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RETOUR SUR LA RENCONTRE TENUE LE 10 MARS 2018 A L’ESPACE NIEMEYER ( PARIS )
" QUELLE MONDIALITE CULTURELLE ? "
Extraits ( Journal l’Humanité du 30 mars 2018 )
vendredi 30 mars 2018
publié par Marc Lacreuse

Nous avions annoncé cette rencontre il y a quelques temps sur le présent site d’éducation populaire . Animée par Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Leïla Cukierman et Claude Michel , nous espérons qu’elle ouvrira un processus original et pérenne de mise en débat public de ce qui fait culture et art aujourd’hui ... et où il ne serait pas de trop d’y ajouter l’éducation populaire !

Marc Lacreuse.Corédacteur du site .


QUELLE MONDIALITE CULTURELLE ?

RETOUR SUR LA RENCONTRE

DU 10 MARS 2018

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La Rencontre a ouvert une réflexion avec trois auteurs et intellectuels :

- Mohamed KACIMI , écrivain et dramaturge

- Etienne BALIBAR, philosophe

- Françoise VERGES, politologue, présidente du Collectif " Décoloniser les Arts "

sur les discriminations , la possibilité d’un autre universalisme et les conditions

d’un décloisonnement du regard et des pratiques .

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EXTRAITS

Mohamed KACIMI : Ce n’est pas tant l’uniformisation de la culture que son délabrement que nous avons à redouter. Quand cet uniforme mais soutenu par rien du tout, c’est à ce moment là que cela devient alarmant. Nous assistons à une sorte de naufrage culturel : nous avons constaté, lors de la dernière élection présidentielle, que la culture n’est plus déterminante, stratégique, névralgique. La culture est devenue un appendice pour la plupart des partis et pour l’Etat lui-même. .../... Pour des raisons purement financières l’Etat, l’Etat a décidé de ne plus confier son mandat au Tarmac ( La scène internationale francophone ) qui accueille traditionnellement des artistes issus de la francophonie, du Sahel, du Maghreb ... Il n’est pas innocent que ces écrivains soient cantonnés, en 2018, à une sorte de réserve d’Indiens. .../... Nous avons un théâtre à deux étages : en bas, vous trouvez les nègres et les bougnoules, les " sous-chiens " et, en haut , les Français bon teint. Dissoudre un lieu, fermer un théâtre, c’est tuer une parole .

Etienne BALIBAR : La société française est une société de puissantes discriminations qui contredisent les idéaux appris à l’école, disséminés dans le monde entier et dont la Déclaration universelle des droits de l’homme est l’emblème. Ces idéaux sont quotidiennement démentis et ils peuvent faire l’objet d’une instrumentalisation par ce que j’appelle un universalisme de surplomb . .../... L’Europe peut être conçue autrement que comme une fermeture, une clôture. L’Europe ne doit pas être seule porteuse de l’universel : nous courons un grand danger à penser ainsi. Il faut lutter pour éviter ce danger que fait courir une certaine mystification du passé européen et des prétendues valeurs européennes. Ce comportement aggrave et renforce les effets de discrimination à l’échelle mondiale, au lieu de la diminuer. Cet universel- là est extensif . Je défends pour ma part un universalisme qui veut et peut passer au-delà de toute frontière de manière égalitaire et non conquérante, c’est l’envers d’un impérialisme dominateur. L’universalisme que j’appelle intensif est tourné vers l’égaliberté ou l’égale liberté . Cet universalisme ne demande pas de faire la même chose que de l’autre côté des frontières.

Françoise VERGES : Partout dans le monde, nous observons une forme de contre-révolution qui vise à écraser le peu qui a été gagné. Cette contre-révolution ne s’exprime pas seulement avec le bâton et la censure, mais passe aussi par le vocabulaire. Je suis frappée, par exemple, par l’importation d’une série de mots issus du vocabulaire radical dans le vocabulaire néolibéral. Cela créé de la confusion et dépolitise le social . Le discours du " en même temps " est un exemple d’une rhétorique qui dépolitise. .../... La racisation, c’est le processus par lequel des différences légitiment des discriminations qui sont niées par la République . Il y a eu un refus de comprendre ce que représentent les processus de racisation, le racisme serait un défaut d’éducation, une faute morale et non une structure qui a contaminé les institutions républicaines. Ce point aveugle agit partout. .../... Ce déni des différences qui sont racialisées se fait sentir dans les écoles d’art, de musique, de théâtre ...La formation et l’enseignement artistique est franco-française.

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OUVRAGES :

- "Europe, crise et fin ? " ( Le Bord de l’eau ) et " Des Universels " ( Galilée ) d’Etienne Balibar.

- " Le ventre des femmes : capitalisme, racialisation, féminisme " ( Alboin Michel ), de Françoise Vergès.

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