Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesMouvements sociaux
GILETS JAUNES
LA TROISIEME ASSEMBLEE DES ASSEMBLEES
S’EST TENUE A MONTCEAU LES MINES les 29 et 30 juin 2019
lundi 1er juillet 2019
publié par Marc Lacreuse

TROISIEME ASSEMBLEE DES ASSEMBLEES

DES GILETS JAUNES

MONTCEAU LES MINES

29 ET 30 JUIN 2019

par Bernard FISCHER

---------------------------------------------

https://reporterre.net/A-Montceau-l...

http://www.fischer02003.over-blog.c...

La troisième assemblée des assemblées des Gilets Jaunes s’est tenue le week end du Samedi 29 Juin et du Dimanche 30 Juin 2019, à Montceau-les-Mines. Près de sept cent personnes se sont réunies pour discuter de l’avenir du mouvement. Une belle affluence, et des discussions animées, qui prouvent que le mouvement est bien vivant. Une priorité du mouvement est le soutien au Référendum d’Initiative Partagée (RIP) contre la privatisation d’Aéroports De Paris (ADP).

« C’est comme un escalier, il faut y aller marche par marche », une heure avant le début de la troisième assemblée des assemblées des Gilets Jaunes, Samedi 30 Juin 2019, Philippe, venu de Bouguenais, était optimiste. L’objectif de ce rendez-vous à Montceau-les-Mines était de coordonner les actions des militants et de partager les différentes expériences locales. Un but ambitieux et compliqué, qui galvanise Philippe. « J’étais seulement observateur à Saint-Nazaire. Cette fois, j’ai des choses à dire », lance-t-il, tout sourire. Chaque groupe local des Gilets Jaunes pouvait, s’il le souhaitait et s’il en avait les moyens financiers, logistiques et humains, envoyer une délégation de quatre personnes maximum pour porter la parole du groupe au sein de l’assemblée des assemblées. Deux cent quarante six délégations étaient présentes à Montceau-les-Mines. Elles étaient généralement composées de deux délégués autorisés à s’exprimer en assemblée et en groupe de travail et de deux observateurs.

Six pistes de réflexion étaient proposées aux participants, le RIP contre la privatisation d’ADP, la lutte contre le capitalisme, les assemblées citoyennes locales, les mobilisations à venir, le système des assemblées des assemblées et la convergence des luttes. Samedi 29 Juin 2019, les Gilets Jaunes ont été répartis par tirage au sort dans les différents groupes de travail. Une bonne idée, d’après Sylvain, Gilet Jaune de Montreuil, « cela évite que les personnes qui ont un capital, un savoir et une expertise sur un sujet précis aillent en tant que maîtres de conférence dans le groupe qui leur est cher », observe-t-il, « cela n’aurait aucun intérêt puisque nous reproduirions ce que nous ne voulons pas, à savoir des systèmes d’experts et non l’intelligence collective que nous développons ici. Il y a beaucoup plus d’effervescence des idées par le tirage au sort ».

Des idées, il y en a beaucoup, c’est vrai, et des opinions aussi. Dans le groupe du travail sur le RIP, basé sous une tente où la température augmente de minute en minute, la discussion est intarissable. Christiane témoigne que les personnes qui ne sont pas habituées aux outils numériques ont du mal à s’inscrire à la pétition pour le RIP contre la privatisation d’ADP. « Nous pouvons faire d’une part un tract qui indique que les Gilets Jaunes sont contre la privatisation et d’autre part un tract avec un formulaire pour aider les personnes à s’inscrire », propose-t-elle. « Maintenant, les personnes sont toutes sur les écrans », renchérit timidement Sabrina, « je ne sais pas, je propose de faire une vidéo où nous expliquons avec des mots simples pourquoi il faut signer la pétition ». Sergio, venu de Castries, témoigne de son expérience. Dans sa ville, les Gilets Jaunes ont installé une tablette sur un stand du marché, pour expliquer aux passants les enjeux du RIP, et les faire signer dans la foulée. Résultat, en une matinée, il y a eu dix neuf votes, s’exclame-t-il. Studieux, faisant fi de la canicule, les participants écoutent attentivement le vécu des autres et les volontés d’aller plus loin. D’après Franck, de Moselle, « il faut réintégrer cette notion de privatisation dans un ensemble. Ce n’est pas qu’ADP, ce sont nos autoroutes qu’il faut récupérer ». « Pour moi le RIP est une mise en place du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) », ajoute Denis, Gilet Jaune du groupe de Bellac, « cela va permettre aux personnes de s’investir vis-à-vis de ce qui se passe en France. Les personnes sont démobilisées, nous allons les relancer ».

La discussion se poursuit durant deux heures.

Vient le moment de la synthèse. Les rapporteurs de tous les groupes ayant travaillé sur le même sujet mettent en commun leurs idées. Ils les présentent ensuite à l’ensemble des participants, en assemblée plénière, avec les rapporteurs des cinq autres thématiques.

