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LE SYSTEME REPRESENTATIF SUR LA SELLETTE
par P.Zarka ( Animateur de de l’Observatoire des mouvements de la société / OMOS )
mardi 26 mars 2019
publié par Marc Lacreuse

La présente republication de la contribution de Pierre Zarka, animateur de

l’Omos, parue dans l’Humanité du 26.03.19, a pour but de contribuer à

alimenter une réflexion et un débat autour de la question des impasses actuelles

de la démocratie " représentative ", mise en avant actuellement par les gilets

jaunes, entre autres .

Contrairement à ce que semble penser Pierre Zarka, cette critique ne " sort pas

des cénacles " de manière récente , mais elle est portée, animée, nourrie

depuis des décennies par les mouvements associatifs et coopératifs relevant

de l’éducation populaire de transformation politique . Parfois sous les yeux

incrédules des institutions politiques établies , ce qui a sans doute retardé

les dynamiques politiques nécessaires à l’établissement des alternatives

démocratiques dont notre société a pourtant un urgent besoin .

Notre site en porte témoignage de mille manières.

Marc Lacreuse.Corédacteur du site .


LE SYSTEME REPRESENTATIF

SUR LA SELLETTE

par P.ZARKA

( Observatoire des mouvements de la société )

***************

Contribution parue dans

le quotidien l’Humanité du 26.03.19

rubrique Débats & Controverses

( extraits )

********

" Les gilets jaunes font de la critique du système représentatif une question

publique et d’actualité.

Cette critique sort des petits cénacles pour être dans la rue .

Fondée sur les déceptions des quarante dernières années, elle s’exprimait

surtout auparavant par l’abstention .

Comment de pas entendre l’appel des gilets jaunes de Commercy du 2 décembre

dernier ? " Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos

revendications que le gouvernement veut des " représentants " : c’est pour nous

encadrer et nous enterrer ! … Si on nomme des " représentants ", des " porte-

parole ", çà finira par nous rendre passifs … Le mouvement des gilets jaunes

réclame ...le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple . "

Le système représentatif n’est pas la forme naturelle de la démocratie. c’est une

construction historique.

Il n’est pas inutile de revenir sur le caractère de classe

de sa genèse .

Thermidor n’a eu de cesse de se débarrasser des formes de délibérations

populaires issues de la Constitution de 1792 afin de contenir le peuple en

dehors des pouvoirs d’interventions.

Tout se fait au nom du peuple, mais sans lui. Pour le conventionnel Cabanis, le

" vrai système représentatif, où tout se fait au nom du peuple et pour le

peuple ; rien ne se fait directement par lui ; il est la source sacrée de tous les

pouvoirs mais il n’en exerce aucun ". le jacobin Pétion déplorait : on est

citoyen juste le temps de désigner celui à qui on doit obéir ensuite. Pour les

thermidoriens, il est grand temps que la Révolution s’arrête : et le Directoire

abolit la loi de 1793 qui interdisait la création de sociétés financières privées.

L’innovation de la IIIe République est de dissocier République et Révolution,

limitant le rôle politique du peuple aux seules élections, à désigner son élite.

Toute autre forme d’accès à la politique relevant du droit uniquement individuel

à avoir des opinions. Lorsqu’on veut discréditer une grève, on dit qu’elle est

politique. Les monarchistes Thiers et Mac-Mahon participent à la fondation

de cette République ; prônent le suffrage universel masculin : " Outre que le

demande est trop forte, 1830,1848,1871 … n’en avez-vous pas assez d’être

pris par surprise ? Le droit de vote sera le moyen de prendre le pouls des

classes dangereuses " , ce qui permet de prévenir plutôt qu’avoir à guérir.

C’est aussi le moyen de dissocier les élites républicaines de ces " classes

dangereuses ".

Contrairement à ce qu’avaient prôné les révolutionnaires de 1871 et ceux de

février 1848, la sphère du travail est dissociée du politique . Dissociation

qui dure : en 1968 le mouvement impose la reconnaissance de l’action

syndicale dans l’entreprise, mais évacue l’action politique. On ne peut être

citoyen et travailleur en même temps .

…/…

Un nombre croissant de citoyens vivent ce système comme ne leur permettant

pas de se faire entendre. Reconnaissons que nulle part sur la planète ce

système aura donné des résultats durablement satisfaisants devant les

aspirations montantes à la démocratie.

Quant au capital, il est partout à l’affût du système autoritaire et d’un pouvoir

de justice directement entre les mains des multinationales et de la finance

( Tafta ). Ils se mettent en place de manière rampante. L’impossibilité répétée

dans le temps et sur tous les continents de dégager d’un tel système des

dynamiques révolutionnaires contemporaines devrait nous inciter à dépasser

ce cadre pour alimenter les combats du présent . "

Pierre ZARKA


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