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La solution viendra des citoyens.
Jean-Louis Laville / Le Monde du 15 mai 2016.
dimanche 15 mai 2016
publié par Christian Maurel

La solution viendra des citoyens.

Les initiatives d’économie collaborative et solidaire, comme les monnaies locales ou les circuits courts, doivent être soutenues par les pouvoirs publics.

La gauche paraît aujourd’hui se perdre dans une modernisation qui ne permet plus guère de la distinguer de la droite pour la majorité de nos compatriotes. Beaucoup nient désormais la pertinence du clivage entre droite et gauche. Face à cette situation, la relance d’une réflexion récurrente sur la gauche et le pouvoir ne saurait suffire. Il importe de se dégager un moment du spectacle politicien et de se tourner vers les mouvements de la société. Alors qu’en France, Nuit debout manifeste l’appétence pour des espaces de discussion, cette tentative prend un autre sens quand on ne se focalise ni sur l’Hexagone ni sur l’Europe et qu’on s’intéresse aux expériences menées sur divers continents, qui dessinent des repères pour une gauche du XXIe siècle.

Gouffre.

Le premier concerne l’effervescence des initiatives citoyennes sur tous les continents. C’est une véritable résurgence de l’associationnisme qui est en cours. Ce mouvement avait marqué le premier XIXe siècle puis a été occulté par le récit évolutionniste, le confondant avec un utopisme naïf et immature. C’est pourtant un phénomène du même type qui renaît aujourd’hui. Le drame est le gouffre qui sépare encore ces initiatives des pouvoirs publics. Les acteurs se méfient de la récupération politicienne et les responsables politiques négligent des actions considérées comme trop minuscules.

Or, malgré leur éparpillement, ces initiatives revêtent de l’importance parce qu’elles prouvent que les citoyens ne restent pas dans la passivité et l’attente d’une reprise qui se dérobe sans cesse. Ils s’engagent pour la résolution de problèmes publics. Toutes ces expériences ont pourtant du mal à être comprises. La multiplication des initiatives ne peut rien si elle n’est pas en mesure de peser pour des changements du cadre institutionnel. L’architecture du XXe siècle a eu pour fondation le dualisme marché-Etat, il est désormais indispensable d’inclure le pôle de la société civile, qui ne se réduit ni à un secteur privé sans but lucratif ni à une action humanitaire sans portée économique. L’attention doit se porter vers les tentatives de prise en compte de la société civile dans sa dimension publique, mais aussi dans sa -dimension économique originale.

A ce sujet, deux thèmes se précisent : les communs d’une part, l’économie sociale et solidaire d’autre part. Les formes foisonnantes d’économie collaborative réactivent une réflexion sur le commun, au-delà des droits de la propriété privée. Quant à l’économie sociale et solidaire, elle a inspiré de récentes lois et politiques publiques dans plusieurs dizaines de pays de divers continents.

Dans quelques cas, les deux convergent, comme en Bolivie et en Equateur, où les Constitutions promulguées en 2008 renoncent à viser une croissance maximale et préfèrent définir un objectif de bien vivre pour tous et toutes, ajoutant que sa réalisation suppose une économie plurielle. Autrement dit, elles reconnaissent, outre les secteurs privé et public, une économie -solidaire constituée par les dynamiques populaires et soutenue par les pouvoirs publics. Dans les finances solidaires, les monnaies sociales locales ou l’appui aux circuits courts, se teste la possibilité d’un mouvement du haut appuyant celui venu du bas.

Jean-Louis Laville.

© Le Monde


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