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CONTRIBUTION DU JOURNALISTE AMERICAIN JAMELLE BOUIE
LA POLITIQUE DU COMMUNAUTARISME BLANC
jeudi 10 novembre 2016
publié par Marc Lacreuse

Article du journaliste américain Jamelle Bouie

Trump promet une restauration de l’autorité des blancs

http://www.slate.fr/story/128339/vi...

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Plus que toute autre chose, Trump promet une restauration de l’autorité des blancs. Après huit ans de présidence d’un noir, huit années durant lesquelles l’Amérique cosmopolite a exercé son pouvoir et son influence, huit années durant lesquelles les femmes se sont affirmées et durant lesquelles les noirs ont déclaré que leurs vies ne comptaient pas pour rien, des millions d’Américains blancs ont dit qu’ils en avaient assez. Ils en avaient assez de ce monde et voulaient retrouver celui d’avant. Et bien qu’il soit tentant de voir cela uniquement comme une partie d’un anti-élitisme aveugle, cela n’explique pas la relative unité des électeurs blancs lors de ce vote. Trump n’a pas seulement attiré les blancs des classes laborieuses mais également les riches et ceux qui avaient fait des études supérieures. Il l’a même emporté chez les jeunes blancs. Dix-sept mois après l’annonce de sa candidature, des millions d’Américains blancs se sont pressés aux urnes pour mettre Trump à la Maison-Blanche. Ils l’ont fait en tant qu’Herrenvolk blanc, peuple dominateur racialisé et radicalisé par Trump.

La politique du communautarisme blanc

Il y a alors un argument facile : comment cela pourrait-il être une question de race alors que Trump a convaincu aussi des électeurs qui avaient voté Obama ? Il y a une réponse facile : John McCain a été complaisant avec des craintes raciales et Mitt Romney a joué sur le ressentiment raciste mais tous deux ont refusé d’aller plus loin. Pour citer George Wallace, ils ont refusé de crier au « nègre ». C’est important. En rejetant la politique du racisme explicite et de la réaction blanche, ils ont fait du champ de bataille politique un lieu de préoccupations officiellement aveugles aux questions raciales.

La question raciale était toujours partie intégrante des conflits, c’est inévitable, mais ni les libéraux ni les conservateurs ne s’en prenaient à l’idée d’une démocratie plurielle et multiraciale. Je pensais alors que cela signifiait que nous avions un consensus. Il semble en réalité que nous n’avions qu’une accalmie, et que Trump l’a faite voler en éclats. Par ses jérémiades contre les Hispano-américains et les musulmans, par ses visions de villes contre-utopiques et de réfugiés radicalisés, Trump a dit aux Américains que leurs peurs et leur colère étaient justifiées, que cette peur et et cette colère devaient être le fil conducteur de la politique. Trump a forgé la politique du communautarisme blanc, et les blancs se la sont appropriée.

Nous sommes toujours le pays qui a produit George Wallace, l’avocat de la ségrégation. Nous sommes toujours le pays qui a tué Emmett Till, l’adolescent noir de 14 ans, lynché pour avoir flirté avec une blanche.

(...)

L’incurable racisme américain

Lorsqu’un homme noir a remporté l’élection présidentielle, le sommet symbolique du pouvoir et des prérogatives des blancs aux Etats-Unis, nous avons fêté cela en tant que Nation. C’était prématuré

Après des années de lutte, nous étions arrivés à un accord : nous croyions à l’égalité. Et lorsqu’un homme noir a remporté l’élection présidentielle, le sommet symbolique du pouvoir et des prérogatives des blancs aux Etats-Unis, nous avons fêté cela en tant que Nation.

Cinquante ans après que le mouvement de libération des noirs a forcé les Etats-Unis à se montrer digne de ses idéaux, du moins sur le papier, il semble bien que c’était prématuré. Presque mécaniquement, les Américains blancs ont élu un homme qui promettait une forme de suprématie blanche. Nous ne sommes pas arrivés au terme de notre cycle de progrès et de réaction. Nous sommes toujours le pays qui a tué George Wallace. Nous sommes toujours le pays qui a tué Emmett Till.

Les Américains sont obstinément, congénitalement optimistes. Et les millions de personnes qui ont soutenu Trump voient quelque chose dans son visage. Ils y voient quelque chose qui leur donne de l’espoir. Ce que j’y vois, c’est un homme qui a donné du pouvoir aux nationalistes blancs et l’a emporté. Je vois un homme qui a demandé l’expulsion des immigrés non-blancs et l’a emporté. Je vois un homme qui a promis de commettre des crimes de guerre contre des ennemis étrangers et l’a emporté. Je vois un homme qui donne du crédit à Rudy Giuliani et à d’autres qui considèrent les noirs comme des criminels potentiels à contrôler plutôt que comme des citoyens à respecter.

Après la « rédemption » du sud, les Américains noirs ou non-blancs partout dans le pays avaient touché le fond. Les blancs avaient imposé de nouvelles formes de discrimination et refusé de voir les pogroms et le terrorisme raciste qui laissaient des cicatrices dans le paysage américain. Dans quelques heures, des millions d’Américains se réveilleront et ce sera l’âge de Trump. Moi et des millions d’autres qui me ressemblent ouvriront les yeux et se trouveront face à une nouvelle « rédemption ». Tout ce que nous pouvons espérer (nous ne pouvons plus que prier), c’est de ne pas à nouveau toucher le fond.

Jamelle Bouie


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