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Association DREAMOCRATY
Belle rencontre en Avignon avec deux jeunes du camp de réfugiés Dhesheh
Notes transmises par Edouard Schoene
vendredi 24 juillet 2015
publié par Madeleine Abassade

Dimanche 19 juillet en Avignon, lors d’une rencontre organisée par le CIDEFE (organisme de formation des élus communistes et républicains) j’ai rencontré deux jeunes Palestiniens, Aysar Al SAÏFI et Mourad OWDAH, fondateurs de l’association « Dreamocraty ».

Voici quelques notes et photos en pièce jointe de cette rencontre très précieuse.

Le 10 novembre 2014 nous étions au camp de réfugiés de Dhesheh, près de Bethléem.

Aysar est en France depuis un an, Mourad revient des USA.

Aysar Al SAÏFI Mourad OWDAH sont originaires de Dhesheh,

« Nous ne rêvons plus de nous-mêmes comme des héros, des victimes »

Aysar écrit son expérience. Il s’intéresse à la communauté Palestinienne qui vit à l’étranger.

Aysar  : Dans le camp de Dhesheh vivent 13 000 personnes sur ½ km² ! Ce camp a été ouvert dans les années 50.

Nous nous posions la question « qu’est-ce que nous sommes au milieu de tous ces discours de chercheurs, écrivains, ….sur NOUS ?

Nous ne sommes pas faibles. On parle des réfugiés que comme des victimes. Nous avons des choses à dire. J’ai fait un voyage de trois heures avec un vieil homme. Nous lui demandions « quand arrive-t-on ? ». Il nous a répondu « Marchez » : l’important n’était pas la destination mais le voyage, les échanges.

Mourad  : Les touristes, au village, nous demandaient de sourire pour prendre des photos. On se demandait « pourquoi ces touristes viennent ici ? » On avait l’impression d’être dans un musée. Nous vivons, nous avons une histoire, une culture. Nous ne sommes pas des objets à photographier.

Aysar  : Il n’y a pas de personnes qui souffrent de ne pas manger dans le camp. La solidarité est forte dans le village. Nous n’avons pas de municipalité. Nous ne sommes pas sous administration de l’ONU. Il y a des traditions anciennes bien vivantes de solidarité. Le camp n’est ni zone publique, ni zone privée. Les maisons nous appartiennent, mais pas le sol (bail emphytéotique). Depuis la 1ère Intifada (1987) livres et journaux nous étaient interdits. Nous informions par les murs. Sur un mur peint on peut lire « la guerre nous prend notre terre mais nous donne des rêves. »

Nous avons fait un « dictionnaire collectif » . Une nuit j’ai essayé d’échapper aux soldats israéliens. J’ai ouvert une porte et me suis installé devant la télé au milieu de la famille qui regardait le petit écran. Quand les soldats ont fait irruption, cette famille a fait comme si de rien n’était. J’ai été sauvé de l’emprisonnement. De la fabrication du dictionnaire est né une « université populaire ».

Nous avons commencé à publier dans un projet intitulé « 100 histoires ». Les gens se sentent plus forts avec de tels projets. Des poètes sont nés.

La plupart des hommes sont sortis du camp pendant la 2è intifada. Les femmes ont joué un rôle très important, elles ont fait vivre le camp. Ma mère était la responsable politique dans l’organisation à laquelle appartenait mon père. Les femmes ont une place importante en Palestine.

Mourad  : Notre camp est appelé « le camp rouge « du fait de son orientation politique. Mais aujourd’hui les extrémismes montent dans le camp.

Aysar  : Il est important de séparer politique et religion. certaines familles font le baptême hors espace religieux. Le baptême dépasse le fait religieux. Après « CHARLIE » il y a eu à Bethléem une grande manifestation chrétienne qui soutenait le prophète. A HEBRON des musulmans ont manifesté « on soutient jésus ». Chez nous la liberté individuelle n’a comme seule limite, la liberté des autres. La question est de savoir pourquoi et pour qui je résiste.

Je refuse d’écrire, de dessiner sur le « mur de l’apartheid ». Je ne veux pas embellir, comme le font des artistes (Banski, …) ce sale mur ! S’il y a des fresques , je les vois plus que le mur détestable.

L’espace public doit être occupé.

Mourad  : Nos camps de réfugiés ne sont pas le résultat d’un désastre naturel mais d’un désastre politique. Rester dans le camp, ne pas le quitter, c’est un engagement politique.

En Palestine les enfants ne peuvent pas vivre leur enfance. Ils grandissent trop vite. J’ai vu la mer à 26 ans et je courais comme un bambin de 10 ans ! En venant en France j’ai pu vivre mon enfance alors que je n’étais plus enfant.

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Question : quels rêves avez-vous ?

Mourad : Mon rêve : le droit au retour. Possibilité de vivre en paix.

Aysar : Mon rêve c’est qu’il y ait un jour une forte demande d’immigrés de venir vivre chez nous en Palestine et que nous puissions les accueillir avec joie

Notre projet DREAMOCRATY : comment établir des ponts entre nous-mêmes et nous-mêmes et avec d’autres pays. Comment imaginer notre futur dans nos pays respectifs.

- Trois bases pour la DREAMOCRATY :

* SAVOIR : éducation populaire

* IMAGINATION (« sortir de la boîte »

* Comment se reconnecter à la réalité

(voir le concept d’hétérotopie de Michel FOUCAULT sur http://desteceres.com/heterotopias.pdf) .

Notes prises par Edouard Schoene 21/7/15

Post Scriptum :

ILe texte avec des photos d’Edouard Schoene est en pièce jointe à cet article


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