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Débat inter-associatif / Romans / 30-3-2017.
Le bénévolat en trois grandes questions.
Christian Maurel.
mercredi 12 avril 2017
publié par Christian Maurel

LE BÉNÉVOLAT EN TROIS GRANDES QUESTIONS.

Un certain nombre d’associations s’étaient regroupées autour de l’Université Populaire de Romans pour réfléchir sur leurs visions et pratiques du bénévolat à partir de questions élaborées collectivement lors de rencontres préparatoires. Sollicité pour réagir à ce qui allait se dire et apporter des points de vue complémentaires, j’ai pensé utile de laisser une trace qui m’est propre même si elle se nourrit d’échanges nombreux et particulièrement riches.

Question I : En quoi le bénévole trouve-t-il un intérêt à s’engager à titre individuel ? Sur le plan social ?

Pour aborder cette question, il n’est pas inutile de revenir à l’article 1er de la loi de 1901 qui définit assez précisément ce que l’on doit entendre par association : « L’association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices ».

Si le but du regroupement associatif n’est pas le partage de bénéfices – sous-entendu, financiers - quels peuvent être les buts ? Ce sont ceux qui sont définis dans l’objet social de l’association. Ils indiquent la raison sociale du conventionnement associatif qui lie deux ou plusieurs personnes. Il n’est pas inutile de rappeler, pour faire pièce à une confusion assez courante, que l’association peut être amenée à faire des bénéfices… qui ne doivent en aucun cas faire l’objet d’un partage entre ses membres mais être uniquement utilisés à la réalisation de l’objet social. C’est ce que signifie l’expression « sans but lucratif ».

Les buts définis dans l’objet social statutaire sont très différents. Cela peut aller de la défense du prénom « Mireille » (ce n’est pas une boutade) à un projet qui se met au service de l’intérêt général et qui, à ce titre, peut recevoir des soutiens publics, notamment financiers. A titre d’exemple, le projet d’éducation populaire de nombreuses MJC : « développer les aptitudes individuelles, former des personnalités, se préparer à être des citoyens actifs et responsables d’une démocratie vivante ».

Quel intérêt pour le bénévole de s’engager, à titre individuel et librement, dans un projet collectif de type associatif ? Les raisons et les intérêts sont très nombreux et il serait bien difficile d’en faire une liste exhaustive. Chacun peut être invité à rechercher en lui-même, par introspection, ce qui l’a conduit ou le conduit encore à s’engager bénévolement dans une association, dans celle-ci plutôt que dans une autre. Plusieurs réponses, de natures très diverses, ont été apportées lors du débat.

Au-delà de la réalisation de l’objet social défini dans les statuts de l’association – qui est quelques fois connu et perçu avec beaucoup d’approximations – les raisons de l’engagement des bénévoles sont aussi diverses que de « trouver une place dans la vie, dans la société », « sortir de chez soi pour aller vers les autres », « se sentir utile », « transmettre ce que l’on sait ou sait faire », « créer du lien social » dans une société de plus en plus marquée par ce que l’on pourrait appeler, dans un bel oxymore, « un individualisme de masse », si bien que le bénévolat tient souvent plus à la recherche et au maintien de ce lien qu’à la réalisation de l’objet social de l’association dans laquelle on a décidé d’agir… C’est donc souvent une affaire de plaisir, de « goût de l’effort, de solidarité et de convivialité » comme cela a été dit par un président d’association sportive. « Ça fait du bien au moral » comme cela a été également dit, car cela apporte un sentiment positif d’exister que l’on ne trouve pas toujours dans d’autres espaces et moments de la vie, notamment dans le travail et dans les tâches quotidiennes.

Mais très souvent l’intérêt du bénévole va bien au-delà, sans que cela contradictoire avec ce qui vient d’être dit, comme par exemple répondre à un besoin individuel ou à une attente particulière dont on pense qu’ils trouveront une réponse plus adaptée, plus efficace et plus rapide dans un regroupement associatif (cas des victimes des maladies rares luttant pour des avancées dans la recherche médicale) mais également contribuer, dans les limites de ce que chacun peut apporter (pensons à l’image du colibri qui apporte sa petit goutte d’eau pour lutter contre l’incendie qui ravage la forêt), à transformer ce qui ne peut rester en l’état, comme la pauvreté, les inégalités, l’échec scolaire, la dégradation de la planète et du cadre de vie, l’émancipation des peuples (pensons à l’Association Internationale des Travailleurs de 1864)… que sais-je encore, tant les raisons de s’engager sont nombreuses aujourd’hui au regard d’urgentes et brulantes questions de société. Nous sommes là dans la dimension « politique » (au sens non partisan du terme) de l’engagement bénévole qui, au moment où nous parlons, peut être amené à trouver toute sa place dans une période d’affaiblissement des deux autres « piliers de la République » que sont les syndicats et surtout les partis politiques.

