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La démocratie au coeur du projet d’émancipation
Claude Ramin
samedi 14 novembre 2009
publié par Christian Maurel

La démocratie au cœur du projet d’émancipation des êtres humains, pour un vivre ensemble en harmonie avec nos écosystèmes,… mais par où commencer ?

Prendre le pouvoir ou nous réapproprier nos vies ? Individuellement et en recréant des collectifs au niveau de nos immeubles, de nos quartiers, sur nos lieux de travail, de nos communes, …, …

Ne pas nous laisser prendre notre savoir faire, notre savoir être par le produit de notre activité, par son prix. Nous réapproprier la façon de produire, le pourquoi produire et pour qui produire, la façon d’échanger, partager en privilégiant à chaque fois que possible la valeur d’usage, en relocalisant. Bref il s’agit de nous désaliéner en nous révoltant contre ce système inique et en inventant des pratiques nouvelles en libérant notre imaginaire du dieu économicus, de notre auto asservissement. En nous « détoxifiant » du toujours plus de consommation (fétichisme de la marchandise) pour le profit d’une infime minorité au détriment des besoins fondamentaux du grand nombre, renforçant encore notre asservissement et se traduisant par les désastres écologiques et le mépris pour les générations futures…

Car nous sommes bien là au cœur de notre projet d’émancipation fondé sur la démocratie au quotidien, c’est-à-dire la nécessité de nous auto organiser sur nos lieux de vie, de refonder la démocratie institutionnelle et de la contrôler, et ce à tous les échelons, de nous auto organiser pour faire advenir la démocratie dans l’entreprise.

Cette démocratie au quotidien est le moteur de notre projet d’émancipation, elle est notre fil conducteur, notre boussole, à la fois moyen et finalité, pour dépasser, pour sortir du système capitaliste.

Nous devons sortir du système capitaliste, non pas parce qu’un matin nous nous sommes levé(e)s du pied gauche et que nous avons déclaré urbi et orbi que nous le voulions !, pas davantage par un quelconque dogmatisme, ni sectarisme, ni ostracisme à l’encontre de quiconque, bien plus simplement parce que le capitalisme est a-démocratique. Et ce par essence, par la recherche d’un profit maximal au détriment de l’épanouissement des êtres humains, de l’équilibre de nos écosystèmes et de l’avenir des générations futures. Il s’agit aussi d’abandonner l’idée que le système capitaliste s’effondrera de lui-même même lorsque la crise « touche le cœur de la bête » ! Aujourd’hui le système capitaliste est en crise nous dit-on ? Sûrement pas, disons qu’il connaît une crise de plus et que les thuriféraires de ce système sont eux capables de révolutionner son mode de fonctionnement pour le plus grand bien de cette infime minorité qui mène le monde de façon a-démocratique !

Aujourd’hui la démocratie est cantonnée à la vie institutionnelle or les règles de cette démocratie institutionnelle, édictées par une « élite » économico-politique, relayées par les médias bien pensants aux ordres, sont à changer radicalement. Cette élite est, elle-même, prise au piège de servir leurs maîtres, dont le but est d’accumuler du profit sans limite, de se servir au passage, ce qui rend sa dépendance bien plus douce. Vouloir accéder au pouvoir sans changer ces règles c’est vouloir faire participer le peuple à ce « jeu » de dupes.

Il s’agit de ne pas/plus se limiter à la vie institutionnelle. Il est temps de dépasser les manœuvres tacticiennes politiciennes se reproduisant à chaque échéance, à l’identique de la précédente, en invoquant à chaque fois l’urgence, fondées sur les mêmes rapports de compétition inhérents au système capitaliste et sur les dérives « alimentaires » inhérentes au mode de financement actuel des organisations politiques. Il est temps de travailler sur la durée et sur le fond politique auprès et avec les citoyen(ne)s plutôt que de passer le plus clair de notre temps à reproduire entre organisations les mêmes rapports de compétition sur lequel le capitalisme est fondé et ce à partir des rapports de force antérieurs reproduisant ainsi mécaniquement l’ordre existant pour « prendre le pouvoir » tout en restant muet sur nos propositions alternatives.

