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Lettre aux amis / retour de Palestine Novembre 2014
Quel voyage mes amis !
Texte d’Anne-Marie GAZZINI
jeudi 27 novembre 2014
publié par Madeleine Abassade

Bouleversée à l’arrivée, tourneboulée au retour !

Partie sans certitude juste avec le désir de connaître ces terres chargées d’une histoire puissante, de fouler ces terres sacrées et de faire connaissance avec un peuple, les palestiniens. Contente de faire une révision d’histoire et de remettre un peu d’ordre parmi les romains les ottomans les mamelouks les juifs Jésus Mahomet Saladin la Judée la Galilée, pour arriver à une histoire contemporaine et quelques dates clés pour l’histoire de la Palestine et de ses frontières : 1917, 1948, 1967....

Le premier jour je croyais commencer à comprendre les différentes situations, les différentes identités mais ici "les cas particuliers sont la règle" alors j’ai passé une partie de mon temps à démêler les fils à tricoter détricoter retricoter ... rien de linéaire... à l’image du mur de séparation qui zigue zague du nord au sud tranchant dans des terres palestiniennes sans vergogne, contournant les colonies israéliennes de plus en plus nombreuses agrippées aux collines comme des verrues ou quelques fois enclavées dans une ville comme à Hébron interdisant ainsi la libre circulation des familles et des travailleurs. L’armée israélienne se réfère à des lois (160) qui repoussent, excluent les palestiniens, sinon ils les inventent.

Quel voyage ! quel parcours ! quel choc !

Bethléem, Battir, Nazareth, Sébastiya, Hebron, Haïfa, Acre, Jénine, Tulkarem, Naplouse, Ramallah....

Traversée de terres luxuriantes ( champs d’oliviers, courges et vignes en treille... )

Pause sur des monts arides comme une peau de lune

Balade dans des marchés (c’était le saison des grenades !)

Déambulation dans les souks aux odeurs fortes mêlées aux parfums saveurs couleurs de pâtisseries aussi belles à regarder que délicieuses à dévorer ( on a n’a pas échappé au redoutable halawet )

Visites d’un hamam de femmes (très sympa ! c’était genre réunion tupperware avec musique à fond)

Regard sur les jardins bahaïs d’Haïfa

Repas dans le port d’Acre...

A Jénine on a croisé un jeune berger qui nous a présenté ses chèvres avec de longues oreilles.

Tout ça pour donner une idée de la diversité de nos rencontres, par ailleurs très sérieuses !

Arrêt prolongé sur les terres sacrées et les lieux saints !

On a tout fait !

Synagogues, mosquées (pieds nus les filles ! avec cape et capuchon sur le tête, imaginez nous, on aurait dit une société secrète en goguette), basiliques (celle de la nativité reste particulièrement marquante (tous les fidèles à 4 pattes entrain de regarder le lieu de la crèche, églises ( celle du Saint Sépulcre est extraordinaire avec les stations de Christ et sa toute petite chapelle copte),

On parle hébreux, arabe ... et anglais avec nous !! on rencontre des arabes musulmans, des arabes israéliens, des juifs orthodoxes (même ultra orthodoxes hélas), quelques chrétiens, de rares druzes et bédouins et de très nombreux israéliens non religieux mais déclarés juifs, car le saviez vous ? sur leur carte d’identité ils sont déclarés juif ou arabe... imaginez que sur nos documents tamponnés par la république, on soit déclaré chrétien ou musulman mais pas français... un palestinien est donc un non-juif !!!

Nous avons rencontré de nombreuses associations, celles qui inventent des écoles alternatives, des cours de langues pour les enfants, des méthodes progressistes d’éducation, des interventions solidaires originales (beaucoup d’entre eux s’appuient sur l’expression artistique, ils favorisent le débat, l’application pratique et restent attentifs à l’engagement direct de chacun). Nous savons aussi rencontré des collectifs de défenses des droits, en autre une association de soutien aux prisonniers, des agriculteurs dont un grand militant qui réfléchit à une production dans le respect de la terre et de l’environnement, le théâtre Freedom, le cirque de Palestine, un écomusée, le conservatoire de musique de Ramallah qui a créé un réseau d’écoles dans des villages isolés, des associations de femmes (beaucoup d’hommes sont en prison)....

