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RENCONTRE A RAMALLAH
UN CIRQUE CITOYEN EN PALESTINE : THE PALESTINIAN CIRCUS SCHOOL
Texte de Leila CUKIERMAN
vendredi 28 novembre 2014
publié par Marc Lacreuse

UN CIRQUE CITOYEN

EN PALESTINE : LE PALESTINIAN CIRCUS SCHOOL ( PCS ).

Il nous attendait à notre hôtel à Ramallah, avec son enfant. Nous arrivions de Naplouse, ville résistante, chargés de nos bagages et de nos émotions à ce dixième jour de voyage.

Il nous a raconté son histoire, celle du Palestinian Circus School, outil d’émancipation face aux effets morbides d’une occupation qui morcelle le territoire, parcellise les droits de l’homme, émiette l’intégrité de la personne humaine.

En premier lieu la jeunesse, en grande souffrance psychologique, oscille entre rage et humiliation, haine et frustration, résignation et violence.

Tandis qu’il tranquillise doucement son petit, Shadi continue de parler : Tout jeune comédien, amoureux du cirque, il prend conscience des maux de la société palestinienne, profonds, graves et qui touchent l’enfance : inceste, grossesses prématurées, collaboration avec l’occupant (parfois pour un paquet de bonbons), revendication d’une appartenance religieuse alors que le conflit n’a rien de religieux (et moins encore sa résolution), chômage, extrême pauvreté, développement économique et par dessus tout la peur et le stress permanents.

Il crée « un jour pour le théâtre à l’école ».

Il tâtonne, forge sa propre expérience à travers quelques propositions : les techniques du Théâtre-Forum apprises du Théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal. Par l’improvisation sur des thèmes intimes et/ou communs, par le travail corporel, chacun essaie de se comprendre et de comprendre l’autre.

L’idée du cirque ressurgit : les exercices d’acrobaties, de trampoline, de jeu clownesque, de jonglage, l’exigence physique, l’acquisition exigeante d’une compétence technique au sein d’un collectif permettraient de reconquérir la confiance et l’estime de soi. La mésestime n’est pas la moindre des conséquences de cette longue occupation. Ici, les enfants, dès 8 ans, peuvent être emprisonnés, parfois sur la seule accusation d’intention. Shadi a tenté la relation solidaire avec des circassiens d’Israèl ; Ceux-ci ont cédé à la pression, au premier prétexte invoqué par les autorités et ne sont pas venus jouer à Jérusalem-Est comme ils s’y étaient engagés. Shadi, désappointé, ne confond plus solidarité et collaboration….

A Hébron, la tension est au maximum en permanence. Les colons israéliens ne se sont pas contentés de s’installer sur les hauteurs alentour comme ailleurs, ils se sont emparés des maisons au cœur de la cité, au dessus et tentent d’étouffer de leurs déchets la ville basse où vivent les familles, où le souk résiste avec vitalité en certains endroits et ferme ses portes en d’autres. Le cirque a débarqué sous les yeux des enfants violents entre eux, incapables de maîtriser leur agressivité, leurs pulsions ; ils s’insultaient, se jetaient au visage le matériel arrivé pour le jonglage. En quelques mois, la parole, l’échange se sont faits cordiaux et par le travail circassien ils ont exprimé la conscience de leur vécu. Les enfants d’Hébron sont allés à Jenine, ville martyre, écrasée par les chars en 2002, où le Freedom Théâtre fait le même travail avec des adolescents.

Le « cirque social » de Shadi oeuvre pour que chaque enfant ayant acquis un savoir-faire le transmette à d’autres.

Acquérir des techniques difficiles, exigeantes, exprimer les maux, cela rend plus fort ; cela permet de se tenir debout, d’apprendre à apprendre. Nous en avons vus, sur les toits de Jérusalem-Est, s’entrainer sur de vieux matelas alignés. Ils s’envolaient en sauts périlleux, simples, doubles, triples, avant, arrière sous nos applaudissements ébahis.

L’aventure du PCS continue : les élèves deviennent professeurs ; ils transmettent à leur tour ; circassiens chevronnés et pour certains honorés de prix internationaux, ils exercent leur métier, créent et tournent. Leurs réalisations portent leurs vécus, leurs quotidiens, leurs difficultés, leurs angoisses et leurs espoirs. Parfois, cela choque, dérange, heurte et il faut savoir mesurer (renoncer à évoquer les règles des jeunes filles à Naplouse par exemple) pour pouvoir continuer et peu à peu faire grandir l’espoir d’un peuple et de sa jeunesse. Ils ont réalisé « Circus behind the Wall » qui a tourné en Europe et en France, où les jeunes jonglaient avec le mur…. Il y eut « Kol Saber » ( « Manger le cactus »), jeu de mot sur le fruit du cactus et la patience, évocation des jeux de pouvoir, de contrôle en opposition à la saveur du fruit. Il y eut « B-Orders » : l’ordre et la marge.

Le prochain spectacle « Ca ne marche pas » car jamais rien ne fonctionne en Palestine. Ils ont reçu un chapiteau de France. Un travail sur le handicap s’amorce pour qu’un jour un aveugle et un handicapé moteur se produisent ensemble. Et l’aventure se développe : Circus Parade, Mobile Circus Tour, Open Days, Camps d’été, Birzeit, Circus Clubs, Hébron, Jenine, Naplouse.. Tournées en Allemagne, en Belgique, en France (à Toulouse ?), en Afrique du Sud…

« Nous voulons aider à transformer les émotions négatives en positif »

« -Que feras-tu désormais devant un char ? » « -Je jonglerai ».

« Et les cerfs-volants passeront au-dessus du mur »

Leïla Cukierman . Novembre 2014.


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