Mais il peut y avoir d’autres raisons moins avouables et surtout moins désintéressées de s’engager bénévolement dans une association comme avoir de la notoriété, du pouvoir ou se rapprocher des lieux de pouvoir pour, éventuellement, en tirer quelques bénéfices symboliques voire matériels. Les associations, notamment les plus importantes en moyens gérés et en audience, ne sont pas totalement à l’abri de détournements de leur objet social par des responsables « bénévoles » peu scrupuleux. Nous ne donnerons pas d’exemple. Mais chacun peut en avoir en tête. Quels contrefeux à ces dérives certes peu nombreuses mais toujours préjudiciables au mouvement associatif ? La réponse est pour l’essentiel dans la pratique démocratique de l’association elle-même : respect des statuts et des règlements intérieurs (adhésions, élections, tenue des instances délibérantes et publicité des décisions, quorums pour pouvoir délibérer), respect des lois qui s’appliquent à tous même quand on est bénévole, transparence dans la gestion financière, séparation des responsabilités et des pouvoirs entre salariés et élus associatifs bénévoles, entre le « politique » et le « technique », entre le décisionnel et l’opérationnel, soumission aux contrôles règlementaires…

Question II : Quel engagement, quelles compétences, quelle formation pour les bénévoles ?

Pour pouvoir répondre plus clairement à cette question, il n’est pas inutile de distinguer le militant, l’élu associatif et ce que l’on pourrait appeler le bénévole « opérationnel », la même personne pouvant rentrer dans ces trois groupes.

Le militant, c’est celui qui agit pour une cause, s’organise et est organisé pour cela, se met en quelque sorte en ordre de marche (militant a la même racine latine « militare » que soldat appelé à faire son service militaire et la guerre) pour livrer un combat dans la durée par sa parole (il s’agit souvent de convaincre, de mobiliser), par ses actes (dimension d’exemplarité du militant) et dans une certain discipline individuelle et collective. Ainsi parle-t-on de « militant syndical et politique » et par extension de « militant associatif », par exemple de défense des droits de l’Homme, des réfugiés, ou encore d’éducation populaire quand celle-ci se donne pour mission la conscientisation, l’émancipation, l’engagement au service d’une transformation sociale et politique jugée nécessaire et juste.

L’élu associatif est mandaté par les adhérents membres de l’association, choisi démocratiquement (le vote) par eux pour gérer et administrer l’association (on parle souvent d’administrateur élu) conformément à ses statuts, aux objectifs définis en assemblée générale (rapport d’orientation) et, éventuellement, aux conventions passées avec des partenaires publics (municipalités, départements, régions, Etat, Europe…). L’élu associatif doit rendre des comptes, notamment aux membres de l’association dans le cadre d’assemblées générales annuelles sous la forme de rapports moraux d’activité et financiers qui sont soumis au débat et au vote pour approbation ou modification. A ce titre, il intervient prioritairement dans l’espace décisionnel de l’association (bureau, conseil d’administration, assemblée générale, commissions préparatoires), ce qui ne lui interdit en rien d’intervenir dans l’espace opérationnel (cas d’un président d’association socioculturelle par ailleurs animateur bénévole d’un labo photo). L’engagement du bénévole associatif est à durée variable selon ce que stipulent les statuts et les règlements des instances délibérantes qui les complètent. En cela, sa responsabilité et son engagement a quelque chose de comparable à celui des élus du suffrage universel, d’où le passage courant de l’un à l’autre comme on peut le constater au moment d’élections locales. Dans ce cas tout-à-fait légitime (la vie associative est un réel espace de formation des futurs élus), il est recommandé aux candidats qui auraient des responsabilités associatives de se mettre en vacance de ces responsabilités le temps de la campagne électorale, ceci afin de ne pas engager l’association dans des choix « politiques » partisans qui ne sauraient être les siens .

