes. L’analyse des données statistiques disponibles met en évidence la très grande dispersion sociale et la volatilité de l’électorat FN. Tout oppose, en fait, sa composante populaire à celle issue des beaux quartiers, qui se retrouve dans la Manif pour tous, tout comme s’opposent, au sommet de l’appareil FN, Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen. C’est dire, comme y insistent Daniel Gaxie et Patrick Lehingue (2), que «  l’électorat FN n’existe pas  »  : il s’agit en fait d’un «  conglomérat  » miné par ses contradictions internes. Il faut donc prendre appui sur ces contradictions et travailler à hâter son implosion. Par ailleurs, les enquêtes sur le vote FN dans les classes populaires mettent en évidence les impasses du militantisme anti-FN, à commencer par sa vindicte contre «  les prolos bornés et racistes  » qui votent FN. La reconquête des classes populaires – qu’elles s’abstiennent ou votent FN – passe par la réhabilitation de leur ethos traditionnel, de leur «  souci de respectabilité  » (la «  common decency  », si l’on veut, fondée sur l’ardeur au travail, l’honnêteté, le respect de soi-même et des autres) des classes populaires – Français et immigrés confondus.

(1) Pourquoi les pauvres votent à droite, Thomas Frank, Éditions Agone.

(2) Les Classes populaires et le FN, livre coordonné par Gérard Mauger et Willy Pelletier, Éditions du Croquant, collection «  Savoir/Agir  », 18 euros pour le livre, 14 euros pour l’e-book.

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Pour mieux comprendre : lire "Les classes populaires et le FN" Enquête collective Coordonnée par Gérard Mauger

Les votes FN ne forment pas un « électorat », mais « un conglomérat ».

Dans ce « conglomérat » particulièrement volatile ne figure qu’un ouvrier sur sept, mais il inclut néanmoins une composante populaire qui n’est pas négligeable : plus de la moitié des votes FN se recrute chez les ouvriers et les employés (actifs ou retraités). Si ce vote FN d’une fraction des classes populaires – dont le premier parti est, et de loin, celui de l’abstention – ne surprend pas ceux qui les assimilent à la figure du « beauf » machiste et homophobe, raciste et xénophobe, il interpelle les autres. Les enquêtes ethnographiques rassemblées dans ce livre tentent d’élucider les raisons et les causes de ces votes populaires en faveur du FN. Que veut dire l’ouvrier ou la femme de ménage qui votent FN ? Un ouvrier qui vote FN est-il un « ouvrier raciste » et que signifie « raciste » dans son cas ? L’est-il au même sens qu’un aristocrate qui vote, lui aussi, FN ? Ces enquêtes portent à conséquences politiques : outre qu’elles invitent à rectifier la vision stéréotypée de « l’électeur FN », elles montrent que la lutte politique contre le FN peut prendre appui sur les contradictions latentes au sein de ce « conglomérat » pour travailler à son implosion.

Pour en savoir plus et commander le livre :

http://www.editions-croquant.org/94...


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