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CONTRIBUTION
LE TRAVAIL HISTORIQUE VISE A COMPRENDRE POURQUOI LES RUPTURES SONT POSSIBLES
PAR BENJAMIN STORA, HISTORIEN ET PROFESSEUR A PARIS VIII
mardi 12 janvier 2016
publié par Marc Lacreuse

"LA BATAILLE AUTOUR DE L’ENRICHISSEMENT DE L’HISTOIRE

EST DECISIVE" .

CONTRIBUTION (EXTRAITS ) DE BENJAMIN STORA

HISTORIEN ET PROFESSEUR A PARIS VIII

A L’AGORA DE L’HUMANITE DU SAMEDI 9 JANVIER 2016

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" On asiste malheureusement, depuis quelque temps, à une forme

d’essentialisation de l’histoire, où tout est joué d’avance (...)

Il y aurait une origine fixe et des histoires prédéterminées sans aucune

bifurcation possible ; donc, les individus (... )seraient de manière permanente

assignés à cette origine de manière éternelle.

Le travail historique vise à la déconstruction de ce type d’analyse. Il vise à

essayer de comprendre pourquoi les ruptures sont possibles, les biburcations

sont possibles, les passages de seuil sont possibles.

Rien n’est écrit d’avance. Rien n’est joué en histoire.

Malheureusement, aujourd’hui, en France particulièrement, on a le sentiment

qu’une pensée dominante qui s’est installée, vise à nous dire que tout est

déjà

fini et que tout est déjà accompli (...) Alors il n’y a plus qu’à se préparer à

l’affrontement, à la guerre des mémoires, donc à sortir d’une certains forme

de naïveté pour se préparer à ce qui peut être considéré comme une sorte de

confrontation généralisée. (...). Cette conception de l’histoire s’appuie sur

une conception de l’histoire arrêtée, conservatrice, c’est à dire sur une

conception de l’histoire qui nous dit et qui nous explique que , dans le fond,

les révolutions ont été des accidents momentanés qui ont été vite surmontés,

dépassés, et que des socles identitaires beaucoup plus lourds et profonds

sont revenus, et ont donc balayé ce qui a pu être considéré comme acquis,

des principes qui sont issus de ces processus révolutionnaires. C’est dire

à quel point la bataille autour de l’histoire aujourd’hui est décisive .

Le problème n’est pas de faire en sorte que les histoires soient entièrement

séparées, opposées les unes aux autres, mais au contraire qu’elles puissent

sans cesse nous armer, nous enrichir, par rapport au présent que nous

vivons. Sinon, effectivement, si ces histoires ne nous servent pas à nous

enrichir et à nous armer surle plan culturel et politique, ce sont des histoires

mortes, qui ne visent qu’à conserver le passé et faire en sorte qu’il ne se

transforme pas, puisque, encore une fois, tout est écrit d’avance, tout est

derrière nous et tout est joué, il n’y a plus grand-chose à faire, et un certain

fatalisme s’installe . "


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