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UNIVERSITE POPULAIRE EXPERIMENTALE DE PARIS 8
Lettre d’information de Janvier 2011
mardi 15 février 2011
publié par Christian Maurel , Marc Lacreuse

L’université populaire de Paris 8, poursuit sa route, les travaux de la première promotion prennent forme, une deuxième promotion d’apprentis chercheurs est en place, de nouveaux partenariats sont signés. Beaucoup de nouvelles pour cette petite lettre !

Nous aborderons dans un premier temps le travail mis en place avec les deux promotions à partir d’un cycle de conférences, puis nous vous informerons des nouvelles ouvertures partenariales de l’U2P8.

L’université populaire a choisi, afin d’enraciner une culture commune en ce début d’année universitaire, de proposer aux nouveaux apprentis-chercheurs, comme aux anciens, un cycle de quatre conférences-débats autour des questions de l’épistémologie en Sciences de l’Education.

 Le 5 novembre : Une introduction anthropologique à la complexité, une lecture distanciée de l’oeuvre d’Edgar Morin par Jacques Nacoulma, anthropologue et philosophe à Paris5.

 Le 20 novembre : L’histoire des idées en Sciences de l’Education par Jean-Louis Le Grand, professeur en Sciences de l’Education à Paris 8 et directeur de l’UFR SEPF.

 Le 27 novembre : L’éducation populaire dans sa complexité et ses enjeux au XXIe siècle par Christian Verrier, ex maître de conférences en Sciences de l’Education à Paris 8.

 Le 3 décembre : De la Métamorphose de Plozevet à l’approche pluridisciplinaire d’une question de recherche par Nicolas Fasseur, patricien-chercheur en éducation populaire et responsable pédagogique de l’u2p8.

Ces quatre conférences ont été filmées et chacun peut les voir ou les revoir sur le site : http://education-vie.univ-paris8.fr...

Conformément à notre positionnement pédagogique ancré dans l’éducation populaire, notre objectif n’est pas de faire ici un mauvais résumé de ces conférences, (il vaut bien mieux aller voir la conférence sur le site) mais de percevoir comment de tels apports sont appropriés par ceux qui les écoutent et comment ils questionnent leurs expériences personnelles. Sachant que le déséquilibre que crée chacune de nos questions, nous pousse à trouver les réponses, c’est à dire à apprendre (aller vers de nouveaux savoirs) et à re/construire le sens de ces savoirs pour soi et pour le monde qui nous entoure.

Nous présenterons donc les réflexions de certains apprentis chercheurs à propos de ces conférences, à partir de deux axes :

 le premier est sur le fond, c’est à dire les apports et les questions relevés par quelques uns ;

 le deuxième, apparu au cours de la discussion nous paraît pertinent dans une démarche qui se veut aussi une réflexion sur la pédagogie, et sur la forme de ces transmissions.

Apports et réflexions sur les trois premières conférences présentés par les apprentis chercheurs de l’U2p8.

- A propos de la conférence Une introduction anthropologique à la complexité, une lecture distanciée de l’oeuvre d’Edgar Morin par Jacques Nacoulma.

Le philosophe Edgar Morin ouvre une réflexion sur l’anthropologie, c’est-à-dire la science de l’Homme. Edgar Morin considère l’Homme dans sa « complexité » dans ce sens qu’il fait coexister la partie raisonnée de l’Homme (sapiens) et son côté déraisonné (démiens).

Ainsi il est possible d’accepter l’ambivalence humaine comme complexité ; cela permet de concevoir l’humain dans sa globalité, sans omettre l’importance des temporalités. L’être humain n’est pas d’humeur égale, il peut changer d’opinion d’un moment à l’autre. Voici une phrase de George Sand (qui reflète bien cette ambiguïté : « Je ne crois pas du tout (mais pas du tout) à ceux qui prétendent s’être trouvé toujours d’accord avec le moi de la veille. » (G. Sand, 1855, Histoire de ma vie, Gallimard, chapitre1). Cet ouvrage a été publié cinq ans après l’autobiographie de Châteaubriand : Mémoires d’outre-tombe (1850), et soixante-quinze ans après l’autobiographie de Rousseau : Les Confessions (1782-1789). Autobiographie, récit de vie, confessions, mémoire, journal, fragment, sont, alors, des témoignages utiles aux sciences humaines telles que l’anthropologie, l’Histoire, la sociologie et autres. Une sorte de trésor de l’humanité, des joyaux de la pensé humaine. Une histoire de vie comme trace fixe la pensée dans le temps, témoigne de la complexité. L’écriture de l’histoire de sa vie exige une analyse de soi et de son environnement, où se mêlent introspection (observation de sa vie intérieure) et rétrospection (regard sur les faits passés). Ces genres littéraires me semblent être de bons outils pour appréhender la complexité, à la fois pour celui qui écrit et pour celui qui lit. Au fil des âges des auteurs ont laissé des traces qui traversent le temps et permettent aux contemporains de relire l’Histoire de l’humanité. (Stella)

