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Dans Le Monde du 25-4-2018.
Des imams au service de la République Française.
par un collectif.
mercredi 25 avril 2018
publié par Christian Maurel

Des imams au service de la République française.

Trente imams " indignés " dénoncent l’antisémitisme et le terrorisme présents en France. Reconnaissant être dépassés par ce phénomène, ils expriment le souhait de s’impliquer davantage dans le combat républicain

Fin mars, Mireille Knoll, 85 ans, qui avait échappé à la rafle du Vél’d’Hiv, a été retrouvée assassinée dans son appartement à Paris. Deux hommes ont été mis en examen pour " homicide volontaire " à caractère antisémite et " vol aggravé ". Cette affaire a relancé le débat sur le rôle de l’islam dans la propagation d’une nouvelle haine des juifs. Le 22 avril, Le Parisien publiait une tribune signée par plusieurs centaines de personnalités inquiètes de la montée d’un " antisémitisme musulman ", qui provoquerait " une épuration ethnique à bas bruit " dans certains endroits d’Ile-de-France. Les auteurs demandent que " soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques " musulmanes " les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants ". Le manifeste, rédigé par Philippe Val, compte notamment parmi les signataires Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Boualem Sansal, Antoine Compagnon, Charles Aznavour et Gérard Depardieu.

Nous, signataires de cet appel, voudrions tout d’abord exprimer notre compassion pour tous nos concitoyens qui ont été touchés directement ou indirectement par le terrorisme et par les crimes antisémites qui ont frappé aveuglément notre pays.

Si nous avons décidé de prendre la parole, c’est parce que la situation, pour nous, devient de plus en plus intenable ; et parce que tout silence de notre part serait désormais complice et donc coupable, même s’il ne s’agissait jusqu’à présent que d’un mutisme de sidération.

Indignés, nous le sommes en tant que Français touchés par ce terrorisme ignoble qui nous menace tous. Nous le sommes aussi en tant que musulmans, comme le reste de nos coreligionnaires, musulmans paisibles, qui souffrent de la confiscation de leur religion par des criminels.

Notre indignation est aussi religieuse en tant qu’imams et théologiens qui voyons l’islam tomber dans les mains d’une jeunesse ignorante, perturbée et désœuvrée. Une jeunesse naïve, proie facile pour des idéologues qui exploitent son désarroi. Désespérés, n’ayant pas trouvé de sens à la vie, ces théoriciens d’une géopolitique du chaos lui proposent un sens dévoyé du martyre : un suicide déguisé, comme délivrance de la souffrance existentielle. Un acte qui ne serait qu’une mort appliquée à des enjeux purement politico-économiques. Or théologiquement parlant, le martyr est celui qui subit injustement ou subitement la mort, et non celui qui la recherche et la provoque.

Nous l’avertissons ici contre cette tentation mortifère et l’appelons à bien écouter et entendre la mise en garde du Prophète qui dit : " Le musulman qui porte atteinte à la vie d’une personne innocente vivant en paix avec les musulmans ne sentira jamais le parfum du Paradis. " Cette sentence sans appel dissuade et prévient sans équivoque celui qui penserait à ôter la vie d’autrui, que ce n’est pas un paradis et des houris qui l’attendraient, mais un enfer et ses tourments.

Le vrai sacrifice est de se donner pour les autres, comme l’a fait notre héros national, le colonel Arnaud Beltrame.

Depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société. Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment. Le courage nous oblige à le reconnaître. Beaucoup d’imams ne réalisent pas encore les dégâts que pourraient provoquer leurs discours à cause d’un déphasage par rapport à notre société et à notre époque, et dont ils n’estiment pas les effets psychologiques nocifs sur des esprits vulnérables.

Nous les appelons à ne pas tomber dans la confusion des genres. L’islam est d’abord une aspiration spirituelle et une quête de transcendance dans la générosité et l’altérité, et non une idéologie identitariste et politique avec tout ce que cela impliquerait comme revendications sociales, concurrence mémorielle, importation sur notre territoire de conflits géopolitiques, notamment israélo-palestinien, etc. Ce mélange des genres augmente la frustration d’une jeunesse exclue et qui se sent victime d’une promesse d’égalité non tenue.

Nous les appelons à dispenser un discours d’apaisement, de sérénité et à résister à une orthodoxie de masse, à un populisme communautariste et aux demandes d’overdoses religieuses.