D’une manière générale nous nous acheminons à grandes enjambées vers la démocratie made in USA, démocratie limitée, formelle, s’accommodant parfaitement d’un taux important d’abstention, où la mise en scène séquentielle de cirques électoraux prime sur le débat d’idées puisque tout s’achète, tout se vend, les « hommes, femmes » politiques comme les savons… Jusqu’à quand nous laisserons nous bercer par ces mêmes ritournelles fondée sur cette bipolarisation pour que… surtout rien ne change en dehors de l’habillage ? Pour que la communication remplace le débat. C’est encore le plus sûr moyen de nous mener vers la disparition de la démocratie réelle, le seul choix étant de dire oui ou encore oui dans le cadre d’une démocratie alibi au service d’un système inique conduisant à la guerre de chacun contre tous au mépris des générations futures, et de tous contre l’équilibre de nos écosystèmes.

On entend souvent dire qu’il faut participer à ces institutions pour voir ce qui s’y passe de l’intérieur… c’est déjà le commencement de la fin de la démocratie car les institutions doivent être des maisons de verre sous contrôle citoyen et elles ne doivent surement pas être réservées à une prétendue élite qui posséderait…le savoir/pouvoir !

Selon le petit Robert la démocratie c’est une doctrine politique d’après laquelle la souveraineté doit appartenir à l’ensemble des citoyen(ne)s. Les exemples ne manquent pas aujourd’hui pour pouvoir affirmer que nous ne sommes plus en démocratie autre que formelle...

Alors comment mettre en place la démocratie au quotidien ?

Nous sommes relativement diserts, en parole du moins mais il s’agit de passer maintenant aux actes, sur le fait de changer radicalement les règles de la démocratie institutionnelle dans l’hexagone :

- Par une non professionnalisation de la vie politique, par une limitation drastique des mandats dans le temps et la fonction pour mettre fin, entre autre, à tout clientélisme et à la confiscation du pouvoir par une élite sous couvert de compétence technique, par des compte-rendu réguliers de mandats et la révocation possible à mi-mandat selon des critères à définir.

- Par l’instauration d’un scrutin proportionnel permettant la représentation des divers courants de pensée et par l’invention de nouvelles formes de financement des organisations non liées aux résultats électoraux avec à chaque nouvelles échéances un débat à égalité entre les divers courants de pensée et non à partir du rapport de force antérieur !

- Par l’information et la formation nécessaires pour faire croître l’expertise citoyenne, ce qui doit nous interpeller sur le rôle des médias actuels, notamment sur leur dépendance vis-à-vis des pouvoirs économique et politique et sur leur fonctionnement. Il s’agit de repenser le service public d’information de façon à permettre l’expression de la diversité par des moyens démocratiquement débattus en dehors des recettes apportées par la publicité, cette source de financement étant en totale contradiction avec notre projet émancipateur. Ce qui ne justifie pas bien entendu le nouveau cadeau fait aux copains et coquins par le report de cette manne publicitaire du service public vers le privé ! D’où la création de médias alternatifs ?

- Par le nécessaire temps de débat pour définir collectivement nos limites et nos choix pour vivre en société à chaque échelon. Parce que la démocratie entre en contradiction frontale avec la « culture » du résultat et celle de l’immédiateté, parce qu’au fronton de ces « cultures » est inscrit l’efficacité versus réalisme conduisant dans les faits à une hyperactivité et à une fuite en avant et masquant par là même le véritable moteur de la machinerie capitaliste qu’est le : « time is money ! ».

- Par la constitutionnalisation de la citoyenneté de résidence. Par la multiplication des lieux de rencontre et d’échange, au plus près des habitant(e)s, sans aucune discrimination. Par l’attribution de moyens pour la culture/formation/éducation/information permettant là encore de faire croître l’expertise citoyenne. Par l’organisation de citoyen(ne)s associé(e)s sous forme de collectifs auto organisés/autogérés, et non de comités de quartiers le plus souvent inféodés à la municipalité conduisant au clientélisme. Par l’élaboration à travers ces collectifs de contres projets en toute indépendance de la vie institutionnelle garanti par un mode de financement établi sur la durée permettant leur fonctionnement, par l’élaboration de budgets participatifs au niveau du quartier par des/ces collectifs auto organisés soumis ensuite aux instances élues, par le contrôle des réalisations. Il s’agit bien de reprendre notre dû pour organiser notre vie collective au quotidien. Il s’agit d’expérimenter de nouveaux moyens de faire.