J’ai sincèrement aimé l’intervention de Jacques. Sa passion pour son sujet transparait dans ses mots et gestes et nous a ouvert son monde avec conviction. Il a abordé la pensée complexe en disant avec simplicité que rien n’est simple, mais que tout est complexe ! Prenant appui sur la symbolique d’une terre représentée comme mère universelle, chaque être humain et animal est alors représenté comme l’enfant de cette terre. C’est à partir d’une singularité que les ramifications naissent pour être entrainé dans une sphère de complexité comme la terre et ses occupants. (Comba).

- A propos de la conférence L’histoire des idées en Sciences de l’Education par Jean-Louis Le Grand.

Ce qui a retenu mon attention dans la conférence de Jean-Louis Le Grand c’est la partie où il fait référence à la "la légitimité de s’approprier du savoir" dans la mesure où il arrive a nous faire prendre conscience des faits que l’on rencontre tous les jours mais qu’on n’arrivait pas à mettre en mots.

Par exemple en Haïti, les enfants issus des familles qui ont les moyens et capacités économiques et intellectuels les plus élevés sont dans des écoles qu’on appelle « des écoles Congréganistes ou Internationales » où tout est mis a leur disposition pour créer un environnement propice pour apprendre : une bibliothèque, une espace calme, une organisation des activités qui contribue à leur épanouissement physique et moral. Ils sont aussi aidés à la maison par leurs parents. Le plus souvent ces enfants ont 90% de plus de chances de réussir dans la société. Quant aux enfants issus de familles défavorisées, les parents qui ne savent ni lire ni écrire ne peuvent leurs apporter d’aides à la maison ni sur le plan intellectuel ou financier. Ce groupe d’enfant intègre des écoles appelées "école laïque" qui sont le plus souvent mal structurées au point de vue administratif, dépourvues des choses les plus élémentaires comme, une bibliothèque. Elles n’organisent pas d’activités scolaires qui pourraient faciliter l’épanouissement de ces enfants. Parfois on note l’absence d’une grande cour où pourraient jouer les enfants. Plus tard, un petit pourcentage d’enfant issus de ces classes réussissent : est-ce que ce sont ceux qui ont une capacité naturelle très élevée ou ceux qui, nés d’une bonne étoile, sont très chanceux ?

Entre l’élève de l’école congréganiste, qui devient adulte cultivé et l’enfant de école laïque dit adulte "limité", n’est ce pas plus que les compétences de l’enfant, le mode et l’organisation de l’appropriation des savoirs qu’il nous faut étudier ? (Valérie)

- A propos de la conférence L’éducation populaire dans sa complexité et ses enjeux au XXIe siècle par Christian Verrier.

"Ce qui m’a interpellé dans la conférence de Christian Verrier ce sont les enjeux pour ce XXIe siècle, et en particulier la prise en compte de l’existentiel et de la transformation de notre façon d’être au monde. Alors, si prendre en compte l’existentiel consiste à relire sa vie pour y délier les liens qui nous lient et nous empêchent d’être au monde, nous délester de ce qui entravent notre marche, il est possible d’utiliser l’histoire de vie comme processus de formation et de transformation, afin de changer notre regard sur nous-mêmes et les autres. Peut être alors, qu’en effet, l’un des enjeux majeur de ce XXIe siècle est cette lecture à faire pour poursuivre notre route et trouver un nouveau souffle ? Merci à l’équipe de l’Université Populaire Paris 8 de nous offrir ce programme ; je souhaite à toutes et tous et à moi-même de faire ce voyage !". (Catherine)

