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UNE CONTRIBUTION DE JEAN-CLAUDE MAIRAL
CHANGER LES PARADIGMES DE L’ACTION POLITIQUE
RETROUVER LE CHEMIN DE LA CONFIANCE
mardi 24 mars 2015
publié par Marc Lacreuse

AU LENDEMAIN DU PREMIER TOUR DES ELECTIONS DEPARTEMENTALES

CONTRIBUTION DE JEAN-CLAUDE MAIRAL

INTERROGATIONS / CHANGER LES PARADIGMES DE L’ACTION

POLITIQUE / RETROUVER LE CHEMIN DE LA CONFIANCE


Les élections départementales du dimanche 22 mars 2015 n’infirment aucunement les propos qui vont suivre. Prés d’un électeur et électrice sur deux ne s’est pas déplacé, à ce qui était à la différence des précédentes cantonales, une élection concernant l’ensemble du territoire nationale. C’est une donnée de fond qui se vérifie élections après élections. Chacun essaie ensuite de donner une signification politique à son propre score et de justifier celui-ci. Triomphalisme à droite et au FN,même si certains commentateurs se réfugient derrière l’argument "ils ont fait moins bien que prévu par les sondages et ce n’est pas le 1er parti de France", mésestimation du recul au PS, assortie du commentaire "on a moins reculé que prévu", satisfaction mesurée au front de gauche, revendiquant, 9,4% des voix et s’en félicitant. Personnellement, le recul de la gauche et les 9,4% réalisé par le Front de gauche ne me satisfont pas du tout.

Cela conforte une interrogation qui m’obsède depuis plusieurs années,dont j’ai fait état dans le livre "Peuple citoyen,la démocratie, le défi de notre temps".

Comment se fait il que rien ne bouge fondamentalement ou si peu, malgré le foisonnement d’appels, de manifestes, d’initiatives citoyennes, de réseaux, d’associations, de syndicats et de mouvements progressistes tant au plan national que local qui tous visent le champ de la la transformation sociale et écologique ainsi que l’émancipation humaine ?

Comment se fait il que n’émerge pas une dynamique citoyenne forte permettant d’enclencher la rupture avec le système dominant et de favoriser le changement, alors que nous constatons quotidiennement cette créativité dans tous les champs de la vie sociale et des territoires : démocratie, économie sociale et solidaire, formation, solidarité, culture, éducation populaire, écologie, développement local, etc, qui tous vont à l’encontre des logiques capitalistes et libérales ?

Soyons lucide et regardons cette réalité en face. Ce sont ces interrogations que je me pose et qu’il me semble que chaque acteur et organisation de l’émancipation humaine devraient avoir, afin d’essayer de leur apporter des réponses.

Personnellement je fais un 1er constat, outre la dispersion, c’est que personne ne mesure, ni le nombre, ni l’importance, ni le rayonnement tant, dans les territoires qu’au plan national de ce foisonnement et de cette créativité.

Quelques-uns (il y en a d’autres) de ces appels,manifestes, réseaux, associations au plan national que je connais, ou avec qui j’ai travaillé, ou dont j’ai signé les appels :

- Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire
- Alternatives citoyennes
- Appel des Etats Généraux du pouvoir citoyen
- Appel "Maintenant, construisons la fraternité"
- Appel "Oser la démocratie "
- Appel "des passeurs à l’acte"
- Appel "primaires pour un autre avenir"
- Appel pour une démocratie de proximité
- Appel pour un printemps de l’éducation populaire
- Appel pour ouvrir des chantiers d’espoir
- Appel pour une République multiculturelle et post-raciale
- "Après l’émotion, un appel à agir" par le Pacte Civique de Marseille
- Association d’éducation populaire « Réseau salariat »
- Association pour une constituante
- Association citoyens du monde
- Association internationale pour la participation publique
- Association pour l’autogestion
- Arc en ciel théâtre
- Ateliers des alternatives
- Attac
- Centre d’information, de documentation, d’études et de formation des élus
- Collectif des associations citoyennes
- Collectif Education populaire et transformation sociale
- Collectif local pour l’initiative citoyenne,"le référendum d’initiative citoyenne,c’est maintenant !"
- Collectif "pouvoir d’agir"
- Collectif pour une transition citoyenne
- Comité de vigilance citoyenne
- Comité locaux des citoyens du Front de Gauche
- Démocratie ouverte
- Education populaire et transformation sociale
- Fédération des vidéos des pays et des quartiers
- Fonda, fabrique associative
- Fondation Charles Leopold Mayer pour le progrès de l’Homme
- Forum Demain le Monde
- Forum mondial de la démocratie
- Gauche Avenir
- Le pacte civique et l’observatoire citoyen de la qualité démocratique
- la Scop « le pavè »
- Les économistes atterrés
- Manifeste « la connaissance libère »
- Manifeste convivialiste, déclaration d’interdépendance
- Manifeste « la démocratie !!! Maintenant !!! »
- Manifeste d’espérance
- Manifeste pour un monde solidaire
- Observatoire international de la démocratie participative
- Observatoire des mouvements de la société
- Observatoire de la démocratie
- Peuple et culture
- Pour des Etats Généraux de l’Education Populaire
- Pour un collectif du printemps de l’éducation populaire
- Pour un printemps des associations citoyennes
- Projets citoyens
- rencontres de l’innovation citoyenne
- Réseau national de la démocratie participative
- Réseau citoyens résistants
- Réseau des écoles des citoyens
- Reporter citoyen
- Réseau d’éducation populaire
- Roosevelt 2012
- TV solidaire
- Union nationale des acteurs et des structures du développement local
- Universités populaires et citoyennes

