Education populaire & Transformation sociale !
Offre Civile de Réflexion
Accueil du siteThèmesPratiques artistiques
Cet été dans les quartiers d’Avignon :
"Les Arts au Coin de Ma Rue"
Equipements de proximité, structures culturelles et artistes travaillent ensemble.
mercredi 28 juin 2017
publié par Christian Maurel

A Avignon, il n’y a pas que le festival intramuros qu’il soit "in" ou "off". Il y a, déjà depuis de nombreuses années, une vie culturelle que l’on pourrait qualifier de "off off", qui entend associer des acteurs sociaux (centres sociaux, Espace Social et Culturel/MJC, maisons de quartiers) et des acteurs culturels (compagnies, artistes, structures de démocratisation et de formation...) et y impliquer en des lieux différents (dans les équipements, sur les places, dans la rue, au pied des immeubles...) une population pour qui la culture est souvent considérée comme quelque chose qui appartient aux autres, parce que faite par et pour ces mêmes autres.

Ça n’est pas entièrement nouveau. La MJC de la "Croix des oiseaux" est connue pour avoir été de longue date un "foyer" d’agitation culturelle ouvrant des débats au moment de la contestation du Festival en 1968, au motif que toutes les formes artistiques n’y avaient pas leur place à coté des grandes œuvres de l’humanité. Bien plus tard, un camion de sable versé dans sa salle polyvalente devenait le temps d’un été un espace de libre création. Olivier Farge y expérimenta avec des jeunes des quartiers sa "danse voltige" avant qu’à la faveur de la toute jeune politique de la ville et de son "volet culturel", Armand Gatti et la "Parole errante, ne créent en six mois de résidence "Ces empereurs aux ombrelles trouées" avec 17 jeunes pour la plupart en déshérence. Cette création fut présentée dans le "in" du festival, fit couler beaucoup d’encre et se déplacer les plus hautes autorités de l’État culturel et social, Lang, Delebarre, Madame Mitterrand, pour ne citer que les plus connus.

Deux ans plus tard, c’est la compagnie Ilotopie, bien connue des amateurs du spectacle de rue et des interventions dans les lieux publics les plus divers, qui présente, dans ce même quartier de la Croix des Oiseaux, son "champ d’expérience 1er" sous la forme d’un itinéraire artistique dans une tour abandonnée et promise à la démolition. Paul Blanc, directeur très actif et particulièrement créatif de la "MJC de la Croix" dit alors, dans le langage imagé qui est le sien, que désormais "Avignon est enceinte de sa banlieue" et que la "culture, c’est comme un démonte-pneu sculpté : ça ne sert à rien mais c’est quand même quelque chose".

A prés bien des aléas (destruction des locaux de la MJC ne répondant plus aux normes de sécurité, prise en gestion du centre social, nouvelle appellation de l’association MJC devenue "Espace Social et Culturel de la Croix des Oiseaux"...), c’est ce "quelque chose" - cette culture qui ne sert à rien mais qui apparait aussi nécessaire que l’air que l’on respire - que l’Espace Social et Culturel affilié à la Fédération Française des MJC n’a pas voulu voir disparaitre. Michel Gazi, son équipe professionnelle, bénévoles et les membres élus du conseil d’administration ont commencé par accueillir, au moment des repas, des artistes du "off", en quelque sorte, à échanger cuisine et culture dans des moments de convivialité et de partage propices à l’expression artistique, à la création et à la participation active des habitants.

Ainsi sont nés "les Arts au Coin de Ma Rue" rassemblant structures sociales et socioculturelles de proximité, compagnies artistiques et acteurs culturels, y compris le Conservatoire du Grand Avignon. Le projet s’étend sur l’ensemble des quartiers d’Avignon, fait se rencontrer et travailler ensemble des acteurs, associations, artistes, et surtout habitants qui sans cela seraient restés ignorants les uns des autres. La charte (voir document joint) qui lie toutes ces forces, témoigne de cette volonté que l’on peut qualifier à la fois de sociale, de culturelle, d’éducation populaire mutuelle et de politique au sens de participation à la vie de la cité. Avignon est à nouveau enceinte de sa banlieue...

L’Espace Social et Culturel de la Croix, récemment labellisé "Fabrique d’Initiatives Citoyennes (le ministre, Patrick Kanner est venu couper le ruban) est la cheville ouvrière de ce collectif sous l’impulsion de son nouveau directeur, Mike Wright, et de Chloé Garrido, récemment recrutée pour assurer la coordination d’un programme d’été particulièrement fourni (voir documents joints) et qui mobilise à ce jour 15 structures et 18 artistes ou groupes d’artistes intervenants.

A Avignon, comme partout ailleurs, la culture "ne sert à rien". Il n’est pas question de l’instrumentaliser. Mais "c’est quand même quelque chose" qui nous rend plus fort, nous fait résister à la mort en tissant en permanence nos vies, quelque chose comme "un anti destin" aurait sans doute dit Malraux....

Christian Maurel, sociologue accompagnant cette expérience pour le compte de la FFMJC sur un financement ministériel (Fonds National de la Vie Associative).


Répondre à cet article
Documents joints à cet article :
Images jointes à cet article :
  • Taille : 1280 par 720
  • Poids : 290.9 ko
  • Format : JPEG
  • Taille : 2381 par 842
  • Poids : 1.1 Mo
  • Format : JPEG
  • Taille : 2697 par 1353
  • Poids : 1.2 Mo
  • Format : JPEG