Des clichés gravés dans les esprits

Nous appelons en même temps le reste de nos concitoyens, notamment les intellectuels et les politiques, à faire preuve de plus de discernement. Car ces pratiques criminelles revendiquées au nom de l’islam pourraient justement confirmer des clichés bien gravés dans les esprits. Certains y ont déjà vu une occasion attendue pour incriminer toute une religion. Ils n’hésitent plus à avancer en public et dans les médias que c’est le Coran lui-même qui appelle au meurtre. Cette idée funeste est d’une violence inouïe. Elle laisserait entendre que le musulman ne peut être pacifique que s’il s’éloigne de sa religion : un musulman positif, totalement sécularisé. Bref, un musulman sans islam. Autrement dit, le vrai musulman, le bon, ne peut être véritablement qu’un mauvais musulman et un citoyen potentiellement dangereux.

Cette idée qui voudrait que l’islam soit génétiquement opposé à l’Occident et qu’il est invinciblement incompatible avec les valeurs de la République est précisément celle qui fait des ravages chez toute une jeunesse ignare, sans culture religieuse.

Nous, imams et théologiens, sommes confrontés à cette ignorance néfaste bien partagée par ces deux camps.

Conscients que, malgré le travail que nous entreprenons au quotidien dans nos mosquées auprès de nos coreligionnaires et leurs enfants, et en dépit du travail fait par nos aumôniers dans les prisons avec des moyens très modestes, nous ne sommes pas à l’abri d’autres -crimes au nom de l’islam.

Le phénomène Daech - acronyme arabe du groupe Etat islamique - est un indicateur. Il nous a fait découvrir avec stupeur que cette jeunesse était déjà en train de bricoler un étrange alliage entre la criminalité et la religion. Une délinquance séculière qui passe brutalement à une délinquance religieuse. Rien au fond n’a changé dans la vie de cette jeunesse, réfractaire à toute institution y compris religieuse, parce que perçue à ses yeux comme procédant du système, celui des dominants. Daech n’était au fond qu’un alibi qui nous a révélé une réalité latente que nous soupçonnions. Le mal est donc plus profond.

Tout en traitant de toute urgence le symptôme, la réponse doit alors être aussi profonde qu’à long terme. Aussi, cette radicalité ou radicalisation doit être combattue intelligemment par tous les concernés, des politiques aux imams en passant par la famille, l’école, le sécuritaire… Que chacun assume sa part de responsabilité.

Les imams seuls ne peuvent donner la solution. Ils sont confrontés à de nouvelles formes de religiosité que leur formation religieuse théologique n’a pas prévues. Ce défi est augmenté par le virtuel, source d’une religiosité versatile et imprévisible. C’est pour cette raison que nous appelons les imams éclairés à s’investir et à s’engager dans le virtuel et prodiguer un contre-discours qui prévient toutes pratiques de rupture et toutes formes d’extrémisme pouvant directement ou indirectement conduire au terrorisme.

Pour être plus concrets, nous souhaiterions mettre nos compétences et nos expériences au service de notre pays pour aider les pouvoirs publics et parer à tout danger terroriste qui sommeille encore dans certains esprits malades. Un travail que nous faisons au quotidien, même s’il n’est pas visible, encore moins reconnu. Citoyens aussi, nous voulons proposer notre expertise théologique aux différents acteurs qui sont confrontés aux phénomènes de la radicalisation dans les prisons, dans les établissements publics, fermés et ouverts, afin de répondre à des aberrations religieuses par un éclairage théologique lorsque les arguments avancés par ces jeunes sont d’ordre religieux. Une expertise que seuls les imams peuvent apporter.

Cette initiative de notre part n’est pas contraire au principe de laïcité. Celle-ci n’interdit pas de mettre une foi éclairée au service de la nation pour défendre des valeurs communes et universelles, celles de la République. Cette pratique de la laïcité est plus que jamais d’actualité. Elle nous engage tous dans les circonstances d’insécurité que nous traversons, y compris les acteurs religieux musulmans, dans la lutte contre le radicalisme et l’antisémitisme.

Enfin, nous restons confiants que tous ensemble nous surmonterons cette épreuve et nous vaincrons cet ennemi.

Vive la République et vive la France !

Collectif.

© Le Monde


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