Cette liste qui concerne des dizaines de milliers de personnes.n’est qu’une infime partie de tout ce qui existe dans notre pays.Car ce foisonnement d’initiatives, cette réactivité, cet engagement de dizaines de milliers d’associations et de syndicats, de nombreux élus locaux dans leur commune et des centaines de milliers de personnes sont une réalité concrète dans les territoires et au plan national. C’est une force considérable.

Mais autre et deuxième constat, c’est que paradoxalement, s’il y a une richesse et un foisonnement d’initiatives ainsi que de multiples réseaux, ils ont une faiblesse, malgré le dévouement et la sincérité de celles et ceux qui les animent, c’est leur atomisation, parfois leur concurrence, et souvent leur manque de coopération.

Et je ne parle même pas des égos, des logiques de pouvoir, des ambitions personnelles et approches partisanes étroites,que l’on retrouve souvent au plan politique et qui expliquent pour une grande part la crise de la représentation politique. Il suffit de regarder la configuration de la gauche, en particulier de la gauche alternative, dans toute la diversité de ses composantes pour se rendre compte à quel point cela est mortifère et empêche de créer un élan citoyen majoritaire pour le changement.

Il y a aussi la division et le morcellement syndical.Je ne suis pas partisan du syndicat unique. Mais entre un seul syndicat et le foisonnement que l’on connait il y a certainement un équilibre à trouver. Comment veut on que nos concitoyens s’y retrouvent, se syndiquent et agissent quand ils sont confrontés à cette division qui est perçue le plus souvent pour de la concurrence entre organisations ? Que l’on ne me dise pas que les différences étant telles entre toutes ces organisations syndicales qu’elles nécessitent une telle division !

Alors que nous sommes au coeur de la plus grande crise de notre histoire,veut-on attendre le déchaînement de la tempête qui pointe à l’horizon, pour prendre conscience des effets dévastateurs de ce morcellement, de cette atomisation et de la division ?

Au lieu d’être dans la désespérance, voyons que les forces sont présentes dans les territoires et au plan national pour créer cette nécessaire dynamique citoyenne.

N’est-il pas temps pour donner sa pleine puissance et efficacité à ce mouvement, de sortir de l’ignorance, de la division et de la concurrence, de mettre du lien entre toutes ces initiatives, entre mouvements alternatifs, syndicaux, coopératifs, altermondialistes, écologiques, associatifs et politiques, de les faire converger dans une même dynamique transformatrice pour favoriser une unité du mouvement populaire d’un type nouveau, englobant toutes ces forces ? Le CIDEFE (centre d’information, de documentation, d’études et de formation des élus) a tenté d’ initier autour de l’éducation populaire et citoyenne et de la démocratie participative, une dynamique de réseau avec de nombreux partenaires,pour sortir du cloisonnement. Malgré une certaine réussite, le scepticisme a pourtant continuer de dominer chez un certain nombre d’élus.

Ne faudrait-il pas, alors que nous sommes dans une période de grands bouleversements et d’incertitudes, où le pire est peut-être devant nous, s’appuyer sur ces dynamiques, certes diverses mais riches de potentialités, les mettre en réseaux pour construire avec les citoyens, sans étouffer leur créativité et leur originalité, une alternative aux politiques néo-libérales ? Relier toutes ces forces est indispensable.