- Par la possibilité de recourir aux référendums d’initiative populaire selon des critères à définir.

- Par la suppression de l’élection du président de la République au suffrage universel et la transformation radicale du Sénat. C’est un point central pour redonner un peu de vie démocratique aux pratiques institutionnelles… Le peuple n’y serait pas près, entendons dire ici ou las, en cela c’est déjà se soumettre à la « démocratie de l’audimat » ! En 2002 nous avons, à une grande majorité, votés pour faire barrage au représentant du FN. En 2007, nous avons à nouveau voté, pour un bon nombre d’entre nous, pour faire barrage au candidat porteur des intérêts du pouvoir économique capitaliste, en vain… De plus au lendemain des présidentielles, les médias et les « élites » bien pensantes se répandaient sur la baisse du score du F’Haine … En réalité les idées sont aujourd’hui parvenues « démocratiquement » sous les ors de la République : de l’installation du ministère de la honte dans l’hexagone à la directive de la honte au niveau de l’union européenne, de l’immigration choisie prenant le relais du colonialisme, de la chasse aux êtres humains, y compris les enfants, des quotas d’expulsions, du flicage depuis l’enfance, de la criminalisation des citoyen(ne)s rebelles, des discriminations en tout genre, du débat sur l’identité nationale, des massacres au nom de l’union européenne forteresse de Ceuta et Melilla au lendemain du 29 mai 2005, …,…

Ces dernières années à partir d’une constitution, dangereuse « à la base », un ancien président de la république n’avait-il pas écrit à propos de celle-ci « le coup d’état permanent », les différentes modifications de la constitution de la Vème République, ont échappé, avec la duplicité de la représentation parlementaire, à tout contrôle populaire, et ont conduit à une dérive autoritaire et à une démocratie formelle…

Il ne peut pas/plus s’agir de concourir pour des places pour sauvegarder « l’organisation », ni pour assurer « l’alimentaire », ni de se « couler » dans les institutions mais de remettre au centre LE POLITIQUE pour donner du sens à la démocratie qui est aujourd’hui en danger, quel que soit l’échelon.

Il en est de même au niveau européen via l’union européenne, simple zone de libre échange où règne la loi de la concurrence sauvage, zone forteresse, zone a-démocratique imposée aux citoyen(ne)s,…

Il en est encore de même au niveau mondial via des « institutions » opaques (FMI, BM, OMC) et maintenant le G8 reconverti en G20 tout autant a-démocratiques et auto proclamés. Toutes ces « institutions » sont chargées de faire appliquer la même loi du marché dans lesquelles les différents lobbies des Entreprises Trans Nationales ou autres y exercent librement leurs pressions et ont bien plus de pouvoir que les citoyen(ne)s. Elles bénéficient en plus d’un imposant relais via les médias aux ordres pour un « enfumage » savamment orchestré. Toutes ces rodomontades versus moralisation dudit système ne sont servies que pour mieux masquer l’injustifiable et notamment la collusion des pouvoirs, économique, véritable lieu de pouvoir, et politique davantage occupé à réprimer, à expulser, à fliquer les citoyen(ne)s. La répression étant proportionnelle à la révolte.

Il s’agit maintenant d’élaborer une nouvelle constitution citoyenne dans l’hexagone (par l’élection d’une assemblée constituante et par l’irruption citoyenne à travers mille lieux de rencontres, cahiers de doléances,… pour faire advenir des propositions d’en bas), soumise ensuite à référendum.

De le faire en sortant de notre ethno centrisme, en effet nous avons trop tendance à monter sur « nos ergots » pour faire la leçon au monde entier, bien que mal placés, nous devons faire preuve de davantage d’humilité, de davantage de doutes que de certitudes, davantage de sensibilité que de virilité, davantage de féminité, d’écoute de l’Autre… Parce que le même processus, avec les citoyen(ne)s, acteurs de leur vies, doit irriguer la construction de l’Europe des peuples en lien avec nos frères du Sud et inventer une autre organisation à l’échelle du monde. En nous auto organisant et en articulant les différentes exigences portées par les résistances et les luttes d’ici et de là-bas afin de construire les nécessaires liens, tisser les réseaux, déplacer ainsi les lignes de forces nécessaires pour sortir de cette matrice capitaliste, pour donner du sens à notre projet émancipateur.