Le bénévole proprement dit que nous nommons « opérationnel » (même si les militants et les élus associatifs sont également des bénévoles, à l’exception de professionnels qui dans certaines fédérations et mouvements peuvent être également élus et militants) est celui auquel on pense en priorité quand on parle de bénévolat. Il donne de son temps dans la réalisation concrète de l’objet social et des objectifs de l’association dont il est généralement adhérent. Il arrive en complément du travail des salariés quand il y en a. Il agit dans l’espace opérationnel souvent le plus visible pour les adhérents et les bénéficiaires de l’association. On pourrait même aller jusqu’à dire qu’il est productif, que par conséquent il travaille, ce travail pouvant être valorisé dans les comptes de résultats financiers de l’association, ce qui est à la fois une manière de reconnaitre ce travail et ceux qui le font, et de montrer toute la pertinence de l’association au regard des services rendus et en comparaison avec ce que pourrait ou ne pourrait pas faire un service public. A l’échelle nationale, on évalue l’apport de ces bénévoles à 1200 000 emplois équivalent temps pleins. S’ils se mettaient en grèves, le pays en pâtirait au point où de nombreux services ne seraient plus rendus et que le tissu social partirait rapidement en lambeaux.

Ces trois formes d’engagement sont différentes même s’il est très courant de les trouver dans la même personne à la fois militante, élue associative et bénévole « opérationnelle ». On peut même assister à des parcours d’engagement qui peuvent conduire quelqu’un de la posture de bénéficiaire à celle d’adhérent puis de bénévole actif et d’élu associatif, voire de militant. La vie associative est en soi un espace de formation au double sens d’appropriation de savoirs et de savoir faire, et de prise de responsabilité par l’engagement que ces différentes pratiques et actions permettent, formation qui peut, dans certains cas, faire l’objet d’une Validation des Acquis de l’Expérience, enrichir des parcours professionnels, conduire à d’autres responsabilités dans d’autres secteurs de l’activité humaine. Cette idée de l’association comme espace de formation a été évoquée dans le débat comme une des « vertus » essentielles de la vie associative.

Mais nous n’oublions pas la question : quelles compétences et donc quelles formations pour le militant, l’élu associatif et le bénévole « opérationnel » ?

Le militant doit avoir une compréhension aussi claire que possible de la cause pour laquelle il milite, de ses tenants et de ses aboutissants, également de sa pertinence au regard des évènements et, à chaque fois, de l’adéquation entre cette cause qui le dépasse et ses intimes convictions. Le militant est régulièrement soumis au doute. Il peut même être amené pour des raisons diverses à tourner le dos à des engagements de longue date et éventuellement d’en choisir d’autres très différents, voire radicalement opposés. Pour le comprendre, il suffit de penser à l’engagement politique qui peut être sujet à d’étonnants retournements de l’histoire d’une vie et même de l’histoire tout court.

Pour le militant, sa formation se fait principalement dans le débat, dans le partage et l’échange, dans l’action collective, qui peuvent s’accompagner de formations mises en place par le mouvement, la structure et l’association dans laquelle il milite. Autrement dit les formations militantes sont souvent internes, « maison », et assurées par des militants plus anciens, plus aguerris, engagés dans des responsabilités plus importantes. Les associations forment-elles des militants et de quelles manières ? Il faudrait faire des études approfondies tant sont différentes les raisons de s’engager, l’esprit et les manières de pratiquer des associations… qui sont, sans doute, un vivier pour d’autres engagements (syndicats, partis politiques, mouvements sociaux…) et quelques fois des espaces de militance nouveaux pour des personnes qui ont déjà beaucoup milité et qui trouvent là plus de sens à leurs engagements. Une question : forme-t-on réellement quelqu’un à avoir des convictions et à s’engager pour elles - et le militantisme est d’abord affaire de conviction - alors que la formation est pensée principalement comme un apport et un partage de savoirs et de savoir-faire ? Peut-on parler d’une « professionnalisation » des militants ? Quand ces derniers franchissent le pas et deviennent des salariés, on emploi le terme de « permanent » (syndical, politique…) et non celui de « professionnel » qu’il convient de réserver à des bénévoles élus ou opérationnels qui deviennent des salariés et pour lesquels doivent exister des formations qualifiantes évaluables en termes de savoirs, de savoir-faire et de compétences correspondant à des profils de postes.

