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PREMIER COLLOQUE MONDIAL
SUR L’APARTHEID ISRAELIEN
Décembre 2019 / Istanbul / Turquie
vendredi 20 décembre 2019
publié par Marc Lacreuse

PREMIER COLLOQUE MONDIAL

SUR L’APARTHEID ISRAELIEN

DECEMBRE 2019 / ISTANBUL

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" L’occupation continue du territoire palestinien par Israël, ainsi que les efforts qu’Israël déploie pour imposer un statut de citoyen de seconde zone aux citoyens palestiniens et aux habitants de la Cisjordanie occupée ont motivé la tenue du « Premier colloque mondial sur l’Apartheid israélien » à Istanbul, en Turquie le week-end dernier.

Ouvrant le colloque, le Président de l’Union des Organisations non-gouvernementales du Monde islamique (UNIW) Ali Kurk a rappelé le soutien massif des gouvernements occidentaux au système d’apartheid israélien et à Israël globalement, et a déclaré : « Le droit international a été vidé de son sens c’est maintenant le droit du plus fort qui règne. »

Général à la retraite des forces armées turques nommé conseiller politique en chef du président turc Recep Tayyip Erdogan en 2016, Adnan Tanriverdi a expliqué que Jérusalem était particulièrement en danger de devenir une ville purement juive étant donné la politique d’Israël d’évacuer les maisons palestiniennes à Jérusalem-Est occupée et de soit permettre à des colons juifs de les occuper soit de les détruire.

Exclusivité juive

L’ancienne secrétaire exécutive de la commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (CESAO), Rima Khalaf, a déclaré qu’Israël « est le seul pays au monde à accorder une citoyenneté à part entière sur la base d’une religion héritée. » Elle a également lié le système d’apartheid israélien au darwinisme racial qui a prévalu tout au long des 19ième et 20ième siècles en Europe, ce qui a favorisé une idéologie de suprématie raciale et ethnique qui est la cause profonde de l’apartheid.

L’archevêque de l’église orthodoxe grecque à Jérusalem, Atallah Hanna, a ajouté : « les occupants israéliens veulent que les musulmans et les chrétiens se montrent racistes les uns envers les autres » mais ça ne marchera pas car « nous partageons une identité palestinienne commune. »

Il a averti qu’Israël mène une campagne de nettoyage ethnique progressif à Jérusalem dans le but d’en faire une ville purement juive. La population chrétienne de la ville sainte a diminué au fil des ans, a-t-il ajouté, ne représentant plus maintenant qu’un pour cent de la population. La solution, dit-il, est que les chrétiens et les musulmans unissent leur force car ils sont également insultés et opprimés par l’occupation israélienne.

Ils veulent évacuer Jérusalem et étendre leur domination coloniale … Nous leur disons : nous ne partirons pas, nous resterons et protégerons notre terre. Richard Falk, ancien enquêteur des Nations Unies sur les droits de l’homme a dit qu’Israël perpétue l’héritage du colonialisme à l’européenne en renversant les données démographiques sur le terrain. Ce projet sioniste « se développait à une époque où la colonisation s’effondrait, » et cet héritage colonial n’est tout bonnement pas mort en 1967 mais se poursuit encore aujourd’hui avec le soutien « inconditionnel » de ses alliés tels que les États-Unis.

Cette politique de changement démographique fait que la solution à deux états est morte et ne constitue plus une solution viable, a ajouté Richard Falk. C’est « une solution fantôme ou une solution zombie » qui refuse de mourir, à laquelle s’accroche Israël parce que s’il renonce à ce concept, il renoncera dans les faits à la légitimité même d’un état juif autonome et séparé. La réalité du plan démographique israélien, les manipulations politiques internationales et le soutien des États-Unis créent les conditions d’« une issue dystopique qui repose sur la violence et l’apartheid. »

La non-fiabilité de la solution à deux états a été reconnue depuis longtemps par de nombreuses personnes tant parmi les communautés pro-Palestine que pro-Israël, certains réclamant plutôt une solution à un état, dans lequel les Palestiniens ont un statut égal à celui des Israéliens et l’apartheid a été aboli, tandis que d’autres réclament une suprématie et une identité juive renforcées dans l’état d’Israël.

Les Palestiniens doivent avoir une vision claire de comment sortir de leur situation difficile, a déclaré Haneen Zoabi, ancienne députée arabe à la Knesset (parlement)israélienne. Elle a insisté sur le fait que les Palestiniens – que ce soit en Cisjordanie ou en Israël – ne seront pas libérés et l’apartheid ne sera pas démantelé en allant devant les tribunaux et en demandant de l’aide. Le monopole d’Israël dans le système judiciaire et ses politiques d’apartheid ne permettront pas à de telles entreprises de réussir, a-t-elle expliqué. Mais l’échec de ce type de tentatives a réveillé les Palestiniens et les a encouragés à être plus actifs.

Le colloque a très efficacement mis en lumière l’ampleur du système d’apartheid israélien et la répression du peuple Palestinien grâce à une diversité d’orateurs bien informés et expérimentés, d’intellectuels, d’universitaires et de figures de premier plan. Une profusion de statistiques et de recherches ont permis de faire connaitre largement le calvaire des Palestiniens vivant sous occupation et les nombreuses violations inqualifiables des droits de l’homme et du droit international commises par l’état d’Israël.

En revanche, ce que le colloque n’a pas réussi à faire, c’est fournir des solutions claires et directes au problème de l’apartheid israélien dans son ensemble. La responsabilité n’en incombe pas entièrement au colloque lui-même – il n’est pas aisé de trouver des solutions à la crise du « conflit » israélo-palestinien – mais mis à part l’appel lancé par Tanriverdi en faveur d’une force militaire unie du monde musulman, les recommandations quant à la manière de soumettre Israël à des pressions en utilisant le droit international, les fréquentes références au renversement de l’apartheid en Afrique du Sud et au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), une solution claire et unifiée a cruellement fait défaut.

Le communiqué final du colloque de l’UNIW comprenait les cinq directives fondamentales qui doivent être observées dans l’objectif de former une Coalition Mondiale contre l’Apartheid Israélien :

1. La Coalition est ouverte à toutes les personnes et organisations attachées aux principes de justice, égalité, et dignité pour tous ;

2. Le but de la coalition est de contribuer au démantèlement du régime d’apartheid israélien imposé au peuple palestinien et de l’accélérer, dans le cadre de la réalisation de l’égalité, de la dignité et de la justice pour tous ;

3. La Coalition utilisera tous les moyens légaux disponibles à cette fin ;

4. La coalition servira de forum et de réseau de soutien permettant à ses membres de maximiser l’impact de leur travail dans leur domaine respectif, dont la recherche, la sensibilisation, l’action en justice, les activités de boycott, désinvestissement, et sanctions (BDS) en vue de combattre l’apartheid israélien.

5. Dans toutes ses initiatives et activités, la Coalition adhérera aux principes énoncés dans le droit international. "

Muhammad Hussein

- Muhammad Hussein est diplômé en politique internationale et analyste politique des affaires du Moyen-Orient, se concentrant principalement sur les régions du Golfe, de l’Iran, de la Syrie et de la Turquie, ainsi que sur leurs relations avec la politique étrangère occidentale.

Source : Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – MJB


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