Cette démocratie au quotidien c’est se réapproprier nos vies dans nos maisons ou immeubles, nos quartiers, sur nos lieux de travail et c’est aussi contrôler effectivement les élu(e)s, la démocratie représentative et ce à tous les échelons. C’est redonner confiance aux citoyen(ne)s individuellement et collectivement, pour leur redonner le goût de faire de façon autonome et penser le faire. Parce que chaque espace de liberté gagné individuellement et à travers les collectifs auto organisés sont autant de points d’appui pour construire pas à pas dans le cadre de ce processus forcément long, les convergences à partir des résistances et des luttes, en expérimentant, en revendiquant le droit à l’erreur, avec des avancées et des reculs tout en ne perdant pas notre boussole… Ces points d’appui par et pour nos pratiques d’auto organisation nous « remettent en route » pour créer, inventer cet autre monde non seulement possible mais nécessaire.

Dans nos immeubles par exemple, la gestion est en général effectué par un syndic qui loue ses services, pourquoi ne pas imaginer une auto organisation, même partielle au début, pour gérer nos lieux de vies en prenant réellement en compte les intérêts collectifs des habitants, en nous organisant, en contrôlant l’exécution des décisions. De la même façon organisons nos résistances et nos luttes pour des services publics de proximité, des commerces de proximité, … qui sont autant de lieux de vies pour un bien vivre ensemble.

Dans nos quartiers déjà évoqués on peut encore imaginer des débats publics en associant des experts pour débrouiller des problèmes complexes d’aménagements structurants du quartier, de la ville, du département, de la région,… pour se forger notre opinion, faire croître notre expertise citoyenne, élaborer réellement (et non participer aux commissions qui existent, dont le rôle principal est de servir d’alibi à la « démocratie », en quelque sorte c’est « le cause toujours » et je décide) et en contrôler les applications.

C’est encore remettre au centre la démocratie dans l’entreprise pour rendre aux salarié(e)s leur dignité.

Notre anti capitalisme reste trop souvent perçu par les citoyen(ne)s comme cantonné à des slogans revendicatifs : comme celui du smic à 1500 euros. Quel est le bon niveau pour vivre dignement ? Il faut alors aussitôt lui adjoindre un revenu maximal admissible face aux rémunérations extravagantes de « capitaines » des grandes entreprises, de ceux des banques et autres traders, comme si on pouvait moraliser quelque chose qui par essence est immoral !

Ou comme celui de l’interdiction des licenciements. Ce qui est mieux que l’interdiction limitée aux entreprises qui font des profits (proposition du Front de Gauche récente) comme s’il pouvait y avoir de « bons » licenciements et d’autres qui ne le seraient pas ! Ces mesures, pour ne prendre que ces deux exemples, sont parfaitement légitimes, ce sont des urgences, mais ne constituent pas un projet et cela reste encore inféodé à la matrice capitaliste.

Ou encore celui de la grève générale, cette stratégie pour conquérir le pouvoir ne peut pas constituer notre raison d’être ! Il s’agit tout autant de savoir « pour faire quoi » ? Qui décide, portera et contrôlera ce « pour faire quoi » ? Sans irruption citoyenne toute prise de pouvoir est non seulement illusoire mais dangereuse.

D’autres mesures d’urgence sont nécessaires (liste non exhaustive bien sûr) comme :
- le rétablissement par la loi d’un statut de CDI, d’une sécurité sociale de l’emploi et de la formation pour amoindrir l’exploitation/aliénation dans le rapport de subordination du salarié(e) vis à vis du patron,
- la fin de la sous-traitance en rétablissant la responsabilité des donneurs d’ordre,
- le rétablissement effectif des droits des salarié(e)s dans les diverses instances : CE, DP, CHSCT,…
- le rétablissement d’une démocratie sociale dans les organismes de sécurité sociale, financement solidaire et protection sociale pour tous ne pouvant pas être séparés. La santé étant entendue de façon globale, en incluant les conditions de travail et le nécessaire arrêt de la compétitivité se traduisant par des conséquences dramatiques sur la santé physique et psychique des êtres humains, le pourquoi de ce travail et pour le profit de qui ?, la façon de se nourrir, de se loger, de se déplacer,…, la qualité de l’air, de l’eau,…, l’éducation à la santé, la prévention. La santé ne peut pas se limiter aux soins et ceux-ci, comme le médicament, ne peuvent pas être considérés comme des marchandises. Leur organisation comme leur gestion ne peuvent pas être soumis à la loi du marché et répondre uniquement à des normes comptables.

