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Article témoignage
Colonisations, résilience, résistances des femmes
Par François Mairey
mardi 15 novembre 2016
publié par Madeleine Abassade

L’article écrit par François Mairey, vient s’inscrire dans les articles que nous avons déjà publiés sur ce site, sous la forme de récit, chronique, réflexion, poème. Ils témoignent de notre voyage COLLECTIF du mois d"octobre dernier en Cisjordanie, sur les territoires occupés, à la rencontre d’artistes palestiniens en RESISTANCE.

Ils sont tous publiés sous la rubrique Education Populaire et Palestine. (M.A et M.L)

- " Colonisations, résilience, résistances des femmes

Le Quebec, avant la Palestine "

D’abord, un voyage à Montréal pour participer à deux manifestations : Présence Autochtone, puis le Forum Social Mondial - FSM - 2016, [1]. qui se sont succedés en août dernier.

« Présence Autochtone » est un festival qui veut révéler la vitalité des cultures, des arts, traditionnels et contemporains, des Autochtones [2]

Là, s’impose un parallèle entre Autochtones et Palestiniens.

Sur la place des Festivals, a lieu une démonstration d’artisanat traditionnel de la nation Abénakise qui présente son processus de transformation du frêne pour fabriquer des paniers, des boites. Un Abénakise raconte que la forêt de frênes de sa communauté a été rasée, il y a quelques temps, par des allochtones [3] qui voulaient que ces "sauvages" partent de leur terre. Cette forêt détruite du Quebec résonne pleinement avec les champs d’oliviers rasés en Palestine.

Puis dans la librairie,« Zone Libre », une jeune Innue, artiste multidisciplinaire, militante, résistante, Natasha Kanapé Fontaine présente son livre « Kuei, je te salue » - Conversation sur le racisme - un échange épistolaire avec un auteur [4] allochtone. D’entrée, Natasha parle de la "Blessure coloniale", "très émotionnelle", toujours très présente et jamais nommée, qu’il faut absolument "nommer pour être vivant avec un poids aussi lourd"…

Dans le FSM [5]qui suit, les femmes autochtones sont toujours très présentes, résistantes. Lors d’une conférence intitulée Création et résilience, le précieux pouvoir de l’inconsolable, avec entre autres femmes, Tarcila Rivera Zea, Innue, animatrice, activiste, comédienne, qui témoigne des violences (de son viol à l’âge de 5 ans), et, la cinéaste Manon Barbeau, fondatrice de Wapikoni, studio ambulant de formation et de création audiovisuelle des Premières Nations, pour leur donner une voix, combattre l’isolement et le suicide chez les jeunes.

- En Palestine, le désespoir des jeunes est fort : des jeunes agressent des militaires israéliens pour qu’il deviennent l’instrument de leur suicide.

- Au Quebec, des associations de femmes autochtones luttent contre ces suicides, importants, particulièrement chez les jeunes vivant en dehors des réserves.

Très mobilisées contre les violences faites aux femmes et aux filles autochtones, elles ont fini par obtenir la création d’une Commission d’enquête nationale sur les femmes autochtones assassinées ou disparues au Canada.

Sous le thème « Décolonisation et autodétermination des peuples », est présentée « Voix du Silence », pièce de théâtre créée à partir de témoignages de survivants des pensionnats (catholiques) indiens , [6], en hommage à toutes les enfances brisées par la déculturation de leur peuple autochtone. Dans le débat qui suit, une des auteures indique qu’actuellement, les Services sociaux de l’Etat, sous-prétexte de "vie anormale", travaillent à l’assimilation en faisant adopter des enfants autochtones par des parents allochtones, méthode qui touche aujourd’hui trois fois plus d’enfants qu’à l’époque des pensionnats.

Les femmes sont en tête de la résistance à la colonisation toujours en marche.

Voyage en Palestine, en colonisation

Arrivée à Jérusalem avec Palestine Droits et solidarité, deux mois plus tard : vue du mini-bus, les constructions de colonies juives sont foisonnantes, alignées, souvent encore vides. Nous allons voir, comprendre que la colonisation n’est pas que bétonnée, mais aussi financière, qu’elle se fait par le vide, en chassant de leurs terres les agriculteurs, en broyant leur ferme, puis les tentes sous lesquelles ils sont repliés...

Nabi Samuel  [7], Jérusalem-Est, un village palestinien enclavé entre le tombeau du prophète Samuel (décrété Parc National), trois colonies et la grande route réservée aux Juifs. Ce village pris pour cible depuis les années soixante-dix par l’armée israélienne qui a démoli la plupart des maisons, construit des murs et des points de passage empêchant les villageois de travailler leurs terres et d’avoir accès à l’école… des femmes résistantes ont créé une association pour pour ne pas quitter leurs terres et donner du travail agricole aux femmes, aider les enfants, aider les habitants qui manquent de tout, qui vivent un harcèlement quotidien, des démolitions régulières…

Saffuriya  [8], près de Nazareth. Avec le Comité des déplacés, visite des ruines du village : au sol, aux pieds des arbres, sur les pierres restantes du village, des photos sont collées, des portraits de poètes. Résistance.


Camp de Réfugiés de Jènine . Rencontre avec "Not to forget" (ne pas oublier), une association créée par un groupe de femmes pour sauver, renouveler la vie du camp après les souffrances de l’incursion sanglante israélienne de 2002, deux semaines de destructions, coupées du monde, sans secours. Ces femmes sont toujours actives pour se rendre autonome, pour aider les enfants face aux traumatismes, résister à l’armée d’occupation israélienne.

