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NOUVELLE PARUTION
LE BOURG ET L’ATELIER . SOCIOLOGIE DU COMBAT SYNDICAL .
de JULIAN MISCHI ( Editions AGONE ) ;
dimanche 10 avril 2016
publié par Marc Lacreuse

NOUVELLE PARUTION :

" LE BOURG ET L’ATELIER .

SOCIOLOGIE DU COMBAT SYNDICAL "

de

JULIAN MISCHI

( EDITIONS AGONE )

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ENTRETIEN AVEC JULIAN MISCHI ( publié dans le journal de la CGT )

Directeur de recherche à l’INRA ( Institut national de la recherche agronomique), le sociologue étudie, dans LE BOURG ET L’ATELIER, les ressorts de l’engagement syndical chez des ouvriers cheminots.

Votre dernier livre se penche sur le renouvellement des modèles militants. Quel a été le point de départ de votre recherche ?

La plupart des travaux, depuis les années 1980, mettent l’accent sur la crise du monde ouvrier et celle de l’engagement militant, avec les fermetures d’usine et l’évolution du salariat. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre pourquoi des ouvriers - les jeunes en particulier - continuent de militer alors que de nombreux processus vont dans le sens de leur exclusion politique. Je voulais aussi travailler sur les campagnes françaises où la population ouvrière est plus importante qu’on ne le croit.

Vous avez chois pour terrain d’enquête un atelier SNCF situé dans un village du centre-est de la France ...

Oui, c’est un de ces anciens villages agricoles transformés en bourg ouvrier avec le développement du chemin de fer. Pendant des décennies, le militantisme ouvrier s’y est inscrit concrètement dans des relations sociales nouées dans les lieux de travail et de résidence. La CGT était très présente dans l’espace local, l’adhéesion allait presque de soi, souvent concomitante à l’embauche, par fidélité aux valeurs familiales. Depuis les années 1990, on observe de nouvelles formes d’engagement. L’adhésion est plus tardive, souvent une dizaine d’années après avoir intégré l’entreprise. Beaucoup ne sont pas issus de familles militantes, voire viennent d’un milieu conservateur. L’adhésion au syndicat se construit grâce à des expériences de travail antérieures dans le privé, où sont expérimentés les statuts précaires, la pression du management, les conditions de travail difficiles, les inégalités ... L’acquisition du statut de cheminot, synonyme de stabilisation professionnelle, apparait encore plus, dans ce cas, comme une matrice de l’engagement.

Vous parlez d’une prégnance des doutes chez les nouveaux syndiqués .

Les générations militantes passées étaient assez sûres de la légitimité de leur action. Il y avait une fierté à se dire ouvrier, à militer. Les militants actuels ont un besoin de réassurance, ils se demandent s’il est légitime d’adhérer , ou même ,simplement, de faire du syndicalisme. Il faut dire que dans les médias et ailleurs, les syndicats sont souvent présentés comme des organisations rétrogrades, passéistes, bureaucratiques. Un doute existe de la même façon à propos des débouchés politiques. Avant, le syndicalisme pouvquand bien mêmeait s’adosser à des organisations structurées qui parlaient du monde ouvrier et de l’intérêt des travailleurs, alors qu’aujourd’hui, même les partis de gauche délaissent les questions du travail .

Sur quels autres points les motivations sont-elles différentes chez les générations actuelles ?

Le syndicat n’est pas vu uniquement comme un vecteur d’amélioration des conditions de travail ou des salaires. La CGT est associée à la défense des valeurs progresistes de gauche - la lutte contre le sexisme, le racisme ou l’homophobie -, y compris au sein de l’atelier contre des collègues qui pourraient tenir des propos jugés réactionnaires. L’engagement syndical, pour un certain nombre, ne se limlite pas à faire le plus de cartes possible pour créer le rapport de force, il se place aussi, et peut-être aussi avant tout, sur le plan des valeurs éthiques. Nous retrouvons la même exigence dans l’exercice des mandats, avec une réflexion sur les moyens de rester connecté au terrain et au monde ouvrier, quand bien même on prend davantage de responsabilités dans le syndicat, et plus encore lorsqu’on devient permanent .

( Entretien réalisé par J.-PH. JOSEPH )


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