Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesInternational
Dans Le Monde du 20-7-2017.
"La droite ne doit pas s’éloigner du libéralisme économique"
par Virginie Calmels.
samedi 21 juillet 2018
publié par Christian Maurel

Cette conception ultralibérale de la société et de l’État a, au moins, le mérite de la clarté sur une réalité que l’on doit regarder en face si l’on veut la dépasser : le néolibéralisme ou, mieux, l’ultralibéralisme. Toutes les grandes références y sont : Lippmann, Reagan, Thatcher, Von Mises, Bastiat, c’est-à-dire les grands théoriciens et responsables politiques qui feront basculer l’humanité dans ce que Dardot et Laval appellent "ce cauchemar qui n’en finit pas". Il n’y manque que quelques grands noms : Hayek, Friedman, et bien d’autres, membres proches ou plus lointains de cette fameuse "société du Mont Pèlerin" qui formera et alimentera la pensée économique (la "vraie" dite "scientifique") de ces 50 dernières années. Et qui est allée jusqu’à préconiser, comme c’est dit dans cette contribution de Virginie Calmels, le "chèque éducation" permettant aux familles de choisir "librement" l’École et les enseignements pour donner le meilleur avenir pour leurs enfants.

Cette conception qui fait totalement l’impasse sur les effets collatéraux d’une telle politique (inégalités, destruction des écosystèmes, régression démocratique, grande pauvreté, esclavagisme moderne, aliénation du travail...) peut faire des adeptes à condition de savoir bien l’expliquer, sans retenue et sans une once de mauvaise conscience à l’égard de ceux qui en sont les victimes. Et permettre de se faire élire et même réélire sur un programme sans concession à la concurrence et au libre marché... et de plus, avec les voix de ceux qui en sont objectivement les victimes. C’est la force et "l’intelligence" des dominants que de faire accepter par les dominés, jusqu’à leur adhésion sans condition, les positions de ceux qui les dominent. Le dévoilement d’une telle supercherie relève, pour l’essentiel, de ce que nous appelons une "éducation populaire permanente et politique", qu’elle soit portée par des associations, des réseaux, des ONG et des mouvements qui considèrent qu’un autre monde et une autre humanité sont possibles et, sans doute, déjà en marche.

Christian Maurel, corédacteur du site.

Virginie Calmels " La droite ne doit pas s’éloigner du libéralisme économique "

La première adjointe à la mairie de Bordeaux et ex-numéro 2 du parti Les Républicains estime que la droite doit sortir des faux-semblants et s’inspirer d’un programme de réformes libérales à la façon de Reagan.

La droite française a les mêmes défauts que la gauche, prisonnière de ses vieux démons : l’étatisme, le culte du chef et la course après les électeurs de l’extrême. Comme l’indiquait déjà Benjamin Constant, et dans la tradition antique, ou peut-être monarchique, elle " veut que les citoyens soient complètement assujettis pour que la nation soit souveraine, et que l’individu soit esclave pour que le peuple soit libre ". Sous la Ve République, la droite française a toujours manqué de convictions libérales. L’étatisme et l’interventionnisme n’ont fait qu’affaiblir l’économie française. Cette politique a échoué. Cette attitude lui a fait perdre bien des élections, et l’avenir ne s’annonce guère différent.

Jean-François Revel ne cessait de rappeler que la droite française n’a jamais été libérale. Au pouvoir, elle a tout essayé, y compris des politiques de gauche, sauf les réformes libérales. Malheureusement, aujourd’hui encore, on se retrouve avec une droite déboussolée et paniquée, incapable de comprendre que la seule manière de récupérer ses électeurs est de leur promettre la liberté et de s’y atteler, incapable de résister à la tentation facile du populisme en adoptant cette rhétorique absurde de " cadeaux aux riches ", de " hausse dusmic " ou de " ravage de la concurrence ".

Car seul un vrai programme libéral et réformateur de la trempe de la politique menée par Reagan, voire par Thatcher, pourra s’opposer aux " marcheurs " et permettre de reprendre le pouvoir, sans pour autant s’abaisser à la démagogie ni à la facilité des consensus mous. La droite ne pourra pas réussir en continuant à se contenter de l’entre-soi d’une énarchie singulièrement pusillanime et loin des réalités de l’entreprise, de l’école ou des familles. Pour retrouver la croissance qui permettra de mieux combattre la pauvreté, la droite doit faire comprendre que la situation terrible dans laquelle se trouve l’économie française n’est pas due à l’" ultralibéralisme ", à l’Europe, à la mondialisation, aux banques, aux riches ou aux patrons, mais aux mauvaises politiques publiques, à l’État omnipotent et souvent incompétent et faible sur ses missions régaliennes, aux syndicats marxisants et à l’interventionnisme économique.

