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L’HOPITAL ET LA CHARITE
par Olivier CABANEL
mardi 28 janvier 2020
publié par Marc Lacreuse

L’HOPITAL ET LA CHARITE

par Olivier CABANEL

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" On connaissait l’expression « l’hpital qui se fout de la charit », voici peut-tre venu le temps de poser la question « la charit se fout-elle de l’hpital ? ».

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, cette expression ancienne vient du fait que le mot « hpital » dsignait depuis le 18me sicle un tablissement mdical, lequel tait gr par un donneur d’ordres appel « charit », et aujourd’hui, cette expression montre du doigt quelqu’un qui critique le dfaut d’un individu, dfaut qu’il a lui-mme.

L’hpital est donc en crise, ce n’est un secret pour personne, et cette crise est probablement due tous ces narques, qui, au sein de ce gouvernement, ont dcid qu’il devait tre rentable... alors qu’il s’agit d’un service public lequel n’a pas vocation d’tre d’abord rentable.

En 2003, il y a donc 17 ans, on comptait 1029 tablissements publics de sant, dont 681 centres hospitaliers, et 348 hpitaux locaux, et la situation de ces tablissements, et du personnel qui y travaille s’est assez gravement dtriore. lien

Ces dernires annes, d’importantes « restructurations » ont eu lieu, avec la fermeture de services d’obsttrique ou de chirurgie, mais en haut lieu, on n’aime pas utiliser le mot « fermeture », mot tabou chez nos chers narques... on prfre largement utiliser celui de « transformation », de « restructuration » donc.

Ainsi, alors que les autorits sanitaires ordonnent l’arrt des accouchements dans certains sites, voquant des risques sanitaires, ces mmes autorits expliquent que la maternit est « transforme » en centre prinatal de proximit... on rorganise donc... on adapte les missions... mais pour autant le personnel soignant estime qu’un hpital dont on ferme la maternit, ou la chirurgie, n’est plus vraiment un hpital, et ils ont le sentiment qu’on a bel et bien ferm leur hpital. lien

Sans oublier que l’affluence des patients ne permet plus de les accueillir dans des conditions acceptables.

Qu’arrivera-t-il si le « coronavirus » dcide de frapper son tour la France, alors qu’il manque des lits, et surtout du personnel, lequel est dj bout de nerfs ? lien La situation n’volue donc pas dans le bon sens, puisqu’en haut lieu, pour obtenir la rentabilit, il a la volont de faire baisser l’hospitalisation complte, au profit de ce qui est appele chirurgie ambulatoire

La chirurgie ambulatoire consiste permettre la sortie du patient le jour mme de son admission, rduisant ainsi les cots. lien L’hpital est donc bien malade, et ce n’est pas une nouveaut, mais il semble bien que la situation se soit dtriore au fil des ans.

Ds 2018, Henri Guaino faisait un constat clair : « d’abord on a ferm les hpitaux de proximit, sous le prtexte fallacieux qu’ils n’taient pas aux normes, mais c’tait en ralit pour faire des conomies, sans raliser que cette pratique a fait exploser le poste « transports mdicaux ».

Puis a t instaure une mthode pour le moins discutable, la « tarification l’activit », ce qui fait que « plus on fait d’actes l’hpital, plus on a de crdits », oubliant que la sant n’a pas de prix ».

D’autres raisons expliquent la crise actuelle : alors que les 35 heures dcides devaient permettre de crer des emplois afin de mieux partager le travail, c’est le contraire qui s’est produit, puisqu’en mme temps, ce sont les effectifs qui ont t rduits, et cette pnurie de personnel a provoqu l’puisement de celui-ci. Comme le dit l’ancien ministre, si, par exemple, on supprimait l’assurance maladie pour que les gens soient plus restrictifs sur leur demande de soin, le pays ne serait pas plus riche pour autant... il serait mme plus pauvre parce qu’un pays dont la sant des citoyens se dgrade est beaucoup moins comptitif et beaucoup moins productif. lien

Alors, l’hpital est-il devenu une industrie comme les autres ?

C’est la question qui tait pose Stphane Velut, neurochirurgien... et aussi essayiste, sur l’antenne de France Culture, le 24 janvier dernier, ce scientifique tant aussi l’auteur de « l’hpital, une nouvelle industrie ? » (diteur Gallimard, janvier 2020).

