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TRANSFORMER LE MONDE : ENTRE TRANSMISSION, CREATIVITE ET MILITANTISME ?
Séminaire transdisciplinaire - Bruxelles, 31 Janvier 2012.
mardi 17 janvier 2012
publié par Christian Maurel , Madeleine Abassade

Transformer le monde : entre transmission, créativité et militantisme ?

Séminaire transdisciplinaire – Bruxelles, 31 janvier 2012

- Après un premier séminaire en octobre dernier autour de cet objet ou projet hybride, indéterminé, flou et fou qu’était encore « Constellation 1961 – L’anniversaire qui n’est pas »,

- après une première représentation de la performance spectacle « Constellation 1961 », suivie d’un débat, le 23 novembre 2011, dans le cadre du Festival des Libertés,

- nous vous convions à un nouveau séminaire transdisciplinaire autour des enjeux de Constellation 61 et des récifs entre lesquels cette nef de fou est amenée à naviguer pour traverser les océans du présent et y découvrir les îles du possible.

Le processus de création, la dynamique artistique et politique de Constellation 61 se veulent toujours collectifs, interactifs et évolutifs. Il importe donc de partager les points de vue sur la première escale du 23 novembre et de réfléchir ensemble aux possibilités de rebondir sur cette expérience pour aller plus loin. Car Constellation 61 escompte toujours sillonner petit à petit à travers les villes d’Europe en vue de susciter du débat, des envies ou des initiatives de transformation.

Ce séminaire transdisciplinaire se déroulera Le lundi 31 janvier 2012 de 13h à 17h À Bruxelles Laïque (salle de conférence) 18-20 avenue de Stalingrad – 1000 Bruxelles

Voici l’ordre du jour ou l’ordre de questionnements que nous proposons pour structurer cette réflexion hybride et collective. Nous demanderons à quelques personnes ressources d’alimenter de leurs expériences et réflexions chacun des chapitres ou ensemble de questionnements de ce séminaire.

Introduction : des enjeux de constellation et des formes hybrides.

Lors de notre première rencontre l’objet hybride « Constellation 61 » n’était pas facile à cerner tant du point de vue du fond (historique, philosophique, politique) que de la forme (théâtre, performance, multimédia). Il n’était sans doute pas évident de voir où ce projet pouvait mener, ni quelle pouvait être l’implication de chacun. Déjà, cependant, une série de questions et d’enjeux décisifs pour Constellation 61 ont été pointés.

Désormais nous ne partons plus de rien ou de ce qui ne faisait sens que dans l’esprit de quelques initiateurs. Nous pouvons approfondir les questions et discuter autour d’un objet concret, tel que montré publiquement le 23 novembre, et à partir d’un cadre un peu plus précis, tel que défini lors de la préparation de la soirée du 23 novembre. Pour ceux qui n’ont pu assister à la représentation au Festival des Libertés, l’objet est accessible via le texte de la performance spectacle et une captation vidéo de la représentation.

Puisque telle est sa vocation, le projet reste ouvert à la discussion et évoluera au fil des interactions qu’il suscitera. Mais ces discussions partiront désormais de ce qui a déjà été réalisé (on ne va pas tout reprendre à zéro) et seront orientées par l’ambition de Constellation 61 de circuler à travers l’Europe pour transmettre une expérience du possible, pour rencontrer un public large et diversifié et pour susciter partout des dynamiques participatives.

Les enjeux principaux de Constellation 61 seront donc rappelés en introduction : la question de la transmission avant tout. Le contenu de la transmission : la transmission d’histoires mineures, d’une expérience éthique et politique, d’un savoir et d’une pensée critique,… La forme de la transmission : académique, spectaculaire, confidentielle, initiatique… L’articulation entre l’héritage historique et le contexte actuel dans une optique de transformation, entre la changement du monde et la transformation de soi, entre les postures radicales et les revendications larges (consensuelles)…

Le séminaire se veut transdisciplinaire puisqu’il traite de questions psychiatriques, psychanalytiques, culturelles, artistiques, politiques, historiques, pédagogiques, sociologiques, philosophiques… Il se veut aussi hybride en cherchant une ligne de fuite entre le séminaire de type académique, l’atelier créatif et l’assemblée autogérée.

1) L’usage du spectacle comme outil de transmission historique et politique.

Pour transmettre les expériences de transformation de la psychiatrie et le contexte plus général dans lequel elles s’inscrivent, la démarche de Constellation 61 cherche à esquiver l’alternative, à tracer une ligne de fuite, entre la transmission académique à travers des livres ou des colloques qui ne s’adresse qu’aux élites intellectuelles et ne transmet qu’un savoir théorique, la transmission médiatique spectaculaire qui s’adresse au grand public mais ne transmet que du divertissement (Entertainment) et censure ou euphémise le contenu politique, et la transmission confidentielle ou initiatique entre pairs ou au sein d’un cercle confiné qui permet d’aller très loin dans le contenu mais ne s’adresse qu’à très peu de personnes et en général aux personnes déjà concernées voire convaincues.

