Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesVie associative
LE " PEUPLE " N’A PAS A ETRE " EDUQUE "
CONTRIBUTION POUR LA CREATION DE L’ASSOCIATION " SAVOIRS EN ACTION " .
samedi 6 juin 2015
publié par Marc Lacreuse

A PROPOS DE LA CREATION DE L’ASSOCIATION " SAVOIRS EN ACTION "

CE SAMEDI 6 JUIN A LA BOURSE DU TRAVAIL DE PARIS

PUBLIE DANS NOTRE SITE IL Y A QUELQUES JOURS

VOICI

LA CONTRIBUTION DE DEBORAH COHEN, FANNY GALLOT, HISTORIENNES,

ROSE-MARIE LAGRAVE, CHRISTIAN DE MONTLIBERT, WILLY PELLETIER,

SOCIOLOGUES ( parue dans L’Huma ) .

------------------------

LE " PEUPLE " N’A PAS A ÊTRE "EDUQUE" !

Un appel collectif de 350 signataires pour des «  savoirs en action  »

Un spectre hante l’éducation populaire  : le spectre de l’instituteur. Son titre dit le rôle qui longtemps lui fut assigné  : tuteur et légitimité d’institution, autorisé à transmettre avec autorité, distributeur de leçons. De l’instituteur des « masses », nous ne voulons plus. Les paroles d’autorité, même dites pour « outiller le peuple », n’ont jamais émancipé quiconque. Il faut d’autres dispositifs. Casser la verticalité.

Début janvier, ce fut le premier acte des états généraux des sciences sociales critiques. Le second arrive maintenant  : la constitution de Savoirs en action, samedi 6 juin. ( pour laquelle 350 signataires ont lançé un appel ).

Savoirs en action lancera partout, et d’abord dans les bourses du travail, des Ateliers nomades, pour, ensemble, analyser le monde social. Mais sans reproduire les relations enseignants-enseignés, qui trop souvent organisent «  l’éducation populaire  ».

Qu’allons-nous faire  ?

D’abord jeter aux orties l’idée que certains savent et d’autres pas. Personne n’a le monopole de la connaissance, de la distance critique, de formes de lucidité, ou d’une certaine compréhension des phénomènes sociaux. Les savoirs, même s’ils sont produits différemment, sont partout. Chacune, chacun, d’ores et déjà, en sait beaucoup sur les rapports de force, les difficultés, les souffrances, les solidarités, les bonheurs, les colères, les galères qui font le monde social. Chacun peut apprendre aux chercheurs autant qu’il ou elle apprend d’eux. Chacune, chacun peut s’armer de savoirs trop souvent réservés aux «  spécialistes  » en dialoguant avec des historiens, des sociologues, des économistes, des juristes. Les salariés savent d’expérience ce que les chercheurs connaissent par leurs enquêtes, et les deux ne peuvent que s’enrichir mutuellement en se bousculant peut-être, en bousculant mutuellement leurs évidences, mais en échangeant récits, notions, instruments de pensée et d’action. Car nous croyons certes que les résultats et les outils forgés par les sciences sociales peuvent aider à lutter contre les violences et les dominations de toutes espèces. Mais à l’heure actuelle, alors qu’il en est tant besoin, ils ne sont ni diffusés ni partagés. Leur force de subversion apparaît mal. Les verser aux débats et aux appropriations critiques les rendra plus opérationnels.

Les Ateliers nomades, donc, ne fonctionneront pas «  comme à l’école  » ou «  comme à l’université  ». Tout à l’inverse. Ils proposeront des rencontres sans hiérarchie, des rencontres d’ordinaire très rares, entre salariés, chômeurs, retraités, syndicalistes, militants associatifs, historiens, sociologues, économistes, juristes, artistes… Où chacune et chacun partagera ce qu’il sait, dans les termes qui lui sont propres.

Nous croyons qu’échanger nos savoirs permettra d’en savoir davantage. Ce qui constitue un sacré défi lancé aux structures sociales qui nous enferment dans nos positions, nous séparent, nous isolent, parfois nous disqualifient, rendent les un-e-s légitimes et les autres non.

À celles et ceux qui ont eu un parcours scolaire écourté et considèrent qu’apprendre n’est pas pour eux, les Ateliers nomades montreront le contraire. Trop souvent, des jeunes diplômés restent désarmés face aux concurrences dans le monde du travail, et en viennent à penser qu’étudier ne sert à rien  : les Ateliers nomades revaloriseront ce qu’ils et elles savent et donneront l’appétit d’en savoir plus.

Les Ateliers nomades autoriseront l’expression des paroles «  ordinaires  ». Pas de cours magistraux  : uniquement des débats. Pas d’effets oratoires  : seulement des paroles accessibles. Pas de vocabulaire abstrait ou technique  : des mots simples, utiles à une meilleure compréhension de ses propres expériences et de celles des autres. Y assister sera gratuit, ouvert à toutes et tous. Seront privilégiés les dialogues entre porteurs de savoirs différents.

Les Ateliers nomades montreront qu’échanger plus et mieux sur ce que nous savons permet de résister de meilleure façon aux relations de 
domination, que ce soit dans les 
entreprises, en politique, à l’école, 
dans les épreuves ou les existences quotidiennes.

Les Ateliers nomades ne rempliront leur fonction que s’ils démolissent les résignations les plus solidement ancrées  : résignations face aux inégalités de connaissances et de reconnaissances, résignations à «  rester à sa place  », en «  se faisant tout petit  » et en «  s’écrasant  » parfois, résignations au fait d’être exclu des «  mondes  » qui parlent et qui décident, résignations à «  galérer  » alors que les fortunes enflent…

Les Ateliers nomades feront partager le plus largement possible des savoirs qui dérangent parce qu’ils dévoilent l’arbitraire des hiérarchies, les mécanismes de leurs reproductions et leurs justifications.

Ils montreront que ce qu’on doit «  avoir à l’esprit  » ne peut se réduire au «  prêt-à-penser  » diffusé par les «  communicants  », les médias dominants, les écoles du pouvoir ou la noblesse libérale (d’entreprise ou d’État). Et qu’il faut au plus tôt examiner comment ce «  prêt-à-penser  » est produit et imposé.

Une telle circulation des connaissances autorisera d’en savoir davantage sur nous-mêmes, sur les appartenances sociales, les situations, les relations, les histoires qui nous ont fabriqués, jusqu’à nous rendre malheureux ou heureux, isolés ou solidaires, résignés ou révoltés, et jusqu’à interdire ou permettre certaines destinées. Si chacun réussit à mieux se comprendre et à mieux comprendre le monde, si chacun parvient à se réapproprier une part de son histoire et perçoit à quel point elle s’entremêle à l’histoire des autres, alors apprendre sera une joie. La connaissance ne sera plus un instrument de pouvoir réservé aux élites. Elle deviendra arme critique, à disposition de toutes et tous.

Ces Ateliers nomades sont à inventer. Les distances sociales ne s’abolissent pas magiquement, au gré d’un simple côtoiement. Raison de plus pour conjuguer nos différences et les construire ensemble dès le début, ces Ateliers nomades inédits, improbables, mais nécessaires.

Retrouvons-nous le 6 juin à partir de 10 h 30, bourse du travail République, 3, rue du Château-d’Eau, à Paris.

Le site de l’appel « Savoirs en action » accueille le texte lancé par 350 signataires issus de différents champs intellectuels 
et citoyens, 
de nombreuses contributions, 
le programme et 
les informations pour participer à la journée du 6 juin à la bourse du travail de Paris-République :


À retrouver sur http://savoirsenaction.unblo


Répondre à cet article