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Les "INDIGNéS" A LA RENCONTRE DES HABITANTS DU "JAS DE BOUFFAN", QUARTIER D’AIX-EN-PROVENCE.
"Démocratie Réelle Maintenant".
dimanche 15 avril 2012
publié par Christian Maurel

Troisièmes rencontres avec les habitants du Jas de Bouffan. Samedi 31 Mars 2012.

On attendait du monde sur l’espace nouvellement baptisé « place des dauphins ». Et il faut bien dire qu’à 11h les organisateurs étaient un peu inquiets et avaient peur de se retrouver entre eux, alors que le couscous commençait à mijoter bien gentiment. Le journaliste de La Provence a dit qu’il repasserait un peu plus tard.

Les questions habituelles surgissent : comment aller à la rencontre des habitants ? Comment faire sans faire à la place de ceux qui sont appelés à prendre la parole ? Discuter, oui mais de quoi ? De tout ? Ne fallait-il pas avancer plus clairement des thématiques de discussion qui auraient pu susciter l’envie de venir débattre ? Mais en choisissant des thèmes –par exemple, les incivilités, la jeunesse, la casse des services publics – n’est ce pas déjà orienter le débat ? Et pour organiser et solliciter la participation, ne fallait-t-il pas mieux travailler en amont avec des habitants et les structures associatives de proximité ? Reconstruire du lien social ? Oui, mais pourquoi faire et par où commencer ? Et puis n’y en a-t-il pas déjà ?

Vers midi, la bonne humeur est revenue avec le soleil qui commençait à réchauffer et à illuminer le lieu et ses installations. Les organisateurs (« Démocratie réelle maintenant » notamment) dont il faut saluer l’engagement et la détermination, ainsi qu’Anonymal TV, ont vu progressivement arriver quelques habitants des immeubles, des individus, des petits groupes. Les films réalisés en amont ont suscité de l’intérêt. C’était déjà une participation, des paroles et une expression citoyenne qui en disait beaucoup, avec clarté, positions différentes quelques fois contradictoires, suscitant la discussion. A l’évidence les résidents présents s’y reconnaissaient tandis que d’autres venus d’ailleurs découvraient, pouvaient comparer avec leurs situations vécues, entrer en empathie voire en sympathie. C’est cela aussi le lien social et faire société.

On avait prévu de faire trois tables rondes en simultanée. On a finalement décidé d’en faite une seule et de ne pas se séparer, une microsociété en quelque sorte de gens de là et d’ailleurs qui se sont mis à témoigner, à se parler et à interroger. Qu’a-t-on dit ?

Les points de vue sur la vie au Jas de Bouffan sont pour le moins contrastés. On s’y sent plutôt bien même si quelques fois on se sent un peu abandonné et que les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes, sauf quand une classe est menacée de fermeture ou qu’une famille est durement éprouvée par la mort accidentelle d’un enfant. Les jeunes ont peu d’espaces de loisirs, certains sont sans réelles perspectives, ce qui peut expliquer leurs incivilités qui préoccupent certains sans réellement inquiéter les autres. Garages squattés, rez-de-chaussée d’immeubles occupés, trainer comme on peut, aller sur les Allées Provençales rien que pour regarder parce que l’on n’a pas d’agent et que l’on ne voit pas comment transformer son quotidien… sont les remarques qui viennent assez souvent. La plupart pensent qu’il ne faut pas laisser les choses se dégrader, les personnes comme leurs espaces, que d’une élection à une autre on redit les mêmes choses et que rien ne change vraiment.

On avait prévu de parler des incivilités, des jeunes et des services publics. Et finalement en parlant essentiellement des jeunes et des problèmes d’éducation on a un peu parlé de tout ça à la fois. Sur l’éducation, les analyses et propositions sont contrastées. Entre ceux qui pensent qu’il faudrait revenir à la discipline, aux sanctions pour apprendre très tôt la vie et ses règles, et même à l’uniforme pour qu’il y ait une égalité de tenue et de traitement, et ceux qui revendiquent une pédagogie de l’expression, de l’éveil et l’affirmation créatrice de sa différence, il y a un grand écart qui suscite des débats vifs, argumentés, contradictoires mais en même temps de l’écoute et de tolérance, y compris envers ce qui peut heurter.

On invite à faire des propositions. Répondons à la question : si j’avais une baguette magique que ferais-je ? Beaucoup de réponses : que les jeunes soient plus heureux car ils sont la France et la République de demain ; recréer des espaces de rencontre et des lieux d’activité et d’expression à la dimension de l’importance et de la diversité de la population (plus de 30 000 habitants de conditions et d’origines différentes) , le tout encadré par des éducateurs, des médiateurs et des animateurs, car le Centre social ne peut pas tout faire ; avoir plus de vie, plus de gaité, plus de musique, avoir des endroits pour « diriger sa vie » tant personnelle que professionnelle ; que les jeunes (toujours eux) puissent se faire entendre, mais par qui ? Qui peut les représenter ? Les partis politiques ? (Certains élus sont présents et le journaliste est revenu). Les associations ? Certains pensent que ces organisations luttent plus entre elles que pour le bien des gens.

Mais « la politique, ça n’est pas que les partis » disent deux personnes. « C’est d’abord nous ici assemblés et en discussion…n’attendons pas, pour commencer à faire, que d’autres pensent et fassent pour nous et à notre place ».

Mais il est déjà 13 H 30 et il y a beaucoup de monde en discussion par petits groupes, verre à la main et autour du couscous qui fleure bon. On décide de reprendre le débat général plus tard, de voir le petit spectacle sur la dette, de partager le repas tout en regardant, pour ceux qui viennent d’arriver, les vidéos réalisées par Anonymal TV. La convivialité a pris le pas sur les discussions graves et sérieuses. Mais les gens se parlent et c’est essentiel. Combien de personnes ? On avait prévu cinquante assiettes lavables pour servir le couscous. Il n’y en a pas eu assez et il a fallu se rabattre sur des assiettes en plastique… La discussion reprend ensuite en grand groupe. Comment « donner de la force à des gens » quand la satisfaction de leurs besoins est un combat quotidien ? Ne faut-il pas plus de policiers de proximité pour leur assurer une vie plus sereine ? Ne faut-il-pas renforcer l’éducation qui permettrait à chacun de se construire, d’accéder à des savoirs, et ainsi de mieux conduire sa vie en pouvant faire face aux difficultés ? Comment continuer la réflexion de ce jour et passer à la vitesse supérieure ?

En conclusion/résumé des débats, l’idée de cahiers de doléances, de propositions et de revendications pouvant ouvrir sur des États généraux des quartiers est avancée. Sans que cela ait donné lieu à discussion.

Christian MAUREL.