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Si l’Education populaire est centre partout et circonférence nulle part
Du "mouvement" de l’Education populaire en psychiatrie à celui de la danse par M.Abassade.
dimanche 23 décembre 2012
publié par Madeleine Abassade

« C’est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part »

Je suis en train de lire le texte du sociologue et militant de l’Education populaire Christian Maurel publié par la Fédération Wallonie-Bruxelles [1].

La lecture de son article, dans lequel je retrouve l’essentiel de son livre "Education Populaire et puissance d’agir" [2] m’ a incitée à retrouver chez le philosophe Pascal la phrase « C’est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part » [3] que détourne Christian MAUREL au profit de l’Education Populaire :

« Si l’Education Populaire est centre partout et circonférence nulle part, il n’y a pas d’endroit où on ne peut pas en faire, dans la rue, dans les associations... »(page 67.) Phrase que Christian a aussi mentionnée lors de ses interventions le 18 décembre au Grand Parquet pendant la journée “Education Populaire, avenir d’une utopie”

En Education Populaire ce n’est pas à partir de croyances que nous réfléchissons !

Si dans ce passage des "Pensées" de Pascal :

http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Pascal_Pensees-HommeRoseau_PariSurDieu.htm

il est question de croyance, dans le sens d’ avoir la foi, en Education Populaire ce n’est pas à partir de croyances que nous réfléchissons pour agir, mais de données tangibles, scientifiques.

Dans son Organisation générale de l’instruction publique, Condorcet écrit :

« tant qu’il y aura des hommes qui n’obéiront pas à leur raison seule, qui recevront leurs opinions d’une opinion étrangère, en vain toutes les chaînes auraient été brisées, en vain ces opinions de commandes seraient d’utiles vérités ; le genre humain n’en resterait pas moins partagé entre deux classes : celle des hommes qui raisonnent, et celle des hommes qui croient. Celle des maîtres et celle des esclaves

L’Éducation populaire n’est pas “une boîte de Pandore” selon la mythologie grecque, ou la condamnation à mourir pour avoir consommé du fruit de “l’Arbre de la connaissance” selon la mythologie chrétienne, dans le sens de l’interdit de la curiosité, d’interdit d’accès à la recherche, à la jouissance d’être en vie.

Il s’agit de sortir du désespoir comme réponse au désir de savoir et de vouloir comprendre en s’émancipant du pouvoir tutélaire d’un "Dieu" tout puissant.

L’Education populaire participe à transcender notre condition de mortel. Elle est une porte qui s’ouvre sur l’infini des connaissances du peuple souffrant du malheur de son ignorance qui participe à son isolement, au cloisonnement, aux inégalités existentielles d’être au monde.

Elle est ce qui va procéder à l’émancipation individuelle et collective des croyances, à l’ édification des phénomènes, à l’ autonomie face aux pouvoirs confisqués par une minorité dite "élite", dans une dynamique de pouvoir penser soi-même la condition du citoyen assujetti à ce qu’il peut prendre comme fatalité et se résigner à ce qu’il considère être la cause de son impuissance au changement. "Mouvement d’émancipation du peuple par le peuple" dirait Christian, et voilà bien la différence avec les savoirs transmis par le haut.

- Quelles sont les raisons qui poussent à l’action ?

- Qu’est ce qui motive le militant de l’Education Populaire à entrer dans le mouvement de l’action sociale ? Sa conscience politique ?

Il nous faudrait définir ce que signifie cette conscience.

Il nous faudrait partir aussi de l’articulation du politique à l’Education Populaire, dont Alexia MORVAN a fait l’objet de sa thèse. La politique n’est ni la seule affaire des spécialistes, ni un “ gros mot ”. Si cette conscience s’acquiert par l’éducation au politique, cela demande du “ travail ”, comme le rappelait Marc LACREUSE lors de cette journée au Grand Parquet mentionnée ci-dessus et aussi du temps disponible...

Il ne s’agit pas de fabriquer de nouveaux maîtres, mais que celles et ceux "qui savent" continuent de se mettre en situation du partage des outils conceptuels favorables à l’analyse et à la critique, comme le fit la philosophe Marie-Josée MONDZAIN ou encore le psychanalyste Roland GORI le 18 décembre au Grand Parquet à la journée “Education Populaire, avenir d’une utopie [4]

Le processus émancipateur de l’Education Populaire serait-il sympathique ?

Oui, quand on écoute ou lit les articles de C. MAUREL, mieux quand on converse avec lui, il n’adopte pas la posture du sachant délivrant son savoir à l’apprenant, il dialogue avec l’autre.

Marc LACREUSE -autre militant et théoricien de ce mouvement-, met l’accent sur ces savoirs qui à l’instant de la rencontre s’échangent. Ces savoirs, quelque soit la personne avec laquelle "je" parle , dans une écoute réciproque, procèdent de notre propre capacité à "inventer" des savoirs, parce que nous créons un espace de la pensée, ensemble.

