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DANSE
"MARY WIGMAN" EN SORTIE DE RESIDENCE
Bien fait ! à Micadanses
samedi 28 septembre 2019
publié par Madeleine Abassade

Ce soir c’était la dernière de Bien fait ! sorties de résidences de jeunes danseurs-chorégraphes, à Micadanses, lieu de l’Association pour le développement de la danse à Paris . La salle, pourtant inconfortable était pleine à craquer pour "Etudes wigmaniennes” transmises par la chorégraphe Aurélie Berland à la danseuse Anne-Sophie Lancelin [1]

La danseuse et chorégraphe Mary Wigman

On pouvait s’attendre à voir un morceau d’anthologie de l’allemande Mary Wigman, grande inventeuse d’une danse expressionniste, précurseur de la danse moderne dès les années 1920, où tout était possible : les corps non soumis à la musique, évoluant dans la nature, dont le souvenir de sa « danse de la sorcière », créée en 1914, le visage couvert d’un masque sous lequel se devinait la grimace, elle avançait par reptations au son d’un gong aigu. Elle était en rupture totale avec les codes de la danse occidentale académique héritière des danses de cours de la monarchie.

Elle s’était intéressée aux danses collectives et aux pratiques des amateurs. Elle avait aussi privilégié la danse personnelle, l’expression de l’individu. Après 1933, la montée du nazisme avait rejeté son enseignement. Demeurée en Allemagne, Mary Wigman conçu pour les Jeux olympiques de 1936 Totenklage [lamentation des morts]-une pièce pour quatre-vingt femmes évoquant les soldats morts durant la Première Guerre mondiale-avant que son esthétique ne soit rejetée, en 1942, par Joseph Goebbels [2]

Une danse savante sans chichi

Ce soir, pour Etudes wigmaniennes, c’est la transmission de l’héritage du style de l’ écriture chorégraphique de Wigman. Sous les lumières subtiles de Flore Dupont, la jeune danseuse Anne-Sophie Lancelin est dotée d’une grande technique de la danse moderne, à ne pas confondre avec la danse contemporaine, et d’une mémoire phénoménale. Il semble qu’on peut la regarder pendant longtemps.

Sans hystérie, sans séduction, sans chichi, sa danse est sobre et complexe d’un corps entrainé, savant, intelligent, souple et précis, métronomique. Elle danse des partitions chorégraphiques d’études de Gundel Eplinius ancienne élève de Wigman, qui traversent sept thèmes : « balancer, le sol, la tension, sauter, marcher, vibrer et glisser ». Comment des mots aussi évidents peuvent-ils produire des mouvements dans l’espace qui font oublier ceux du quotidien ?

La réalité suspendue

Sans référence au classique, chaque geste de l’ordinaire est sublimé, amplifié, suspendu, précis, chaque enchainement, chaque déplacement transforme tout, parait conduire ailleurs. Cette transcendance parfaite de la technique qui lisse l’esthétique, renvoie à la notation chorégraphique utilisée pour ce spectacle, celle cinétique et compliquée de Rudolf Laban (1889-1958) qui avait observé des ouvriers devant leurs machines. Son regard distancié, froid, sur le vivant et le monde. Une rencontre avec la chorégraphe Aurélie Berland nous apporte un éclairage sur son choix de nous donner à voir un moment de danse si fort, si précis, qui renvoie au livre de Laure Guilbert : danser avec le 3° Reich...

M.A

- Le site de Micadanses, http://micadanses.com/spectacles/et...

[1] solo d’Anne-Sophie Lancelin sur une chorégraphie de Gunul Eplinius (1920-2007), élève de Mary Wigman à Dresde entre 1937 et 1939. Reconstruite et transmise par Aurélie Berland, d’après la partition Laban noté par Anja Hirvikalio. Musique enregistrée d’un montage pour métronome, de la 7ème symphonie en A majeur, Op 92 de Ludwing Van Beethoven [dirigé en live en 1943 par Wilhem Furtwanger] et des extraits des Carmina Burana de Carl Off [dirigé par Eugen Jochun en 1968] / Lumières : Flore Dupont.

[2] Christine Macel, Mary Wigman, catalogue Danser sa vie, Paris, Centre Pompidou, 2011, p.76


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