Françoise ajoute : « Il posait également la nécessité de former à la problématique de la recherche dès l’entrée à l’université. Cette formation à la recherche devrait pouvoir donner les outils nécessaires afin de permettre de participer à « la rénovation de la pensée politique en panne aujourd’hui ». Ce qui m’amène à me poser la question du rôle de l’université aujourd’hui : « l’université existe-t-elle uniquement pour dispenser un savoir, produire des connaissances ou pour former à un métier ? ». J’ai aussi particulièrement retenu son développement sur l’éducation populaire par rapport à l’enseignement universitaire. « Tout ce que ne fait pas l’université, c’est à l’université populaire de le faire » dit-il. C’est un point de vue que je ne partage pas complètement (voir la vidéo), mais j’ai surtout bien aimé le : « faire tous ensemble, de façon coopérative, développer la vision du réel… » et « l’espèce humaine doit aujourd’hui développer une vision altruiste du monde en ayant une pensée pour les générations qu’elle ne connaîtra pas… ». L’éducation populaire c’est une finalité ! ». (Françoise)

Face aux Savoirs, nous ne sommes pas tous égaux, même si l’école est obligatoire et gratuite en France depuis 1881 (loi J.Ferry). L’influence de l’environnement sur la transmission des savoirs est grande et il est des avantages d’être nées dans une famille riche. Par exemple, il est plus aisé d’étudier lorsqu’on dispose de moyens financiers et intellectuels, d’une chambre personnelle, d’un ordinateur… De même sont favorisés les enfants ayant des parents érudits qui les aident dans leurs devoirs A l’opposé, les moins chanceux ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour réussir. Le manque de moyens financiers est certes un frein évident pour atteindre de hautes études, mais s’y ajoute ce que Bourdieu appelait : le capital social (capital intellectuel et environnemental).

Tout ceci fait qu’encore aujourd’hui, les milieux défavorisés ne se sentent pas légitimes pour s’approprier ces connaissances, et ceci s’ajoute à cette difficulté que nous n’avons pas grandi dans l’environnement propice à ces apprentissages.

Après avoir écrit ces quelques lignes, j’ai décidé de réécouter la conférence de J. L. Le Grand. Quel n’est pas mon étonnement lorsque je vois que je n’en ai retenu que 2 minutes sur les 2 heures ! Pourquoi juste ces quelques minutes ? Je ne serai pas objective, si je ne me posais pas cette question : c’est vrai que je me sens particulièrement concernée pas l’égalité des chances ; comment pouvoir donner à chacun la possibilité de poursuivre ses études s’il en a envie est une question centrale pour moi, peut-être parce que je n’ai pas eu cette chance ? C’est certainement ce vécu et les questions que je me pose qui font que je n’ai retenu, de la conférence de J. L. Le Grand, que ces quelques instants. (Khadija)

Quelques réflexions sur la forme, "conférence filmée" dans la transmission des savoirs.

L’appréhension de devoir suivre une conférence, de prendre des notes et d’y participer était assez préoccupante avant de m’installer en salle, pour ma part. Mais ces appréhensions se sont très vite dissipées face à la prestance et la présence de notre conférencier. Dès le début, j’ai pu remarquer l’accent particulier de Jacques, je pensais que ma concentration serait axée plus particulièrement sur le déchiffrage des mots que sur le contenu de son sujet, mais pas du tout.

Ce qui est difficile, c’est que l’on arrive avec beaucoup d’hésitations et d’appréhensions, voire des préjugés qu’il faut vite abandonner pour s’immerger dans le vif du sujet. Le conférencier a su maitriser avec précision son sujet. Son investissement et sa vivacité ont permis à l’ensemble des étudiants de pouvoir s’intéresser à ce sujet dans un premier temps, puis de libérer leurs paroles pour ensuite, adhérer ou non à ce qui avait été présenté.

