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" Du ballon prisonnier au projet de rénovation urbaine"
L’éducation populaire "centre partout et circonférence nulle part"
dimanche 7 décembre 2014
publié par Christian Maurel

« Du ballon prisonnier au projet de rénovation urbaine » ou l’éducation populaire « Centre partout et circonférence nulle part ».

La journée d’échanges animés autour de « Quelle éducation populaire pour demain ? » a montré, par la richesse des témoignages et des interventions, qu’il n’y avait pas d’espaces interdits à l’éducation populaire à condition qu’elle se donne, pour mission, la conscientisation, l’émancipation et l’augmentation de la puissance d’agir des individus au service de leur transformation et de celle des rapports sociaux et politiques.

Tout est affaire de posture. Faut-il faire du prosélytisme et militer pour une cause et sur un engagement de longue durée ? L’éducation populaire se développe dans un climat plus que par la défense d’une doctrine comme le disait déjà Jean Rous dans la revue « Esprit », à la Libération, à propos des Maisons des Jeunes. C’est ce « climat » que l’on ressent au Centre de Plein Air de Lathus, à l’accueil, autour du bar, dans les échanges, dans le contact avec les salariés et les membres du Conseil d’Administration quand ils nous parlent des actions qu’ils mènent et du projet qu’ils défendent.

Mais pour autant, ce climat de coopération active n’interdit pas une vision du monde à la fois commune et constamment discutée autour de valeurs et de pédagogies à expérimenter, à redéfinir et à mettre en œuvre. Ainsi, peut-on poser la question touchant à l’insertion en des termes plus clairs : comment être militant d’éducation populaire au service de l’insertion et avec quelle vision du monde et pour qui ? S’agit-il d’une intégration qui s’interdit de questionner les causes qui produisent l’exclusion, ou plutôt une intégration critique qui jette une lumière sur les rapports sociaux et nous donnent la force de les transformer dans le sens d’un nouveau projet de société ?

Mais dans tout engagement de transformation sociale et politique, il y a à la fois augmentation de puissance d’agir et mise en danger. L’animateur d’éducation populaire n’est-il-pas dans cette situation d’ambivalence entre moments d’engouement où rien ne semble devoir lui résister et de sentiments d’extrême fragilité voire de précarité ? C’est sans doute un des traits d’une profession qui est à considérer comme un « art social » au sens que Condorcet donnait, à propos de l’instruction publique, à cette expression. Attrait et rejet marquent cette profession comme en témoignent quelques anathèmes : François Missoffe parlait de « saint ou de raté » à propos des directeurs de MJC à la fin des années 60 pour stigmatiser un corps professionnel et une institution en plein développement. « Clone tératologique de MJC » disait un certain Robert Rédecker à propos d’une École de pédagogie active qu’il refusait.

Concernant les relations avec les politiques publiques, les structures et acteurs de l’éducation populaire se trouvent également pris dans une ambivalence qui peut confiner à la contradiction : s’agit-il de bien s’approprier et comprendre le lexique des politiques publiques pour obtenir les moyens nécessaires à la mise en oeuvre des projets, ou de négocier d’arrache-pied la reconnaissance de l’accompagnement des habitants dans leur capacité à co-construire les politiques publiques ? Dans la réponse à cette question, il en va de la place des populations dans la démocratie et de la mission sociale et « politique » de l’éducation populaire.

Dans le contexte actuel de réduction des moyens, plusieurs postures sont possibles : aller chercher des moyens privés sans la compromission qui dénaturerait le projet, s’insérer dans les niches de moyens publics qui existent encore ou qui peuvent se dessiner, s’engager dans une discussion de fond sur les enjeux de société et faire collectivement front dans un combat qui est nécessairement sociétal et politique. La question a été posée : que font les fédérations d’éducation populaire aujourd’hui ? On peut oser l’alternative suivante : occuper la rue (action « Help » des MJC en 1976) ou continuer seulement à faire les couloirs et à parcourir, dossiers sous le bras, les allées des pouvoirs en place ?

S’agissant des « publics » de l’éducation populaire, il n’y a pas d’âge. Accueillir les enfants en centre de loisirs, « c’est accueillir toute la famille » a-t-on dit. Bien plus, « il faut tout un village pour éduquer un enfant » (proverbe africain). Une manière de réaffirmer avec Paolo Freire que « les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde » et que la co-éducation commence, dans ces temps et espaces trop souvent négligés, à l’accueil, dans les lieux de rencontre, pendant les moments de définition, d’explication et d’évaluation du projet éducatif et pédagogique. Ce temps que l’on croyait perdu, c’est du temps gagné pour la suite. On a parlé de « bienveillance », de « considération », de « pouvoir collectif d’agir » compris comme « pouvoir d’élaborer ». On comprend mieux alors que l’éducation populaire – qui commence dans les temps et espaces d’accueil – n’est pas un acte autoritaire mais un processus d’autorisation à dire et faire ce qui nous paraissait interdit (« je confie mon enfant et je n’ai rien à dire ») ou impossible (« c’est eux qui savent ce qui est bon et pas moi »). La question de l’évaluation des actions et des méthodes employées traverse la réflexion. Parce que les financeurs l’exigent et attendent que l’on remplisse les cases qu’ils proposent ou parce que les animateurs d’éducation populaire ont besoin d’y voir plus clair dans des métiers dont il est bien difficile de dénombrer mécaniquement et quantitativement leur « production ». Besoin de reconnaissance aussi, sans doute. Et c’est bien légitime en ces temps troublés et incertains. Mais quelle forme d’évaluation ? Sommative quand l’action vient de s’achever et que le ressenti (« ils étaient contents ») et le nombre (« ça a marché, il y avait du monde et ils sont restés ») sont souvent les seuls outils. Évaluation formative lorsque, plus tard, et avec un peu plus de recul, dans une réunion d’équipe, on passe au crible de la critique les forces et les faiblesses des méthodes et des procédures pédagogiques utilisées. Évaluation différée difficile à programmer quand un ancien usager vient vous dire que, sans son passage dans l’éducation populaire, il ne serait, sans doute, pas devenu ce qu’il est aujourd’hui.

A quel niveau d’exigence situer, aujourd’hui, l’éducation populaire de demain ? Sûrement pas dans la seule pacification des maux d’une société en crise. Les femmes et les hommes qui sont le produit de l’Histoire sont paradoxalement les seuls à pouvoir la faire. Et si le grand livre de l’avenir était ouvert sur une page blanche … et que, comme à d’autres époques (la Révolution Française, l’affaire Dreyfus, 1936, la Libération), l’éducation populaire - éducation du peuple, par le peuple et pour le peuple – s’imposait comme l’invitée incontournable de l’écriture d’un nouveau récit !

Lathus, le 26 septembre 2014.

Christian MAUREL (sociologue, intervenant et grand témoin).


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Messages de forum :
" Du ballon prisonnier au projet de rénovation urbaine"
dimanche 7 décembre 2014
claudia

Bonjour, Au cours de mes interviens sur l’éducation populaire, je ne manque jamais de citer M. C. Maurel, dont je suis l’actualité. Je donne comme référence son livre "l’éducation populaire et puissance d’agir". j’aimerai savoir si un écrit existe de son intervention au CPA Lathus ? Bien cordialement.




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