Samedi 29 Juin 2019 dans l’après-midi, les Gilets Jaunes peuvent retourner dans le même groupe de travail que dans la matinée, ou en choisir un autre. Le but est d’approfondir et d’enrichir la synthèse proposée quelques heures plus tôt. La routine reprend. Chacun leur tour, les participants prennent la parole, donnent leur avis et d’autres leurs répondent. « Cela fait du bien, c’est très enrichissant », se réjouit Sylvie, originaire du Lauragais. « Cela rebooste, nous reprenons confiance en nous », acquiesce son ami Cyrille.

Mais lorsque la synthèse des précédentes synthèses doit être proposée en assemblée plénière, Samedi 29 Juin 2019 en fin de journée, les choses se corsent. La fatigue accumulée et la chaleur étouffante du gymnase du Pouloux n’aidant pas et les disputes commencent. « Ce n’est pas ce que nous avons dit en groupe de travail », dit un Gilet Jaune. « On s’écoute, on ne crie pas », répètent inlassablement les modérateurs. C’est dur de canaliser près de sept cent personnes qui débattent avec toute leur fougue, leur envie et parfois leur ego.

Dimanche 30 Juin 2019, les participants sont invités à voter pour ou contre les synthèses des synthèses. Est-ce que les Gilets Jaunes font campagne pour le RIP ? Oui, votent-ils à la majorité. Grâce à des outils pensés pour cet objectif, le tractage, la signature à l’aide de tablettes, mais aussi le porte-à-porte, la communication par les panneaux publicitaires, les médias indépendants et l’interpellation du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour organiser un débat public, principalement dans le but d’utiliser le RIP pour enfin, un jour, obtenir le fameux RIC. La synthèse est adoptée sans souci. Jean-Marie David veut dénoncer les violences faites aux secouristes, médics et street médics, dans les manifestations. Il a commencé une marche, depuis Marseille, le premier juin 2019. Il compte marcher jusqu’à Paris, où il espère rencontrer Emmanuel Macron le 14 juillet 2019 pour lui faire part de ses revendications.

Les déboires s’enchaînent ensuite. La synthèse sur le capitalisme génère une longue discussion, se concluant par un vote, « doit-on sortir du capitalisme ». Leur réponse est oui, confirmant la position anticapitaliste adoptée à la deuxième assemblée des assemblées de Saint-Nazaire. Mais la discipline affichée jusque-là disparaît progressivement. La synthèse sur le fonctionnement des assemblées des assemblées provoque de nouveaux désaccords affichés. Certains souhaitent qu’un comité aide les futurs organisateurs de la quatrième assemblée des assemblées à préparer la manifestation, d’autres estiment qu’il ne faut pas rentrer dans une bureaucratie qu’ils ont l’habitude de dénoncer. « J’aimerais bien que nous discutions de choses concrètes et organisationnelles », avouait quelques heures plus tôt Samuel, Gilet Jaune du groupe de Saint-Laurent-du-Var, « il faut présenter des outils et il faut aussi une certaine verticalité au mouvement. Si une proposition se retrouve noyée dans un texte parce que personne ne l’a pris en main pour la travailler, nous aurons la même discussion à la prochaine assemblée des assemblées ». Les participants quittent provisoirement la salle, pour fumer une cigarette ou changer d’atmosphère. « C’est long et chiant », dit en riant une Gilet Jaune, « ils jouent sur les mots ».

Après de nouvelles discussions, les Gilets Jaunes s’accordent pour affirmer que le mouvement veut converger avec toutes les luttes sociales, celles des chômeurs, des personnels en grève, des syndicats et des défenseurs de l’environnement. L’axe sur les assemblées citoyennes locales est balayé rapidement, sans être voté. Les Gilets Jaunes retrouvent leur énergie au moment d’évoquer les actions de mobilisation à venir. Même si un consensus ne semble pas avoir été trouvé, les médias étaient exclus de la discussion sur les mobilisations, ils recueillaient les témoignages à la sortie de la salle, entre ceux qui souhaitent bloquer et ceux qui sont contre, les participants affichent une volonté sans faille d’occuper le terrain pendant l’été, afin de continuer à lutter et rendre visible leur engagement.

« C’est un bilan extrêmement positif pour cette assemblée des assemblées », estime Elsa, du groupe organisateur de Montceau-les-Mines, à la fin du week-end, « par rapport aux précédentes assemblées des assemblées, nous avons abordé des sujets plus d’actualité, comme le RIP. Nous avons abordé des choses concrètes contre la privatisation d’ADP et sur les actions à venir. C’est pas encore hyper carré mais nous avons donné des outils de travail et des pistes pour avancer.

Cela fait seulement sept mois que nous existons, c’est la troisième assemblée des assemblées. Il faut laisser le temps au temps ». Sourire fatigué aux lèvres, les Gilets Jaunes se succèdent pour saluer Elsa et le reste de l’équipe organisatrice, les remerciant vivement et leur donnant rendez vous à bientôt. C’est sûr, ils se reverront.

Le lieu de la quatrième assemblée des assemblées n’a pas encore été officiellement voté, même si une préférence pour la ville de Montpellier semble émerger. Elle aurait lieu pendant la deuxième moitié du mois de septembre 2019. D’ici là, Frédéric, Gilet Jaune venu d’Angers a une recommandation pour le mouvement, « il faut arrêter nos divergences, il faut y mettre de l’amour. C’est sur la bonne voie, mais il y a encore du travail ».


Répondre à cet article