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Dans Le Monde.fr du 13-6-2018.
Pour Macron, les aides sociales coûtent "un pognon de dingue" sans résoudre la pauvreté.
jeudi 14 juin 2018
publié par Christian Maurel

Le Président Macron fait une découverte. On dirait une poule qui vient de trouver un couteau. En fait, la question ne se résume pas à savoir comment combattre la pauvreté en faisant des économies (Le Canard enchainé parle de 7 milliard d’euros) - et en matière de politique sociale au pain sec on peut faire confiance au gouvernement actuel - mais de savoir pourquoi il y a autant, et même de plus en plus, de pauvres. Pour le Président de la République qui, en la matière, est "hors sol" (comme le dit mon épouse qui a fait presque toute sa carrière d’enseignante en littérature dans un Lycée d’Enseignement Professionnel des quartiers Nord de Marseille), la réponse est dans l’éducation. Mais l’éducation à quoi et comment ? Sûrement pas dans une éducation populaire politique se nourrissant de ce que pensent et peuvent proposer les "pauvres" et permettant de comprendre avec ceux qui la vivent les causes de la pauvreté. Et en la matière, le président ne peut compter sur les éclairages et les conseils de Brigitte, son épouse, qui n’a enseigné que dans des établissements "chics" où les enfants de pauvres devaient se compter sur les doigts d’une seule main (voir à ce sujet le documentaire que lui consacre Virginie Linhart diffusé hier soir su FR3).

"Lorsque je fais la charité aux pauvres, on dit que je suis un saint, lorsque je pose la question ’pourquoi y-t-il des pauvres ?’ on me taxe de communiste" disait Don Elder Camara évêque de Recife, un grand acteur de ce que l’on a appelé le "christianisme social".

Monsieur le Président, la réponse est finalement assez simple : si les aides sociales aux pauvres coûtent "un pognon de dingue", c’est parce que les riches gagnent "un pognon de plus en plus dingue", avec le soutien des États et de leurs oligarchies néolibérales. Cela s’appelle tout simplement le "capitalisme". Or, monsieur le président, vous semblez avoir choisi entre le "saint" et le "communiste". Mais un saint toujours plus avare en direction de ceux qui se posent chaque jour la question de leur vie et, pour certains, de leur survie.

Christian Maurel, co-rédateur du site qui s’autorise de temps en temps un coup de gueule contre "ce cauchemar qui n’en finit pas" (Pierre Dardot et Christian Laval, titre d’un livre édité aux éditions La Découverte").

Pour Macron, les aides sociales coûtent un « pognon de dingue » sans résoudre la pauvreté.

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas », s’est enflammé, mardi 12 juin, Emmanuel Macron, dans une vidéo qui le montre en train de peaufiner le discours qu’il doit tenir devant le congrès de la Mutualité française, à Montpellier, mercredi.

Sur ces images tweetées par sa directrice de la communication, Sibeth Ndiaye, il résume sa philosophie devant ses collaborateurs dans un langage familier, à quelques heures d’une prise de parole « stratégique » sur sa politique sociale.

« Le président ? Toujours exigeant. Pas encore satisfait du discours qu’il prononcera demain au congrès de la Mutualité. Au boulot ! », commente sa conseillère en postant la vidéo sur Twitter.

« Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir – ça nous coûtera moins, ensemble – et mieux responsabiliser tous les acteurs », s’écrie le président. « Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation… », poursuit-il.

« Plus de prévention pour responsabiliser »

« Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c’est pareil. Tout le système de soins que je veux repenser, c’est aller vers plus de prévention pour responsabiliser, y compris les acteurs de soins, ajoute le chef de l’État. (…) C’est dans ce contexte-là qu’on fait le reste à charge zéro. (…) C’est une politique de responsabilité car tout le monde va au pot, (…) je demanderai des efforts aux mecs qui font des lunettes, aux types qui font des verres… »

« Là, c’est cohérent. Sinon vous n’aviez pas de fil directeur…, lance-t-il à ses collaborateurs à propos du discours qu’ils lui proposent. C’était de la lasagne à la feta avec de la paella ! »

Depuis un mois, l’exécutif évoque une réforme des aides sociales pour les rendre plus « efficaces », laissant planer la possibilité d’économies budgétaires. Selon Le Canard enchaîné, dans le cadre du rapport CAP 22, Bercy envisagerait 7 milliards d’euros d’économies, ce qu’Édouard Philippe a démenti.

Mercredi, le président veut « redonner de la cohérence à son approche sociale », en traçant le cadre des réformes à venir, explique-t-on à l’Élysée, « son projet, au fur et à mesure des réformes sectorielles, a un peu perdu de sa visibilité. Il ne s’agit pas d’un tournant social mais d’un approfondissement ».


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