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Groupe de Recherches et d’Etudes Cliniques. Séminaire de Lise Maurer
Inspirée par "le sinthome". Madeleine Abassade
vendredi 10 août 2012
publié par Madeleine Abassade

Lise Maurer, psychanalyste, ancienne psychiatre des hôpitaux, auteur de deux monographies sur des auteurs d’art brut, anime depuis 2003 un séminaire de recherche pluridisciplinaire intitulé « de la trinité en déroute au sinthome ».

La conjonction de la grande exposition de l’œuvre de Bispo de Rosario au Jeu de Paume, à Paris, et les Etats généraux de la psychiatrie, à Montpellier, la même année a donné l’impulsion pour ce séminaire dans le prolongement des préoccupations du GREC. Soit une manière de réinterroger le champ de la psychose à partir de ses créations littéraires et/ou picturales. L’expérience la plus immédiate est de découvrir des œuvres produites à l’asile appartenant aux collections d’art brut mais pas seulement. Ces productions sont au carrefour de plusieurs disciplines ce qui fait leur richesse. Il s’agit de confronter et d’enrichir mutuellement ses différentes approches, sans pour autant les réduire à un discours commun, et de jouer des écarts voire des contradictions.

L’histoire oubliée, une culture ignorée, invitent à explorer des terres étrangères à la formation première. Nous ferons un retour à l’œuvre de Wolfli [1]. irons à la découverte de l’œuvre de l’Inventeur Perdrizet et de quelques autres, nous questionnerons leurs plis et leurs replis … Retrouverons Wolfson et ses écrits. Enfin, la passion du collectionneur Freud sera visitée.

Ci-après, vous trouverez quelques notes inspirées par la présentation du séminaire « de la trinité en déroute au sinthome », par Madeleine Abassade. Ancienne responsable de la culture à l’hôpital. Chargée de l’art et de la culture en psychiatrie.

«  Le sinthome  » est un terme employé par Jacques LACAN pour désigner une particularité de la fonction que l’écriture eut pour l’écrivain James JOYCE. Dans la psychanalyse contemporaine, le terme de « sinthome » est utilisé par certains psychanalystes pour désigner ce qui chez un sujet réussit à «  faire tenir ensemble les trois ronds de l’imaginaire, du réel, et du symbolique  ». C’est à partir de ce concept, que Lise MAURER invite à l’analyse d’œuvres crées par des personnes qui furent internées dans "des asiles d’aliénés"  [2]

La majorité de ces artistes dont Jean DUBUFFET regroupa la particularité non académique sous le terme d’Art Brut à partir de 1945, était issue de la paysannerie et de la “ classe ouvrière ”. Cependant, la recherche psychiatrique concentrera son attention sur les symptômes de la morbidité psychique du sujet, quelque soit son origine sociale, donnant à la psychose une dimension universelle relevant du seul domaine de la médecine.

Dans le prolongement d’une conversation avec Agnès BERTOMEU [3] on peut proposer l’idée que la dimension souvent fantasmagorique de l’Art Brut, représentée par des artistes généralement nés à la fin du 19° siècle, pourrait ouvrir vers l’influence d’une part de la religion, d’autre part des contes art populaire qui fut longtemps en Europe transmis oralement par les paysans et “des colporteurs de paroles” qui n’avaient accès ni à l’écriture ni à la lecture. Ainsi l’Église, usant des récits métaphoriques de l’Ancien Testament (La BIBLE), édifia le peuple "analphabète" par des représentations du Bien et du Mal sur les frontons de ses cathédrales ou par des fresques, telle celle du Jugement dernier dans la cathédrale Sainte Cécile d’Albi. La contemplation de cette fresque qui date du 16° siècle, laisse toujours sous l’effet d’une crainte primitive d’être condamné à un entassement de corps nus errant pour l’éternité, gardés par des archanges mains armées de Dieu le Père tout puissant. Les supplices de l’Enfer relèvent de la plus haute imagination perverse. Autant de siècles, à transmettre ces représentations de l’après mort, ont forcément marqué nos imaginaires. Par ailleurs, à titre d’exemple, on trouve la présence de l’Ange armé, dans les Chaussons rouges conte du danois ANDERSEN (1805-1875). Fils d’une famille ouvrière très pauvre, certains biographes dirent que sa mère était folle et qu’il visitait son grand père interné à l’asile. Mais l’écrivain n’était pas psychotique...

La psychose reste l’impossibilité de réfréner ses pulsions sur autrui. Ainsi "le fou" WOLFLI, « marqué à tout jamais par son enfance misérable » [4]] qui tenta de violer des petites filles fut reconnu irresponsable de ses actes : il passa le reste de sa vie à l’asile où il se mit à créer une œuvre fabuleuse. (L’art serait donc un des moyens de représentation sans passage à l’acte sur autrui....)

L’Instruction Publique obligatoire à partir de 1882 en France, et la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, ainsi que le développement de l’Ecole Laïque, et des connaissances scientifiques, ont contribué progressivement au recul d’une culture faite de croyances, et influencé les productions des artistes. Mais qui d’entre nous, n’a pas un jour vu, dans les nuages, des figures étranges ? Nos inconscients seraient-ils peuplés de personnages fantastiques issus de nos peurs (?) enfantines, par delà les catégories sociales ? Peut-on parler d’une culture archaïque commune à tous les humains ? « Le séminaire De la Trinité en déroute au synthome », animé par Lise MAURER, peut donc nous inviter à explorer un champ de réflexions et de questionnements multiples.

Programme du séminaire " De la Trinité en déroute au sinthome" :

- 6 octobre 2012 : Dany Ducosson-Joseph : Les peintres « Saint Soleil » d’Haiti
- 10 novembre 2012 : Baptiste Brun : Le quotidien, mon arrière grand’ tante Amélie Brun et l’art populaire…
- 1er décembre 2012, Lise Maurer : De quelques ex-votos peints et du regard à l’œuvre.
- 12 janvier 2013 : Christophe Boulanger et Savine Faupin : Pli, repli et dépli
- 2 février 2013 : Sylviane Lecoeuvre : Freud et ses vieilles divinités dégoutantes
- 23 mars 2013 : Barbara Safarova : Wolfli et la Marche funèbre
- 6 avril 2013 : Manuel Bouvet : L’œuvre de Perdrizet.
- 4 mai 2013 : Frédéric Martin, éditeur de Wolfson, Ma mère musicienne…nouvelle version
- 1er Juin 2013 : Erik Porge ( à confirmer)
- 29 juin 2013 : Lucienne Peiry, présentation d’œuvres d’art brut ( à préciser).

Groupe de Recherches et d’Etudes Cliniques Secrétariat, tel : 01.46.27.85.68 à Asnières Institut Protestant de Théologie 83 Boulevard Arago – 75014 PARIS Le samedi de 14 heures à 16 heures 30

[1] un tableau de Wolfli est présenté en bas de cet article. Cet artiste né en 1864, créa principalement pendant la période de son internement à l’asile de Berne à partir de 1899 jusqu’à sa mort en 1930

[2] "Asile d’aliénés" fut progressivement remplacé à partir de la fin des années 1930, par "hôpital psychiatrique".

[3] Agnès BERTOMEU est présidente de la Société de Rechercher et d’Études Historiques en Psychiatrie SERHEP

[4] Wolfli fut orphelin à l’âge de neuf ans après la mort de sa mère - alors que son père alcoolique avait quitté la famille - il est placé dans différentes familles de paysans. Il sera à tout jamais marqué par son enfance misérable. [http://www.swissinfo.ch/fre/nouvell...


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