Cependant si elle est une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante à elle seule. En effet comme le notait Serge Halimi dans le « Monde diplomatique » de septembre 2013 : « Le lien entre mouvements sociaux et relais institutionnelles, contre-pouvoir et partis a toujours été problématique. Dès lors que n’existe plus un objectif principal, une « ligne générale »- et moins que jamais, un parti ou un cartel qui l’incarnerait-, il faut se demander comment créer du global, à partir du particulier. La définition de quelques priorités mettant directement en cause le pouvoir du capital, permettrait d’armer les bons sentiments, de s’attaquer au système central, de repérer les forces politiques qui y sont elles aussi disposées. ». Ce que confirme Jean Lojkine, sociologue, dans le livre « Une autre façon de faire de la politique », aux éditions Le Temps des Cerises. Il fait une analyse pertinente des obstacles à cette mise en synergie, « les mouvements sociaux butent sur le même obstacle : leur incapacité à se relier aux espaces politiques de gouvernement, aux représentations partidaires. Ce sont des mouvements « contre », et non des mobilisations autour d’un programme économique alternatif par rapport aux « réformes » néo-libérales… », et de poursuivre sur un mode interrogatoire, « Comment à la fois coopérer entre partenaires égaux sur un même champ d’intervention (donc avec des projets alternatifs très poussés, des propositions économiques précises touchant à la fois le niveau local et régional, national, européen), sans en même temps se confondre avec l’action politique des partis destinés à gouverner ? Comment garder donc un recul critique lié à la fonction revendicative des organisations syndicales ? ». Même constat chez le philosophe André Tosel dans l’Humanité du 24 juillet 2013, pour qui « l’urgence est de produire des opérateurs de conversion entre les diverses résistances actuelles, venues des subalternes, de tous ces groupes privés du pouvoir social d’être la cause de leur action » ou chez Isabelle Garo, philosophe qui dans un entretien à l’Humanité du 2 août 2013, déclare « il faut absolument miser sur l’élaboration à la fois individuelle et collective, inventer de nouvelles relations entre mouvements sociaux, organisations syndicales et politiques, chercheurs ; intégrer à cette dynamique balbutiante les habitants des quartiers, les immigrés, les sans-papiers, les femmes, les jeunes ;combiner le temps propre de la réflexion et celui des mobilisations ».

Partager ces différentes réflexions ne suffit pas,il faut se poser la question du comment faire ? Il faut changer les paradigmes de l’action politique. Les cartels ou front des seuls partis et mouvements politiques ne correspondent plus à la situation d’aujourd’hui et aux enjeux civilisationnelles. Il faut travailler la mise en synergie, dans une dynamique commune de toutes celles et tous ceux qui au plan associatif, électif, politique, syndical et universitaires oeuvrent dans le champ de la transformation sociale et écologique.

Ne pourrait on pas, en partant des territoires, au niveau des villes et des bassins d’emplois, de formation et de vie, mettant de côté les logiques de"chapelles" et partisanes, la division et les concurrences, organiser des Etats généraux (peut importe l’appellation) citoyens où se retrouveraient à égalité, sans a-priori, dans le respect, sans esprit de récupération et volonté hégémonique, des associations, des syndicalistes, des militants, des élus locaux et de simples citoyens, où seraient présentées les initiatives et actions de chacun, où seraient menées des réflexions partagées et où seraient mis en place des collectifs et actions citoyennes ? Une seule ligne de conduite : Non l’intérêt partisan,mais l’intérêt général. Cette dynamique dans les territoires se concrétiseraient également au niveau national.On peut même imaginer que dès maintenant les réseaux, appels et autres manifestes existants prennent l’initiative de se réunir et de construire des initiatives partagées. Tout cela est à portée de main. A condition d’en avoir la volonté et l’ambition, de ne pas rester figé dans ses certitudes et son mode d’organisation, mais de s’ouvrir. Alors Osons !

JEAN CLAUDE MAIRAL


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Messages de forum :
CHANGER LES PARADIGMES DE L’ACTION POLITIQUE
vendredi 27 mars 2015
Yves Guerre

Cher Jean-Claude MAIRAL.

C’est avec beaucoup de respect et de considération pour votre personne que je vais tenter, non pas de répondre — car je n’ai aucune qualité pour « répondre » ne me sentant pas concerné directement en tant qu’ « acteur » — à votre « contribution ».

Pardonnez mon ton direct. « Changer le paradigme de l’action politique » certes, mais sans doute pas en « retrouvant les chemins de la confiance » entre organisations, confiance que nous n’avons, depuis des lustres, jamais connue. Les organisations et les institutions ont, de par leur vocation, toujours privilégié leur avenir à celui du bien commun en entretenant une saine émulation compétitive entre elles, ce qui explique en partie là où nous en sommes.

Le terme de coopération, que vous employez aussi plus avant dans votre propos, me paraît plus approprié.

La longue liste — presque sans fin — de nos doléances qui s’allonge d’appels en appels, de déclarations en déclarations, ne débouche sur aucune coopération d’ensemble dites-vous. Et vous avez vraiment raison.

Mais pourquoi ?

