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SCIENCE
LES ORIGINES AFRICAINES D’HOMO SAPIENS SONT MULTIPLES
source : institut Max Planck
jeudi 25 octobre 2018
publié par Marc Lacreuse

LES ORIGINES AFRICAINES D’HOMO SAPIENS SONT MULTIPLES !

L’origine des Homo sapiens à partir d’une seule population unique est mise à mal par de nombreuses études, selon un consortium scientifique international.

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Un consortium scientifique dirigé par le Dr Eleanor Scerri (Université d’Oxford - Institut Max Planck pour la science de l’histoire humaine) a publié une étude indiquant que les ancêtres de notre espèce étaient "éparpillés" sur le continent africain.

Ces populations étaient séparées de plusieurs milliers de kilomètres et habitaient une combinaison de divers habitats avec des environnements changeant, tels que les forêts et les déserts. Des millénaires de séparation ont donné naissance à une diversité stupéfiante de formes humaines, dont le mélange a finalement façonné notre espèce.

Jusqu’à présent, il est largement admis que notre espèce était originaire d’Afrique, les scientifiques portaient moins d’attention à la façon dont nous avons évolué au sein du continent africain. Cela laissait supposer que les premiers ancêtres de l’homme moderne n’étaient constitués que d’une population assez nombreuse, à l’intérieur de laquelle s’effectuaient aussi bien les échanges génétiques, que des technologies, ou des outils en pierre de façon plus ou moins aléatoire.

Dans un article publié dans Trends in Ecology and Evolution, ce point de vue (de la population unique) est contesté non seulement par les études des os (anthropologie), que celles des pierres (archéologie), ou encore de celles des gènes (génomique des populations), mais aussi par des nouvelles reconstitutions plus détaillées des climats et les habitats de l’Afrique au cours des 300 000 dernières années.

Homo sapiens, une espèce mais plusieurs origines

« Les outils en pierre et d’autres artefacts présentent des distributions remarquablement groupées dans l’espace et dans le temps », a déclaré le Dr Eleanor Scerri. "Bien qu’il existe une tendance à l’échelle continentale vers une culture matérielle plus sophistiquée, cette" modernisation "ne provient manifestement pas d’une région particulière et ne s’est pas produite à une période donnée." Différentes sortes d’outils et d’artefacts retrouvés en Afrique sur plusieurs sites

Les fossiles humains racontent eux aussi, une histoire similaire. "Quand nous regardons la morphologie des ossements humains au cours des 300.000 dernières années, nous voyons un mélange complexe de caractéristiques archaïques et modernes dans différents endroits et à différents moments", a déclaré le professeur Chris Stringer, chercheur au London Natural History Museum et co-auteur de l’étude. "Comme pour la culture matérielle, nous voyons une tendance à l’échelle continentale vers la forme humaine moderne, mais différentes caractéristiques modernes apparaissent dans des endroits différents à des moments différents, et certaines caractéristiques archaïques étaient encore identifiables jusqu’à récemment."

Les gènes peuvent apporter un éclairage semblable. "Il est difficile de concilier les modèles génétiques observés chez les Africains modernes et ceux de l’ADN extrait des fossiles africains (datés des 10 000 dernières années), avec une population humaine ancestrale unique", a déclaré le professeur Mark Thomas, University College London et co-auteur de l’étude. "Nous voyons des indicateurs d’une connectivité réduite très profonde dans le passé, de très vieilles lignées génétiques, et des niveaux de diversité globale qu’une seule population aurait du mal à maintenir."

Un patchwork écologique, biologique et culturel Pour comprendre pourquoi les populations humaines étaient si subdivisées et comment ces divisions ont changé au fil du temps, les chercheurs ont examiné les climats et les environnements de l’Afrique, qui donnent une image de zones habitables changeantes et souvent isolées. Beaucoup des régions les plus inhospitalières d’Afrique, telles que le Sahara, étaient autrefois humides et vertes, avec des réseaux de lacs et de rivières et une faune abondante. De même, certaines régions tropicales humides et vertes étaient autrefois arides. Ces environnements changeant ont conduit à des subdivisions au sein des communautés animales et de nombreuses espèces subsahariennes présentent des modèles phylogénétiques similaires dans leur distribution.

La nature changeante de ces zones habitables signifie que les populations humaines auraient traversé de nombreux cycles d’isolement - conduisant à une adaptation locale et au développement d’une culture matérielle et d’une composition biologique uniques - suivies d’un mélange génétique et culturel.

« L’évidence convergente de ces différents domaines souligne l’importance de considérer la structure de la population dans nos modèles d’évolution humaine" explique le co-auteur, le Dr Lounes Chikhi (CNRS Toulouse / Instituto Gulbenkian de Ciencia à Lisbonne). "Cela devrait donc nous amener à remettre en question les modèles actuels de changements de la taille de la population ancienne, et peut-être réinterpréter certains des anciens goulets d’étranglement comme des changements dans la connectivité", a-t-il ajouté.

« L’évolution des populations humaines en Afrique était multirégionale, notre ascendance était multiethnique et l’évolution de notre culture matérielle était bien multiculturelle", a déclaré le Dr Scerri. "Nous devons étudier toutes les régions d’Afrique pour comprendre l’évolution humaine."

Sources : Institut max Planck

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