Pour l’élu associatif, il s’agit de savoir s’exprimer, analyser, proposer, délibérer et décider démocratiquement conformément aux statuts et règlements en vigueur. Ses compétences sont « politiques » et « administratives ». Elles s’expriment, pour l’essentiel, dans l’espace décisionnel de l’association : assemblées générales, conseils d’administration et bureaux avec pour ceux-ci des postes de responsabilité définis (président, secrétaire, trésorier qui requièrent souvent des compétences plus techniques). Comment s’y forme-t-on ? Par la pratique associative elle-même, souvent par étapes : groupes de travail, commissions, conseils de maisons ou de jeunes dans certaines équipements de proximité, juniors associations…. Car une des grandes questions soulevée lors du débat a bien été celle du vieillissement de bénévolat et donc de son rajeunissement et de son renouvellement. Dans cette formation des élus associatifs qui ont la lourde responsabilité d’assurer la bonne gestion (on parle même de « gouvernance associative ») et la pérennisation de l’association, les réseaux fédératifs départementaux, régionaux et nationaux ont un grand rôle à jouer d’autant que des moyens financiers publics existent même s’ils sont insuffisants, comme le Fonds pour le Développement de la Vie Associative du Ministère de la Ville et de la Jeunesse et des Sports.

Pour le bénévole « opérationnel », les compétences attendues sont plutôt d’ordre technique. Cela peut aller de ce que l’on sait faire parce que on le fait tous les jours ou bien qu’on l’a appris dans son métier (accueillir, préparer des repas, tenir une permanence, installer une exposition, organiser une fête…) à des choses plus complexes comme tenir une comptabilité avec compte de résultat et bilan, faire des demandes de subvention (on voit là que l’élu associatif et le bénévole opérationnel sont très proches jusqu’à n’être souvent qu’une seule personne), faire des conférences « savantes » et animer des débats, créer un site internet pour l’association, ses adhérents, bénéficiaires et partenaires… Très souvent, le bénévole « opérationnel » se met immédiatement au service de l’association avec les forces physiques et intellectuelles qui sont les siennes au moment où il s’engage. Mais rien n’interdit de l’accompagner (c’est le rôle des bénévoles plus aguerris) et de lui proposer des formations à la fois « techniques » et « politiques » lui permettant d’agir réellement en cohérence avec le projet associatif et les élus qui le portent… pour ensuite, éventuellement, s’engager plus avant et prendre des responsabilités d’élu, voire de devenir un militant. Combien de responsables associatifs, qui ont un jour poussé la porte pour donner un peu de leur temps et un « coup de main », se retrouvent ensuite au conseil d’administration, au bureau et même dans les instances fédérales ! Peut-on parler d’une forme de « professionnalisation du bénévolat » comme on l’entend dire quelques fois ? Le terme semble inapproprié. Le professionnel est un salarié lié par un contrat de travail avec son employeur, y compris dans les associations, alors que le bénévole garde sa liberté, y compris celle de se désengager. Si contrat il y a avec l’association, celui-ci est avant tout moral, dans une responsabilité partagée qui repose sur la confiance et le respect à la fois des personnes, des valeurs et du projet associatif. Le bénévolat, cela se valorise et cela s’entretient. La formation de quelque nature qu’elle soit doit pouvoir y contribuer. C’est un moyen de répondre à une question qui s’est posée dans le débat : comment susciter le bénévolat et donner envie de s’engager ? Pour certains, c’est par la création d’un « climat favorable » permettant à l’arrivant de se sentir bien, à l’aise, d’accueillir sa proposition comme un don (on pense à la théorie de l’échange-don du sociologue Marcel Mauss), de lui donner toute sa place. On retrouve ici ce qui a été évoqué en début de soirée : le lien social, l’accueil, la convivialité, l’échange, le plaisir de faire ensemble… qui sont le « carburant » permanent de l’engagement associatif et de la vitalité des associations.

Question III : En quoi et comment le bénévolat est-il un enjeu citoyen ?

La réponse à cette question dépend de ce que l’on entend par citoyenneté. On ne peut la réduire à la civilité au sens de reconnaître l’autre comme un autre soi-même et de lui en donner les signes (par exemple, la politesse et l’assistance), ni au civisme qui consiste à respecter et à faire respecter les lois et les règles en cours. Même si la civilité et le civisme participent de la citoyenneté (et les associations y contribuent par la création et le maintien du lien social ainsi que par le respect des règles sans lesquelles des rapports sociaux viables et respectueux des personnes seraient impossibles), la citoyenneté véritable consiste à concourir directement ou indirectement à la défense et à la création du droit. « Est citoyen celui dont la volonté crée du droit » dit le philosophe Louis Sala-Molens.