C’est à cet endroit de cette possibilité de créer un espace de savoirs avec l’autre que se situe “la culture”.

Et de la culture nous avons immensément besoin d’en produire, donc d’en posséder, si nous voulons nous rencontrer, sans reproduire de la non-pensée composée des clichés ressassés par ceux qui nous la vendent, quand en fait de culture -dans l’immense diversité de ses richesses- ils la réduisent, l’appauvrissent et nous avec, nous empêchant finalement de penser le monde, nous empêchant "d’ agir le monde", de "sculpter le monde" pour reprendre une métaphore associée à la danse...

Du mouvement de l’Education populaire à celui de la danse. Les détours, les méandres d’une pensée qui danse ...

Enfin, en lisant l’article de Christian MAUREL on peut remarquer un vocabulaire qui faiit écho au vocabulaire de la danse, à commencer par le mot mouvement : «  l’Education Populaire c’est le mouvement en tant que tel » écrit-il (page 54), et aussi les verbes actifs qu’il emploie tout au long de ses textes : agir, sortir, se mettre en action....Différencier l’itinérance de l’itinéraire (page 60) « ne plus être le sujet, c’est à dire le sujet à l’itinérance, c’est à dire balloté de droite à gauche (...) être sujet de son propre itinéraire. »

Nous sommes des "sculpteurs d’espace" comme dirait Laurence LOUPPE théoricienne de la danse, si nous considérons que le mouvement fait de nous des danseurs. Quand nous dansons, se déploient notre puissance d’agir, notre conscience d’être au monde, dans la jouissance d’être au monde, dans le mouvement du monde : être soi, et en relation avec les autres. Par nos corps dansants nous traçons nos itinéraires, nous maîtrisons nos gestes, nous savons de manière intuitive ou délibérée dans quelles directions nous allons. Mais certes, la danse est le mouvement par excellence au sens réelle du terme, elle n’est pas une théorisation de l’être, elle est une pratique, une expression du sensible, elle se passe des mots, il lui faut cette absence pour qu’elle survienne et c’est à cet endroit qu’elle n’est pas un langage, "le" langage que seule la parole et l’écrit utilisent. La danse ne peut pas raconter par elle-même ce que nous partageons de sa pratique à l’hôpital psychiatrique par exemple où nous la pratiquons.

C’est ainsi que je suis allée chercher sur internet nos articles sur " la danse déplacée ", qui ont été publiés suite aux rencontres européennes à Strasbourg en 2001, ayant pour objet la "Culture à l’hôpital", dont j’animais la table ronde consacrée à la danse en psychiatrie et qu’on peut lire par le lien suivant : http://www.culture.gouv.fr/culture/politique-culturelle/danse-deplacee.pdf [5]

De ce travail de la danse, comme pratique d’expression individuelle et collective à l’hôpital psychiatrique, ne pouvait conduire à mon sens qu’à réfléchir au risque du processus de démantèlement de l’hôpital comme service public non marchand auquel nous assistons ces dernières années. Dès lors, portant un regard politique qui dans ce lieu des dominations -non réductibles- n’a cessé tout au long de ces trente années d’activités professionnelles, d’accompagner un cheminement [6]

Recherche - action future ?

Il me semble aujourd’hui qu’il serait intéressant de re-situer ces actions de danse en psychiatrie, de "la culture à l’hôpital" -que nous sommes plusieurs à continuer d’exercer- dans le mouvement de l’Education populaire, de la transformation sociale et du processus d’émancipation...

Madeleine Abassade

Action culturelle en psychiatrie

Membre du Collectif Education Populaire & Transformation Sociale

Post Scriptum :

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[1] Intervention de Christian Maurel article pages 46 à 67. In "Education Permanente : Enjeux et perspectives. Publication des actes de la journée Education permanente du 17 juin 2011". Publication gratuite. s’adresser : participationculturelle@cfwb.be. Tél : 02 413 23 42

[2] Christian MAUREL Education populaire et puissance d’agir. Les processus de l’émancipation . Editions l’Harmattan 2010

[3] « « Nous avons beau enfler nos conceptions, nous n’enfantons que des atomes, au prix de la réalité des choses. C’est une sphère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part. ». Pour lire des extraits des "Pensées"de Pascal et retrouver la citation :[http://www.philo5.com/Les%20philoso...

[4] Journée organisée par la revue Cassandre/Horschamp et le collectif Education Populaire & Transformation sociale à l’occasion de la parution du livre : “Education populaire, avenir d’une utopie”. Edité par Cassandre/horschamp et Les Liens qui libèrent. [http://www.horschamp.org

[5] Les Rencontres européennes de la Culture à l’hôpital se sont tenues les 4, 5 et 6 février 2001, à Strasbourg. Elles ont été ouvertes par Catherine TRAUTMANN ministre de la culture initiatrice du programme national " Culture à l’hôpital. La restitution de la table ronde ou atelier portant sur la danse à l’hôpital est accessible par : http://www.culture.gouv.fr/culture/...

[6] http://www.bastamag.net/article922.html


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