Le conférencier a été « le chef d’orchestre » de la séance ; il a su éveiller la curiosité et amener chacun à s’interroger dans un échange riche et intéressé. Naturel et décontracté, Jacques nous a entrainés dans sa passion oubliant la présence de la caméra. (Comba)

Suis-je à l’aise voire capable de transmettre quelque chose lorsque je suis en situation d’une conférence surtout lorsqu’elle est filmée ? Ceci est, pour moi, une vraie question car cela n’est pas dans mes habitudes. En effet, non pas que je déborde de timidité, bien au contraire, ces habitudes se situent plutôt dans d’autres formes de transmission. Mes pratiques issues de l’éducation populaire amplifiées par mon ancrage d’enseignant à l’université m’orientent sensiblement sur les questions de production de savoirs et non pas forcément dans leurs diffusions. Et d’ailleurs, cela n’est pas pour rien si mon plan de service actuel à Paris8 est essentiellement dirigé vers l’épistémologie, la méthodologie, ou, comment peut-on orchestrer une recherche à l’université ? Doit-on s’attendre à recevoir de l’université un catalogue de méthodes de recherche testées, approuvées ou labellisées ? S’agit-il alors d’un catalogue à appliquer à chaque situation de recherche ? Il en est rien, désolé car un bon chercheur est avant tout un bon bricoleur de méthodes. Notre université populaire est conçue comme un atelier épistémologique où les apprentis-chercheurs produisent de la recherche mais aussi inventent leurs propres outils permettant cette production. Bien entendu il ne faudrait pas lire dans ces propos un quelconque dénigrement les conférences de l’u2p8 ; bien au contraire, elles sont essentielles notamment dans leur capacité à fournir de la matière à penser, à construire des références communes sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour continuer cette belle aventure collective. (Nicolas)

Pour conclure, à travers ces quelques réflexions nous souhaitions relever les façons dont les liens entre savoirs théorisés, réputés transmissibles, et savoirs d’expériences, laissés dans l’état brut de nos ressentis, se tissent. La, ou plutôt les, posture(s) de l’enseignant, les conditions d’écoute, la sensibilité du moment, de l’auditeur, font qu’un tri se fait de part et d’autre et qu’il ne reste guère au final, que quelques minutes, quelques questions… c’est bien suffisant ! Car à elles seules, elles ouvrent toujours un trop vaste champ de questionnements. Ce champ, c’est avec les membres du groupe et grâce à d’autres savoirs encore, que chacun réussit à le travailler. C’est bien de ces aventures de cultures que nous vous tiendrons informés. (Yvette)

Information sur de nouveaux partenariats.

Un nouveau tournant s’annonce pour l’u2p8 en cette année 2011, dans le cadre du programme de recherche intitulé « contribuer à l’éducation populaire du XXI me siècle ». En partenariat avec l’université populaire de Ris Orangis (91) et l’université populaire coopérative du Morbihan (Activités de la MJC de Ris Orangis) nous nous proposons ensemble :

 de valoriser l’initiative populaire ;

 de faciliter les apprentissages des habitants sans avoir recours à des programmes préconçus, mais en partant des sujets qui les affectent ;

 de valider, à partir de ces travaux de terrain et d’écrits, des parcours de recherche, individuels et collectifs.

Les contacts avec ces groupes de recherches pourront être organisés sur place ; le travail menant à la validation sera accompagné par l’université. C’est pour nous l’opportunité de produire de nouveaux savoirs sur les initiatives contemporaines de l’éducation populaire, de valoriser ces expériences de groupes, et de permettre à ceux qui s’y engagent, d’obtenir un diplôme permettant de poursuivre leurs études en Sciences de l’éducation (Yvette).

L’équipe rédactionnelle :

Directeur de la publication : Nicolas Fasseur, responsable pédagogique de l’u2p8 nicolas.fasseur02@univ-paris8.fr.

Rédactrice en chef : Emmanuelle Leseur, apprentie-chercheuse/animatrice de l’u2p8.

L’animatrice de l’atelier d’écriture « newsletter » de l’u2p8 : Yvette Moulin.

Secrétariat administratif : Christelle Cannet, 01.49.40.66.84, dpcu-sced@univ-paris8.fr

Les auteurs de cette lettre collective d’information : Nicolas, Yvette, Comba, Stella, Valérie, Catherine, Françoise, Khadija.

Restons en contact :

 Sur le site de l’UFR8 de l’Université de Paris8 : http://www.ufr-sepf.univ-paris8.fr/...

 Sur FaceBook : http://www.facebook.com/pages/Unive...