Ce foisonnement d’analyses — presque toutes convergentes — prend acte de la panne démocratique de notre société (mais s’il est incontestable que nous sommes « en République », avons-nous jamais été « en démocratie » ?), de la mainmise des « élites » culturelles, sociales et financières sur le champ politique, syndical et associatif, de l’iniquité d’un système économique basé sur la compétition et le profit qui exploite tout ce qui passe à sa porté de main sans honte, ni vergogne.

Nous avons assez de ce système et nous assistons, impuissants, à sa progressive décomposition sans savoir si nous lui survivrons et en commençant à comprendre avec effroi, que les « déviations » que nous pouvions constater depuis longtemps n’étaient pas des aberrations, mais appartenaient à son ADN.

Pardonnez mon emportement, cher Jean-Claude Mairal, mais on ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Personne aujourd’hui n’est en mesure de rassembler, de coordonner, de fusionner parce que ces termes ont été dévoyés jusqu’à la corde et que nous avons raison de nous en méfier. Nous sommes dans la situation de mouches qui se cognent contre les parois de leur bocal — ce qui ne signifie pas que nous soyons impuissants — mais signifie que ces milliers de tentatives (parfois réussies chacune dans son coin) de lutter contre un système dévastateur et fossoyeur de ce qui constitue notre humanité n’ont plus aucun débouché organisationnel. Agir local ne nous conduit pas à penser et surtout pas à agir global.

Et je pense pouvoir ici en témoigner. Car développant depuis plus de trente ans des méthodes artistiques dans lesquelles le savoir des uns et des autres mobilisé et respecté grâce au théâtre, peut s’épanouir pour conduire à une meilleure compréhension du monde, nous avons observé avec mes camarades combien ce petit travail de fourmi qui contribue à la production d’une Culture et entraîne un nombre grandissant d’enthousiasmes individuels féconds, peut lever de mépris, de jalousie, de condescendance dédaigneuse au sein des organisations qui pourraient s’en saisir. Et voulez-vous savoir pourquoi ? Parce que ces diverses puissances instituées ne veulent pas de la parole du peuple dont elles se moquent comme de leur première chemise. Parce que malgré tous leurs discours et toutes leurs déclarations, elles ne cherchent qu’à conserver leur pré carré et que leurs agents ne cherchent le plus souvent qu’à préserver leur place, voire défendre leurs combines.

Parlons clair. Vous évoquez le CIDEFE, mais vous savez comme moi que les raisons des difficultés de cet organisme dont je respecte les salariés et avec lequel nous avons tenté maintes coopérations, ont une géométrie bien plus complexe que celle qui est ouvertement avancée.

Nous devons cher Jean-Claude, faire le deuil du vieux monde auquel nos parents et nous-mêmes avons cru. Non, le progrès n’est pas indéfini et n’apportera pas automatiquement le bonheur. Non, la prise du pouvoir ne nous permettra pas de changer le monde, parce que c’est le pouvoir qui nous change quand on le prend. Non, la raison n’éclaire pas les choix, c’est le profit qui se cache derrière elle. Non, « LA Culture » n’est pas universelle et ne se démocratisera pas. Non, il ne suffit pas d’ouvrir des écoles pour fermer les prisons. Non, ni les partis, ni les syndicats, ni les associations ne peuvent plus — l’ont-ils jamais fait d’ailleurs ? — offrir un débouché à nos révoltes, parce que le système dont ces organisations ont fini par s’accommoder depuis près de cinquante ans et qui les a digérées ne peut pas être réformé.

Il doit disparaître.

Penser la coopération suppose accepter notre égalité à tous quant à la production des connaissances dont nous avons besoin pour comprendre et travailler le monde dans lequel nous « habitons ». Passer de la compétition à la coopération, de la recherche du profit au désintéressement, est plus qu’un changement de paradigme. C’est un changement d’Ère.

N’ayons pas peur de mots : une révolution.

Pour y parvenir il est évidemment — comme vous le souhaitez — nécessaire d’ouvrir des milliers d’espaces au sein duquel le peuple que nous constituons avec nos voisins, nos amis, nos collègues, nos familles, c’est-à-dire nous tous, pourra se retrouver, échanger ses points de vue, débattre et reconstruire un mode de vie ensemble.

C’est le sens de l’initiative que nous avons, modestement, initiée au Théâtre du Lucernaire et que vous avez, comme tant d’autres, signé.

Peut-être que, au milieu de toutes les espérances, il y en aura une, un jour, qui éclora.

En attendant, nous voilà comme Pénélope, à refaire sans cesse le même tissage, avec patience et détermination et sans plus attendre le retour d’aucun Ulysse.

Quand comprendrons-nous qu’il ne sert à rien de remonter le rocher de la connaissance pour tenter de le maintenir au sommet, car c’est dans la plaine qu’est la clef ?

Yves Guerre ARC-EN-CIEL THÉÂTRE




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