Ces mesures d’urgence doivent s’inscrire dans le processus d’élaboration d’un projet de sortie de la logique capitaliste par un changement radical des modes de production, d’échanges et de consommation. Ce lien entre mesures d’urgence et projet est fondamental pour donner de la lisibilité et faire renaître l’espoir, l’inventivité, pour construire collectivement un autre monde (cf. le manifeste des neufs intellectuels Antillais).

Qu’en est-il de la réduction drastique du temps de travail dans le partage des richesses, dans le partage du travail et de la disposition du temps libre, non marchand, pour s’impliquer au quotidien dans l’immeuble, sur le quartier, la cité, rêver, faire de la musique, aller au théâtre ou autre ? Bref tout simplement pour que chaque citoyen(ne) individuellement et collectivement devienne acteur de sa vie, pour redonner du sens au mot de démocratie. Parce que cette réduction du temps de travail contraint fait partie intégrante de la nécessaire répartition des richesses et parce que les richesses ne sont pas limitées au travail salarié nous devons repenser le sens que nous donnons à la richesse.

Qu’en est-il de l’objet même du travail ? Il s’agit de se réapproprier notre savoir faire, notre savoir être et ne plus s’en laisser déposséder par la logique capitaliste de l’accumulation sans limite des profits. Cette problématique est à la base de l’émancipation des êtres humains, elle passe par le dépassement du salariat, par le changement de paradigme à propos de la valeur travail et de son organisation, par l’instauration d’un revenu inconditionnel garanti, lié à la personne, pour libérer l’inventivité des êtres humains, pour rétablir les liens entre salarié(e)s, privé(e)s d’emploi (y compris les temps partiels subis), précaires et non salarié(e)s. Par un changement radical dans nos modes de production, par une autre organisation du travail où celle (celui) qui crée, à travers un collectif de travail, à reconstruire au niveau de l’entreprise, ou hors travail salarié, puisse s’approprier la conception de son travail, de son œuvre, d’évaluer l’utilité de l’objet ou du service pour la collectivité. En repensant les échanges ici et en solidarité avec là-bas tant notre responsabilité est grande en tant qu’européens car après l’esclavage, la colonisation, l’exploitation des ressources naturelles,…, aujourd’hui c’est l’exploitation des cerveaux et des forces jeunes venus du Sud versus « immigration choisie », quota, expulsions … Parce qu’il s’agit de penser la relocalisation de l’économie comme de l’agriculture (souveraineté alimentaire, AMAP, non brevetabilité du vivant, circuits courts, solidarité). De repenser l’aménagement des espaces avec l’humain au centre, de respecter les diversités culturelles et la diversité des écosystèmes, de réinventer l’habitat collectif économe en énergie, de mettre fin ici à la dispersion des zones pavillonnaires par une autre politique foncière, la façon de se transporter,…, en développant le secteur coopératif et solidaire avec les contradictions inévitables pour faire coexister cet « ilot de socialisme » dans l’océan capitaliste,…, De penser dès maintenant les mesures de conversions de pans entiers de secteurs industriels par l’inventivité des salarié(e)s, premières façons de se réapproprier l’outil de travail et de reconstruire les collectifs de travail. Nous voulons, avec juste raison, sortir du nucléaire mais nous devons aussi sortir « du tout bagnole », du militaire, de l’agro business, de la publicité, etc., etc.

Qu’en est-il du nécessaire changement radical de consommation là aussi au cœur de la démocratie ?