Pour retrouver la confiance sans laquelle il n’y a ni identité ni prospérité possibles, la droite libérale doit rendre leurs libertés aux contribuables qui paient trop (les prélèvements obligatoires atteignant 47 % du PIB), aux entrepreneurs qui souffrent du coût du travail français (qui augmente encore du fait de la transformation du CICE), aux salariés pour négocier avec leurs employeurs, aux agriculteurs accompagnés par la PAC, mais empêchés par tant de réglementations de faire leur métier, aux enseignants astreints par le carcan statutaire comme tant d’autres fonctionnaires qui, des personnels administratifs aux employés d’entretien de voirie, pourraient être embauchés sous statut privé.

Nous, élus, n’avons pas à craindre d’engager des réformes libérales fortes. Pour autant que nous les expliquions bien. Les chances de réélection augmentent, au contraire, plutôt qu’en s’abandonnant à des politiques à l’eau de rose. En témoignent Thatcher réélue deux fois ou la réélection des libéraux de droite ou de gauche, qui, au Canada, en Suède, au Danemark, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Australie, en Nouvelle-Zélande, ont réalisé la transformation libérale de leur pays ces vingt dernières années : réduction significative des dépenses publiques, privatisations massives, baisse drastique du nombre de fonctionnaires et ouverture à la concurrence de pratiquement tous les services de l’État.

Restauration de l’ascenseur social

Bien sûr, en France nous avons à protéger notre sacro-saint " modèle social ", et il n’est pas question de sombrer dans un libéralisme débridé à l’anglo-saxonne. Pourtant, l’important pour les citoyens n’est-il pas, non pas de protéger le service public mais bien de protéger le service au public ? D’améliorer les services rendus tout en gagnant en efficacité de cette dépense publique ? Même les militaires ne sont pas au statut de fonctionnaire, alors qu’ils accomplissent une des principales missions régaliennes. Nous devons donc redéfinir le périmètre d’intervention de l’État, sans tabou.

Une droite libérale et conservatrice doit afficher des convictions claires et fortes. Elle doit veiller de manière intransigeante au respect de l’État de droit, qui donne la même chance à chacun et le droit de s’exprimer et d’agir à tous, dans la seule limite du droit des autres et de la cohésion de la communauté nationale. Elle ne doit pas s’adonner à l’adoration stupide de l’égalité niveleuse par le bas, mais au contraire permettre la restauration de l’ascenseur social et promouvoir l’égalité des chances. Elle doit s’en remettre à la conception libérale de la liberté qui, écrivait Walter Lippmann, " ne comporte manifestement pas la promesse de rendre tous les hommes également riches, également influents, également honorés et également sages. Au contraire, ce qu’elle promet, c’est que, si les inégalités extrinsèques dues aux privilèges et aux prérogatives sont abolies, les supériorités intrinsèques pourront se manifester ".

Dans cet esprit, la droite libérale doit exprimer sans ambages son soutien aux familles et sa confiance dans leur éducation, ce qui justifierait qu’elle restitue aux parents le choix de l’école de leurs enfants au travers du " bon scolaire "ou " chèque éducation ". Une vraie droite libérale ne se contenterait pas de réformes paramétriques des retraites, fût-ce pour les égaliser, mais permettrait que chacun puisse cotiser plus librement tout en développant la capitalisation.

Elle oserait revoir le paritarisme et le " dialogue social " français, qui est en réalité un monologue confisqué par des syndicats nourris de tant d’argent public qu’ils n’ont plus besoin de rendre service à leurs rares membres. Une vraie droite serait en faveur d’une Europe des peuples et des libertés, une Europe de la concurrence saine, selon les règles du droit et selon les principes de réciprocité. Cette droite n’occulterait pas le problème de l’immigration, elle en ferait aussi un enjeu économique, comme c’est le cas dans d’autres pays comme l’Australie, les États-Unis et le Canada. Car ce que nous voulons, c’est une immigration maîtrisée et choisie. Elle encouragerait la société civile, l’entrepreneuriat et les droits individuels. Les Français savent mieux que les technocrates ce qui est bon pour eux !

Il est donc temps pour la droite française de comprendre qu’il faut sortir des faux-semblants. Elle doit lire ou relire Tocqueville et Bastiat, l’économiste de génie, méconnu en France, mais encensé à l’étranger. C’est sa seule chance pour réussir. Mais pour ce faire, il faut qu’elle porte haut ses convictions, avec courage et détermination. " Croire en la démocratie, disait Ludwig von Mises, implique que l’on croie d’abord à des choses plus hautes que la démocratie. "

Virginie Calmels.

© Le Monde


Répondre à cet article