Ainsi, sans abandonner la civilité et le civisme, le bénévolat associatif devient un engagement citoyen chaque fois qu’il défend les droits de ceux qui en sont privés (se nourrir, avoir un toit, un travail, une sécurité sociale, accéder au savoir, aux soins, aux loisirs, aux vacances, participer à la vie sociale et politique…) et qu’il contribue à créer de nouveaux droits (par exemple, un cadre de vie et un environnement sains, la reconnaissance et la liberté d’expression des minorités, des aides sociales en fonction de ses besoins et des revenus, les droits à la contraception et à l’avortement comme ce fut le cas dans les années 1960-70 et pour lesquels les associations jouèrent un rôle important…).

Le bénévolat devient un enjeu de citoyenneté chaque fois que les associations se donnent un rôle « politique » au sens non partisan du terme mais au sens d’une implication réfléchie, responsable et active des citoyens dans la vie de la cité. On dira à ce moment là quelles ne se préoccupent plus seulement de répondre à des attentes et à des besoins particuliers, par ailleurs tout-à-fait légitimes (loisirs sportifs ou culturels, rencontres festives, voyages et découvertes…) mais qu’elles œuvrent pour l’intérêt général en s’emparant de grandes questions de société comme la pauvreté ici et dans le monde, l’intégration sociale de ceux qui se trouvent isolés ou en situation d’exclusion, la nécessaire reconstitution du lien social (et cela peut passer par les loisirs), la protection de l’environnement et la promotion des énergies propres…

Il y a trois manières très complémentaires et qui peuvent exister dans la même association de s’emparer des questions de société et de faire des bénévoles (militants, élus associatifs, bénévoles « opérationnels ») des citoyens actifs et acteurs de la chose publique. Nous dirons que la première manière est intellectuelle et politique. Elle procède pour l’essentiel par le partage des savoirs, le débat public, la réflexion critique, la confrontation contradictoire des propositions. Sa visée est conscientisante et émancipatrice, chacun pouvant ensuite se faire son opinion et agir en conséquence. La deuxième manière est de s’attacher à faire des membres de l’association des citoyens actifs et responsables de leur association par la pratique de la démocratie à tous les niveaux notamment dans les instances délibérantes préparatoires (les groupes de travail et de réflexion, les commissions) et décisionnelles (assemblées générales, conseils d’administrations, bureaux, recrutement et emploi des salariés). Comment en effet prétendre former à l’engagement citoyen si on n’est pas déjà citoyen dans son association ? Enfin la dernière manière de répondre de cet enjeu citoyen – et ce n’est pas la moins importante car elle apporte des réponses directes et visibles aux questions de société – consiste à mener des actions concrètes : l’aide aux plus démunis, la lutte contre l’illettrisme, la formation, l’accompagnement des jeunes et des moins jeunes à l’emploi, la « popularisation » (mot couramment utilisé dans les années 1930) des savoirs, de la culture et des loisirs, la création de structures, par exemple une épicerie solidaire… et cela peut aller jusqu’à la formulation et la promotion d’un projet de loi à soumettre aux élus du suffrage universel comme on a pu le voir avec l’accès au logement et l’éradication de la grande pauvreté.

Au moment où les partis politiques s’affaiblissent et où ils ont de moins en moins la reconnaissance de la population, notamment des jeunes, les associations ont sans aucun doute un rôle décisif à jouer en conduisant leurs bénéficiaires, adhérents et bénévoles à co-élaborer les politiques publiques et à devenir ainsi des acteurs d’une démocratie réellement participative et contributive dans laquelle chaque voix (au sens de parole et pas seulement de bulletin de vote) est appelée à compter.

Au terme de ces deux heures de débat, nous pensons avoir apporté quelques éléments de réponse à la question que nous avions formulée lors de nos échanges téléphoniques préparatoires : En quoi et comment les militants, bénévoles et élus associatifs s’emparent-ils des questions de société et œuvrent-ils par leurs engagements à l’intérêt général tout en répondant à des attentes et à des besoins particuliers ?

Christian Maurel, sociologue, président honoraire du Fonds de Solidarité et de Promotion du Mouvement Associatif PACA. Dernier ouvrage paru : Éducation populaire et questions de société. Les dimensions culturelles du changement social, éditions Edilivre, 2017.


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