Cela passe par une nécessaire sobriété, une simplicité, volontaires, une véritable égalité et par l’introduction de la gratuité ou semi gratuité pour en finir avec le toujours plus, moteur de ce système capitaliste conduisant à la fuite en avant. Au cœur de cette gratuité ou semi gratuité s’inscrivent les Services Publics, dont le système de crédit et la monnaie, et les biens communs de l’humanité comme l’eau, l’air, la terre, la connaissance, la non brevetabilité de tout le vivant,… Parce qu’ils ont à voir avec les droits fondamentaux et les libertés fondamentales des êtres humains d’ici et de là-bas, ils doivent être extraits du marché, sortis de la loi de la concurrence parce qu’ils sont au cœur de ce bien vivre ensemble. Devant leur démantèlement mis en œuvre depuis des années, en les soumettant à la loi de la concurrence sauvage, nous assistons aujourd’hui à une accélération de leur destruction en les privatisant. Il est temps de les défendre par la convergence des mobilisations des salarié(e)s et des citoyen(ne)s/usagers. Nous devons collectivement redéfinir leurs périmètres, leurs missions, leur gestion par une appropriation sociale avec comme acteurs les salarié(e)s desdits services publics, les citoyen(ne)s/usagers et les collectivités territoriales au niveau le plus pertinent dans l’hexagone mais aussi au niveau européen et mondial.

Parce que nous vivons en société, sur une planète aux ressources finies, parce que nous sommes mortels, nous ne sommes que des passeurs, développons à chaque fois que possible l’échange fondé sur la valeur d’usage et le lien en pensant aux générations futures et à la bio diversité. Extrayons à chaque fois que possible le rapport marchand de nos échanges. Mettons un terme à cette société du gaspillage et du mésusage par un changement conscient de nos modes de vie.

Sortons de cette dépendance à la consommation, à celle du prêt, ce qui conduit davantage encore à serrer la corde autour du cou du grand nombre obligé à recourir à l’emprunt non pas pour vivre mais simplement pour survivre. Ces engrenages dans le « ressembler à celle ou celui du dessus », comme le déferlement de la publicité, des marques, avec les enfants pris pour cible par les annonceurs, sont le moteur qui alimente la machine capitaliste, comme si la valeur d’un être humain pouvait se mesurer à l’appropriation de biens de consommation ! Le même moteur est encore à l’œuvre dans le « consommer moins cher » car il produit tout au long de la chaine des conséquences dramatiques pour l’ensemble des citoyens (producteurs et « consommateurs ») et sur nos écosystèmes. Pour prendre l’exemple de se nourrir, besoin fondamental, il s’agit en fait d’établir le juste prix qui permette aux agriculteurs de vivre de leur travail et aux citoyen(ne)s d’ici et de là-bas de pouvoir se nourrir sainement. Sinon c’est admettre que le bio ou les produits issus de l’agriculture paysanne, dans le cadre capitaliste, soit réservé aux bobos alors que les produits de l’agro-business, bourrés d’herbicides, de pesticides, d’intrants de toutes sortes, mines de profit pour les multinationales, et autres irradiations, constitue l’alimentation « normale » pour le plus grand nombre avec les conséquences sur la santé pour les producteurs comme pour les consommateurs, les conditions de travail d’un autre temps pour les salarié(e)s agricoles sans aucune protection et à la merci de patrons voyous, la disparition des cultures vivrières, l’appropriation des terres de là-bas par cette même minorité pour faire encore et toujours du profit conduisant aux famines et autres désastres écologiques…

Bref il s’agit de se libérer non seulement dans la production mais tout autant de la production. Démocratie, égalité et solidarité, sobriété volontaire sont au cœur de notre projet émancipateur, ELLES SONT INDISOLUBLEMENT LIEES, pour faire advenir cet autre monde nécessaire.

Il est faux de dire qu’il ne se passe rien aujourd’hui pour peu que nous sortions des cercles d’initié(e)s tournés vers la course/farce électorale pour regarder vers les formes nouvelles de POLITIQUE qui se font jour, ici et là-bas : les réseaux comme RESF, les cercles de silence, les repaires, l’appel des appels pour établir les nécessaires liens entre les luttes et les résistances et renforcer l’insurrection des consciences, le mouvement de désobéissance dans l’éducation et la santé, les nouvelles formes de luttes et de résistances dans les entreprises qui licencient et délocalisent passées sous silence par les médias aux ordres, le mouvement de tous les SANS, des femmes, de lutte contre toutes les discriminations, les mouvements anti guerre, celui des peuples indigènes, celui d’expériences locales d’auto organisation (les AMAP ou sur Aix une entreprise militante comme « Ma Terre »),…

Alors comment reformuler aujourd’hui la gauche dans ce processus d’émancipation ?

