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CONTRIBUTION DE Mathilde LARRERE , historienne des révolutions et de la citoyenneté ( Upem )
L’HISTOIRE PEUT-ELLE EMANCIPER ?
Prolongements d’un cours collectif exceptionnel tenu à Tolbiac ...
mercredi 25 avril 2018
publié par Marc Lacreuse

L’HISTOIRE DES LAPINS

EN 14O SIGNES

par Mathilde LARRERE, historienne

( contribution parue dans l’Huma du 25.04.18 )

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" "Tant que les lapins n’ont pas d’historiens, l’histoire est racontée par les

chasseurs ".

Placer ma démarche d’historienne sur Twitter à l’ombre d’Howard ZINN

peut sembler présomptueux. Pourtant, c’est bien de l’histoire populaire,

terme qu’il a créé, que j’essaie de transmettre via cette forme bien peu

académique j’en conviens, une histoire " des luttes et des rêves ", en

hommage au récent ouvrage de Michelle ZANCARINI-FOURNEL.

L’histoire populaire consiste à faire l’histoire des laissé-es- pour compte du

grand récit national : classes populaires, femmes, esclaves, racisé-es,

migrant-es, LGBT ...

La démarche ne désigne pas simplement un effort pour inclure des

personnes invisibilisées de passé et exclues de l’histoire, redonner corps à

leur quotidien, faire entendre leurs voix parfois difficiles à saisir dans les

sources, les restituer avec la même attention qu’on porte plus souvent aux

seuls puissants.

Cela consiste aussi à montrer le pouvoir et le rôle de ces individus, montrer

qu’ils ont influencé le cours de l’histoire. Il s’agit de faire le récit des

multiples capacités à inventer des formes de résistance, de subversion,

autant de manières de se rendre ingouvernables, qui toutes montrent que

le pouvoir est fragile et qu’il y a toujours eu " d’autres alternatives ", en

dépit du Tina ( There is no alternative ) qu’on nous rabâche pour doucher

tous les espoirs d’un futur meilleur .

Or, j’ai choisi de transmettre cette histoire en m’invitant dans une scène

médiatique qui fait plutôt la part belle à l’histoire des chasseurs et des

passeurs d’un roman national, pétris de nostalgie royaliste et coloniale.

Investir des canaux comme la vidéo ou Twitter qui chahutent les cadres

académiques classiques permet de toucher ceux qui ne sont pas sur les

bancs de la fac, pour tenter d’élargir l’entre-soi militant des universités

populaires, tout en ayant conscience que ces réseaux sont aussi des

"mondes", un entre-soi avec ses limites.

" Ce n’est pas un travail d’historienne, mais de militante ( entendez de

gauchiste ) " me rétorque-t-on souvent.

C’est au demeurant un reproche que l’on nous fait comme à toutes celles

et à tous ceux défendent une vision émancipatrice de notre discipline,

maintenant même à toutes celles et à tous ceux qui cherchent juste à

transmettre les recherches historiques contre le récit national, qu’on

pense au débat qu’a pu susciter le succès de " L’Histoire mondiale de la

France " .

L’une des batailles qu’ont pour l’instant gagnée les " chasseurs " est de

faire croire que leur histoire serait neutre quand les autre seraient

militantes et politiquement situées ... à gauche .

Pourtant c’est bien un travail d’historienne que je mène, appuyé sur de

nombreux travaux scientifiques mais passés au crible d’une difficile

démarche de vulgarisation, qui n’est justement possible que si on

maîtrise ses objets.

Mais c’est aussi une démarche de transmission assumée comme engagée.

Si je n’ai pas créé à part un compte historique, que mes tweets en

soutien aux luttes politiques et syndicales s’entremêlent donc au fils de

l’histoire, c’est justement parce que l’émancipation repose sur l’honnêteté

de celui ou celle qui parle, qui ne cache pas d’où il parle, ni pourquoi

il le fait, mais n’en concède pour autant rien à l’exigence scientifique du

propos et laisse chacun et chacune se saisir de l’histoire transmise. "

Mathilde LARRERE

Historienne des révolutions

et de la citoyenneté ( Upem )

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Dernier ouvrage paru : " Des intrus en politique . Femmes et minorités :

dominations et résistances " / avec Aude LORRIAUX /

Editions du DETOUR : 2018

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