Près de Tulkarem , visite d’une exploitation agricole biologique au pied du mur d’annexion et d’une usine chimique qui a profité de l’occupation militaire de Tulkarem pour s’installer illégalement sur une parcelle de terre, pour relocaliser son activité, jugée trop polluante en Israël.

Vallée du Jourdain, village-campement d’Al Hadidiyah  [9]. Le seul chemin qui conduit au village est barré par un rempart de terre érigé au bulldozer pour en stopper la rénovation entreprise par les habitants du village qui veulent renflouer ce chemin de graviers en prévision des pluies des mois d’hiver. Les autorités d’occupation, l’armée israélienne, leur dénient tout droit de construire, des routes, des maisons, des écoles, ou d’avoir de l’eau courante, de l’électricité. Leurs maisons ont été détruites, leurs sources d’eau confisquées, leurs réservoirs d’eau sous terre explosés. Or "l’agriculture, c’est l’eau" dit le chef du village. "L’objectif est de nous chasser de nos terres, de faire peur aux enfants, de leur interdire l’accès à l’école". Malgré tout, une dizaine de familles, vivant sous tentes, refuse de partir, résiste.

Tandis qu’au Quebec la colonisation des terres se poursuit, des communautés Innu dont une poétesse [10] se battent pour sauver la rivière Romaine, arrêter le projet de complexe hydroélectrique d’Hydro-Québec. La protection des sources d’eau potable est un combat actuel face aux exploitations d’hydrocarbures, aux caractères dévastateurs de la fracturation hydraulique, aux permis d’exploitation qui prévaut sur les droits de propriété des terres [11].

Ramallah , Centre d’art populaire, de danse, d’ethnomusicologie. Avec la directrice, un danseur [12] présente sa thèse universitaire L’Art dans un environnement d’oppression : pour eux, pour pouvoir résister, il faut d’abord comprendre le système d’oppression puis lutter contre cette oppression de manière non violente avec l’art, donner à chacun une voix et ses droits. Comme la mission de Wapikoni au Quebec.

En conclusion, une citation de Jean Genet, de 1982 après sa visite de Chatilla : « Plus encore que les hommes, plus que les feddayin au combat, les femmes palestiniennes paraissaient assez fortes pour soutenir la résistance... »


Post Scriptum :

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[1] Pour exposer "La vie continue", une création du collectif La Forge <www.laforge.org> pour faire place aux réfugiés palestiniens, un travail graphique de Valérie Debure/Nous Travaillons Ensemble, plastique textile de Marie Claude Quignon avec l’historienne Sadrine Mansour, avec la participation de l’AJPF-association pour les jumelages entre camps de réfugiés palestiniens et villes françaises, et de la Plateforme des ONG française pour la Palestine

[2] Les Autochtones - les Première Nations (Indiens ou Amérindiens), les Inuits et les Métis (descendant à la fois des Européens et des Amérindiens) - sont, par la Loi constitutionnelle du Canada, distingués des Allochtones (littéralement terre d’ailleurs, du grec allos, étranger, et chtonos, terre) c’est à dire les habitants d’origine européenne - française au Québec - et autre.

[3] Les allochtones sont les colons et leurs descendants et les autochtones, les colonisés...

[4] Deni Ellis Béchard, romancier, écrit que "entre la situation en Palestine, territoires (…) confisqués, droits humains, violés et la situation ici (Quebec) pour les Autochtones, on peut dresser un parallèle."

[5] Le FSM, avant-même son ouverture, rencontre des difficultés du fait de la participation de groupes pro-palestiniens, Palestinian House et BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) que conteste la Coalition Avenir Quebec (cf Le Devoir du 11 août).

[6] 135 pensionnats ont été actifs au Canada, pendant plus de 100 ans 150 000 enfants arrachés à leur famille, dès l’âge de 4 ans. Le 15 décembre 2015, le premier ministre Justin Trudeau demande solennellement pardon aux autochtones du pays au nom de l’État fédéral.

[7] Nabi Samuel a actuellement 150 habitants, ils étaient 300 en 2014, 2000 en 1967.

[8] Saffuriya, village de 4330 habitants en 1944, bombardé en 1948 : 80% des habitants ont été expulsés en Syrie, au Liban ou en Cisjordanie dans des camps de réfugiés, 15% se sont cachés. D’autres ont fui en Europe ou en Amérique du sud.

[9] La population d’Al Hadidiyah était une communauté de fermiers prospères composée de 160 familles habitant des maisons en pierre construites de façon traditionnelle. En 1997, elles furent chassées de la terre qu’elles possédaient sans autre choix que d’aller s’installer quelques kilomètres plus loin, s’abritant sous des tentes de fortune.

[10] Cf Rita Mestokosho, écrivaine, poétesse.

[11] Cf Richard Langelier, juriste et sociologue, du Collectif scientifique pour la protection des sources d’eau potable, pour penser et mettre en œuvre un Québec sans pétrole, réaliser la transition écologique de leur économie.

[12] Avec Iman Hammouri, directrice et Sharaf Dar Zaid, docteur en sociologie et danseur.


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Images jointes à cet article :
  • Titre : Montage d’images par François Mairey
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