Ce n’est pas celle du « socialisme réel » qui a conduit à la dictature d’une nomenklatura. La prise du pouvoir pour abattre le capitalisme par une avant-garde auto proclamée et le « passage » de la propriété privée à la propriété d’état ont tourné le dos aux plus beaux idéaux que la gauche était sensée porter, celle de l’émancipation des êtres humains. A ce titre je doute aujourd’hui que les termes de socialisme fut-il baptisé du 21ième siècle, voire celui d’éco socialisme, soient en phase avec le processus d’émancipation. Cela voudrait dire qu’après le capitalisme en crise (à combien de crises en sommes-nous ?) s’en suivrait mécaniquement l’avènement du socialisme même débarrassé des tares passées. Or, même anti nous nous référons encore à la même matrice, il s’agit de changer de paradigmes.

Ce n’est pas celle portée par les dérives de la social-démocratie. Aujourd’hui le débat n’est plus entre réforme et révolution parce que les partis qui portaient la réforme ont abandonné, les uns après les autres, PS compris, notamment depuis le tournant des années 1982-83, toute idée même de transformation, le capitalisme étant devenu pour eux l’avenir indépassable de l’humanité rejoignant en cela le fameux TINA de Reagan/Thatcher. Fidèle à cette logique ces mêmes partis parvenus au pouvoir n’ont eu de cesse d’aménager, de gérer selon les critères assignés par le système capitaliste, l’exemple le plus frappant étant celui de l’union européenne, œuvre commune de la droite et de la gauche, y compris celle de la gauche plurielle dans l’hexagone. Aujourd’hui ces partis qui se revendiquent encore de la social-démocratie ont, dans les faits, tourné le dos aux valeurs portées traditionnellement par ce courant de pensée, contenues notamment dans la notion d’Etat protecteur, pour un social libéralisme. Ils agissent depuis des années, de concert avec les libéraux de tous poils, en supprimant toutes les protections qui contenaient tant bien que mal la logique capitaliste conduisant à la globalisation et à la financiarisation de l’économie capitaliste. Ces partis portent maintenant, au nom du réalisme, un « libéralisme social » où le « social » sert de paravent à la loi sauvage du marché, ils se situent, d’eux-mêmes, en dehors de la « famille » de la gauche. Or à chaque fois que nous nous référons à ces mêmes partis (pour l’hexagone en positif versus Front de Gauche pour peser sur le PS ou en négatif versus NPA en toute indépendance de celui-ci) nous accréditons l’idée que ces organisations se situent encore à gauche et nous renforçons par la même ce que beaucoup de citoyen(ne)s pensent encore. Sortons de l’invective, sans ostracisme, ni sectarisme plaçons le débat là où il doit se situer, c’est-à-dire sur le projet collectif et commun d’émancipation des êtres humains. Parce que parmi ces citoyen(ne)s, encarté(e)s dans ces partis qui pensent encore pouvoir peser de l’intérieur, ou non encarté(e)s qui votent encore pour ces organisations, un grand nombre d’entre eux sont porteurs d’une volonté réelle de transformer la société.

Ce n’est pas davantage cette gauche productiviste versus techno scientiste que les deux branches de la gauche évoquées ci-dessus ont hélas portée. Quelle que soit la couleur ou le qualificatif la croissance marchande n’est en aucun cas la solution mais constitue bel et bien le problème parce qu’elle détruit à la fois nos écosystèmes, l’avenir des générations futures et aliène, de par l’organisation même du travail, les êtres humains en les dépossédant de leur autonomie et de leur possibilité d’auto organisation, conduisant aussi à une perte de « savoir faire », de « savoir être ».