Il s’indigne : « il y a la volont de faire de la maladie une matire premire, et de la gurison un produit fini, comme si nous tions dans une industrie, une chaine de production... ».

Il juge mme scandaleux la nouvelle terminologie : les malades tant traits en termes de « stock », de « flux »... les autorits prfrant voquer un « redimensionnement » plutt qu’une « rduction », sans que a change grand-chose la ralit.

Pour nos dirigeants, « la seule faon de faire des conomies, c’est de rduire le nombre de lits. C’est indicible, on parle de redimensionnement capacitaire, et c’est ce manque de sincrit qui fait que le malaise est grand », et le scientifique de s’indigner d’tre aux mains de gestionnaires soucieux de transformer l’hpital en une industrie o la vitesse et la rentabilit prennent le pas sur le souci de la personne humaine. lien Sans oublier, ce nouveau phnomne qui a singulirement augment le nombre de patients qui se rendent aux urgences : selon la DREEES (direction de la recherche, des tudes, de l’valuation et des statistiques) entre 1996 et 2015 la frquentation des urgences a augment de 93%, et cela est en partie d la faiblesse du nombre de personnel dans les hpitaux. lien

Pas tonnant ds lors que les suicides se multiplient dans ces institutions, l’image de ceux que connaissent autant la Poste, que France Tlcom, Orange, le Monde Agricole, et compagnie.

Ds 2018, les enqutes ont dmontr que sur la moiti des 700 professionnels de sant, plus de 40% d’entre eux disent connatre un confrre qui a fait une tentative de suicide.

Les raisons invoques sont les maux qui touchent l’ensemble du corps mdical, dgradation des conditions de travail, valeurs soignantes dconsidres, pnibilit non reconnue, grille de salaires peu conformes au niveau de responsabilit, burnouts...

Mais la ministre, Agns Buzyn en l’occurrence, fait la sourde oreille, ce qui a provoqu « l’appel des mille » qui constate que la logique commerciale et le management par le chiffre, sont les consquences du « Tout-T2A » (tarification l’activit), ainsi que l’expliquait le professeur Andr Grimaldi, l’un des mille signataires de l’appel. lien

On pourrait rsumer l’appel des mille par le constat suivant : « une nouvelle cure de rigueur budgtaire de 1,6 milliard est impose aux hpitaux. Leur budget n’augmentera en 2018 que de 2% alors que les charges programmes augmenteront de plus de 4% (...) les hpitaux sont donc condamns augmenter sans cesse leur activit tout en rduisant le nombre de leurs personnels ». lien

Devant l’indignation gnrale, la ministre de la sant affirmait avoir lch un peu de lest en novembre 2019, et disait avoir obtenu « les moyens ncessaires » pour un « Plan Marshall » destin aux urgences, souhaitant que la « prime de scurit » soit releve., « partout o cela est justifi ».... sauf que, comme l’crit Jean-Yves Naud, journaliste et docteur en mdecine : « Agns Buzyn n’a pas obtenu du gouvernement et du prsident les moyens ncessaires pour un Plan Marshall destin aux urgences et aux hpitaux de France ». lien. D’autres sont encore plus pessimistes, voyant poindre un systme de sant deux vitesses : certains mdicaments ne sont plus rembourss.

Ajoutons pour la bonne bouche que ces dremboursements ont t dcids sous la pression insistante des laboratoires. lien

Et puis, d’autres mdicaments ne sont plus la porte de toutes les bourses.

Ainsi certains traitements contre le cancer atteignent des sommets : entre 3000 et 7000 euros par mois et par malade, et la ligue contre le cancer a beau exiger un prix fond sur des lments objectifs, transparents, et objectifs, ngocis avec les patients et le personnel mdical, la partie est loin d’tre gagne. lien

Pas tonnant ds lors qu’un nombre croissant de patients ne se font plus soigner.

Le monde des soignants est donc pass de l’tat « dsabus », celui du « dsarroi », en passant par la case « dsenchant », et comme dit mon vieil ami africain : « qui cherche ce qu’il ne doit pas chercher, finira par trouver ce qu’il ne cherche pas ». "

Olivier CABANEL

- agoravox.fr


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