Comment rendre populaires, accessibles à tous, les problématiques pointues qui animent Constellation ? Comment parler d’histoires mineures sans rester cantonné aux minorités ou aux marginalités ? Comment intéresser aux enjeux de Constellation un public non concerné par le secteur de la santé mentale ? Comment utiliser la création artistique à des fins politiques ? Quelle est la force mobilisatrice du spectacle ou de la « fiction » pour alimenter notre engagement quotidien ? Comment faire du spectacle un déclencheur de débat ? Comment proposer une performance spectacle qui ne tombe pas dans les travers passivisant, atomisant ou lobotomisant de la Société du spectacle ? Comment éviter que les aspects techniques, matériels et promotionnels de la diffusion d’un spectacle ne rognent sur son contenu politique et ses enjeux sociaux ? Comment éviter la posture d’avant-garde, toujours élitiste, sans se laisser emporter par l’attitude populiste consistant à rentrer dans un jeu de séduction avec le public pour capter le consensus et trouver une place dans le marché ? Comment s’adresser à un large public sans le réduire à la position de spectateur, pour l’inciter à l’action ? Comment représenter le mouvement du possible sans le figer dans une représentation, une image arrêtée ? Plus pratiquement : à quels lieux et quels partenaires s’adresser pour faire tourner Constellation 61 en Europe ?

2) Un mélange subtil et explosif d’images, de sons, de textes, d’histoires, de voix, de corps et de mouvements.

Alors qu’initialement, il était prévu de ne présenter au Festival des Libertés 2011 qu’une étape de travail, un « work in progress » et d’axer la soirée sur le débat, la performance spectacle du 23 novembre s’est avérée bien plus aboutie qu’escomptée. Elle a rencontré un vif enthousiasme de la part du public présent. Elle pourrait presque être proposée telle quelle à d’autres festivals ou en d’autres lieux. Cependant la création se veut évolutive, elle suscite, déjà en l’état, des remarques, des suggestions, des critiques… et nous pouvons toujours faire mieux.

La vocation de la performance de transmettre une expérience, de déclencher des débats et de susciter des engagements est-elle atteinte ? Comment l’améliorer en ce sens ? La performance doit-elle être plus ou moins didactique ? Était-elle assez explicite ou pas assez subtile ? Trop ou pas assez rythmée (trop longue ou trop courte) ? La performance transmet-elle suffisamment le possible en marche, l’utopie concrétisée ? Comment éviter d’être donneur de leçon ou vendeur de solution ? Comment maintenir la force de l’aléatoire tout en structurant la création ? Comment donner plus de chair à cette performance fort technique et théorique ? Faut-il y mettre plus de vécu ? Moins de références ou intégrer d’autres textes, d’autres expériences ? Comment mieux marier les dimensions théâtrales et multimédias (dessin, vidéo, musique) ? Comment intégrer, dans une évolution cohérente et pertinente, les multiples retours que suscite Constellation 61 et les apports proposés par les uns et les autres, tous n’allant pas forcément dans le même sens, n’ayant pas les mêmes attentes ?

3) De l’histoire dont nous héritons à l’histoire que nous écrivons.

Le but de Constellation 61 est de susciter du débat, des envies de transformations et du possible. Il est donc inenvisageable de donner une représentation de la performance spectacle sans que celle-ci ne soit suivie ou précédée d’une discussion avec les participants (voire idéalement inscrite dans un processus plus étendu de séminaires, rencontres, ateliers,…) Le débat du 23 novembre a déçu une partie des participants. Nous pourrons en expliquer brièvement les raisons mais il importe surtout de rebondir sur cette expérience pour mieux penser le dispositif de discussion autour de Constellation 61.

Comment partir de la performance spectacle pour susciter une discussion participative sur les enjeux du présent (et non sur l’histoire passée) ? Quels dispositifs de discussion mobiliser ou inventer (avec ou sans intervenants, avec ou sans modérateur, avec ou sans exposés, avec ou sans synthèse de ce qui se dit,…) ? Comment transposer dans le contexte d’aujourd’hui, fort différent, la force des possibles qui animaient les années ’60 ? Quelle est la force mobilisatrice de l’histoire pour l’engagement dans le quotidien ? Comment ne pas idéaliser le passé, ne pas présenter Constellation 61 comme un âge d’or ? Comment passer des conditionnements du passé – l’histoire qui nous écrit – à la transformation du présent – l’histoire que nous écrivons ? Comment passer du trou de serrure de la psychiatrie aux paysages de toutes les institutions et politiques à transformer ? Comment rebondir sur l’expérience italienne pour interroger la situation belge et des autres contrées que Constellation traversera ?

Et pour finir, nous prendrons le verre de l’amitié.