Les palestiniens ne sont pas dans la plainte, pas d’obole, ils construisent, ils avancent, ils sont à l’ initiative de projets forts qui travaillent à défendre la liberté et l’autonomie de la Palestine, ils sont en lien avec des organisations internationales ( le gouvernement Palestinien reste en retrait ).

Chaque personne de notre groupe de 15, est repartie avec une seule certitude, la nécessité de témoigner des difficultés inouies de leur vie de chaque jour et de la force avec laquelle ils inventent leur autonomie à travers toutes ces initiatives.

Mais où va Israël avec le non-respect des droits internationaux et de la convention de Genève, qu’attendre d’un gouvernement capable de mettre des enfants de 8 ans en prison ou d’en abattre un comme un chien enragé d’une balle entre les 2 yeux ?

Des mots terribles me viennent en vrac pour parler du quotidien des palestiniens : familles divisées, intimidations, enclaves, mur apartheid, arrestations arbitraires, spoliations des maisons et des terres par les colons, tortures, violences psychologiques, enfants déscolarisés, sionisme....

Saviez vous que la route qui va du nord au sud et qui traverse donc aussi la Cisjordanie appartient entièrement à Israël ? elle trace coupe tranche des terres qui étaient affectées à des Palestiniens.

La présence militaire israélienne est constante même en Cisjordanie qui est divisée en 3 zones A,B,C ( un vrai casse tête pour nous, une vraie souffrance pour eux) déterminant ce qui est sous contrôle civil ou militaire israélien ou palestinien, mais 60% est sous contrôle israélien.

Saviez vous qu’ il y a 1 personne à la sécurité pour 65 habitants (vous pouvez imaginer le budget de la sécurité d’ Israël) ... mais jusqu’où peut aller ce gouvernement qui sous les yeux et à la barbe du monde, viole les lois internationales en complicité avec des multinationales avides de fric, comment les palestiniens ne deviennent-ils pas fous ?... mais ça arrive, des jeunes pètent les plombs et ça donne la récente tuerie...

L’intifada continue ... trop de pressions trop d’injustices...

Des israéliens de gauche se révoltent, ils soutiennent la cause palestinienne mais il n’ont pas de poids politique.

Certains palestiniens ne sont plus favorables à la création de 2 états, oui à un état palestinien mais un état de justice de liberté avec une économie viable ! Et aujourd’hui telle que la Palestine est dessinée, il n’y aucune continuité géographique... c’est un pays éclaté et ce n’est pas viable !

Que les poèmes de Mamhoud Darwish* et les musiques de Ramzi Abu Redwa apaisent un peu les esprits.

Avec mon amitié

Et ma tendresse.

AMG

*«  Le papillon ne laisse pas de traces mais nul ne peut effacer les traces du papillon  »


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Messages de forum :
Quel voyage mes amis ! (Ça alors !)
jeudi 27 novembre 2014
Denys PININGRE

Ben ça alors, retrouver la trace d’Anne-Marie Gazzini sur ce site et à propos de la Palestine où j’étais au début de cette année pour tourner un film pour mes amis de la coopérative Andines sur la filière de commerce équitable (huile, savons, kéfiés...)

Non, décidément le hasard n’existe pas !

je te laisse, chère Anne-Marie, mon adresse mail, si tu veux donner suite : ledenys@orange.fr (et je suis aussi avec mon nom sur fatché-bouc !)

Quelques liens vers les bandes-annonces de quelques uns de mes films (oui, le socio-cul mène à tout !) :
- https://www.youtube.com/watch?v=OaL...
- https://www.youtube.com/watch?v=_AJ...
- https://www.youtube.com/watch?v=5Tr...

Ce dernier lien est le début d’un film qui date de quelques années, tourné au Liban (près de Beyrouth) qui montre le camp de Chatila et en raconte l’histoire, y compris l’épisode tragique du massacre de 1982. On ne parle pas assez de tous les Palestiniens qui vivent en exil depuis plus de 65 ans...

Bon... Donne de tes nouvelles ! Moi, je vis depuis 4 ans dans la jolie petite ville de Saintes, choix que j’ai fait de quitter les grandes métropoles après ce qu’on appelle "un accident de vie".

Je t’embrasse, j’espère que ta vie est belle !

Denys Piningre




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