Plutôt que de parler de gauche de gauche, de gauche radicale, d’extrême-gauche voire d’ultra gauche, la gauche aujourd’hui est celle qui s’oppose à l’ordre capitaliste pour le dépasser mais elle ne peut pas être limitée aux deux branches évoquées ci-dessus, même débarrassées de leurs tares respectives. Elle ne peut pas porter à elle seule, comme aucune organisation la composant, le projet d’émancipation. Elle doit le construire à travers un mouvement avec d’autres courants de pensée : les amis de l’émancipation selon J-L Sagot-Duvauroux, les altermondialistes, les porteurs de l’écologie politique, les objecteurs de croissance, l’ensemble des différents réseaux associatifs, syndicaux, de citoyens,…,…

Ce mouvement se situe aux confins de l’urgence climatique et de la justice sociale, pour reprendre le slogan actuel ; par la sortie du système capitaliste si nous voulons réellement dépasser le stade du slogan.

Il s’agit de construire, dans le cadre d’un processus forcément long, déconnecté des échéances électorales, ce rassemblement, ces convergences, pour élaborer nos alternatives communes. Il n’y a pas une alternative au système capitaliste mais des voies alternatives portées par différentes voix représentant ainsi notre diversité. Car il ne s’agit pas seulement d’inverser l’ordre des choses, mais bien de changer radicalement de paradigmes.

Les échéances électorales étant incluses dans ce processus et servant alors de caisse de résonance à NOS PROPOSITIONS ALTERNATIVES sans se soumettre au diktat d’institutions a-démocratiques et à leur temporalité, en gardant notre cohérence sur la durée. Parce que paradoxalement aujourd’hui seule cette utopie lucide est réaliste et non le prétendu réalisme de gestion et d’accompagnement qui nous a conduit dans le mur.

Le ferment, le moteur de ce rassemblement c’est l’irruption citoyenne, c’est la démocratie au quotidien, pour faire croître les convergences dans le cadre de ce processus continu d’expérimentations à partir des résistances et des luttes.

Pour le NPA en nous définissant « anti » capitaliste nous nous référons encore à cette matrice, à tout le moins nous devons nous définir positivement en tant qu’anti capitaliste et anti productiviste (NPAA car nos vies et notre terre valent mieux que leurs profits) POUR dépasser, sortir du capitalisme par l’élaboration de propositions alternatives à mettre en débat dans ce mouvement.

Cela passe par notre volonté politique d’agir, sans volonté hégémonique, répétons le, aucune organisation ne peut à elle seule porter l’alternative, le NPAA pas plus que d’autres, à travers ce mouvement pour construire collectivement les actions, pour faire advenir les convergences portées par notre diversité.

Cela passe par note volonté collective à dépasser la forme parti, parce que si le besoin de s’organiser est nécessaire, la forme parti n’est pas immuable, inventons une forme nouvelle d’organisation en expérimentant.

Cela passe par notre volonté politique collective de dépasser l’unité mythique qui surgit à chaque échéance électorale ou lors de conflits sociaux. Cette unité est le plus souvent réalisée sur « le contre » cf. le 29 mai, où est passée cette « unité » lors des massacres de Ceuta et Melilla de l’automne 2005 ? Quelle était la « composition » de ce non pour en arriver aujourd’hui au débat sur l’identité nationale ? Quel sens donner à « l’unité pour l’unité » ? cf. l’enterrement de première classe du mouvement social du début d’année 2009 renforcé sans doute par l’absence de perspectives alternatives.

Cessons, les uns et les autres, de vouloir faire passer notre diversité porteuse de notre véritable richesse par le chas d’une seule aiguille, quel que soit le porteur de l’aiguille.

Parce que la démocratie est au cœur du projet d’émancipation des êtres humains d’ici et de là-bas, pour un bien vivre ensemble, en pensant aux générations futures, en harmonie avec nos écosystèmes. Parce que la démocratie est notre fil conducteur, notre boussole, à la fois moyen et finalité, pour sortir de cette matrice capitaliste par essence a-démocratique.

« Il nous faudra avoir la patience de reprendre l’ouvrage, la force de refaire ce qui a été défait ; la force d’inventer au lieu de suivre ; la force d’inventer notre route et de la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiés qui l’obstruent. » Aimé Césaire

Aix en Provence, modifié le 06 novembre 2009. Fraternellement claude citoyen engagé