Nous ne sommes pas des abstentionnistes...
Claude Ramin.
jeudi 26 novembre 2015

Nous ne sommes pas des abstentionnistes, vous ne nous enfermerez dans aucune de vos cases !

Nous refusons de participer plus longtemps aux jeux de dupes que sont les élections dans le cadre de cette démocratie représentative.

Cette « démocratie », comme ils disent, est fondée sur un système représentatif où la lutte pour le pouvoir s’exerce entre « représentant(e)s » professionnels qui ne nous ont JAMAIS représentés ; une élection n’est pas terminée qu’un autre cirque commence.

Ces élections servent de paravent à cette « démocratie » érigée en modèle universel. « Modèle » imposé aux peuples du monde entier, par la force s’il le faut, au nom d’une soi-disant Raison dans le cadre de cette pensée hégémonique de l’Occident.

Lorsque cette « raison » n’entend plus battre le cœur de l’humanité et croit pouvoir se passer de toutes les limites, elle devient vide de sens et n’est rien d’autre qu’une nouvelle religion.

Nous refusons également d’être plus longtemps complices de ce qu’apporte dans ses valises cette « démocratie », à savoir :

- son mode de vie fondé sur le mal avoir, (depuis l’esclavage, les colonisations dont celle de l’imaginaire, le pillage des ressources, des terres, des semences, de l’eau, des forets, … de la planète commune à tous, jusqu’à l’immigration « choisie » et les centres de tri !, l’Histoire ne nous aura rien appris ?), responsable de tant de violences, de guerres, de misères et de haines.

- et son mode d’organisation d’une prétendue « société » fondée sur la sacralisation de la propriété et de celle de la liberté individuelle où « seul(e) au monde je fais ce que je veux, je me moque des autres et de ce qui m’entoure », sur la consécration d’une nouvelle divinité : l’argent, et sur le primat de l’économique, sa financiarisation, son régime illimité de la dette. Depuis la révolution industrielle l’étalon-or servait essentiellement de base au système monétaire international, puis vinrent les accords de Bretton Woods en juillet 1944, puis le 15 août 1971, suite au creusement du déficit dû à la guerre contre le peuple vietnamien, R. Nixon met fin à la convertibilité du dollar américain en or. A cette date la masse de dollars dans le monde atteignait 53 milliards de dollars, ce qui constituait cinq fois les stocks d’or du Trésor américain … Après le processus de dématérialisation de la monnaie, fondé sur notre confiance !, que représentent aujourd’hui les stocks d’or par rapport à la masse monétaire en circulation dans le monde ?

Cette dette n’est pas qu’économique, n’en déplaisent aux experts en tout genre, elle est également écologique (la nature étant aussi monétisée, elle est considérée comme une marchandise inépuisable sur une planète aux ressources pourtant finies), politique (la santé des marchés prenant le pas sur celle des êtres humains où les groupes de pression des entreprises transnationales, des banques,… ont bien plus de poids que l’expression des gens ordinaires)…

Bref cette dette est anthropologique, la marchandisation de TOUT LE VIVANT, l’être humain n’étant qu’une partie du vivant, met en péril le devenir de l’être humain, là-bas, ici, et de ce qui nous entoure.

« Nous avons abandonné la bouche qui parle au profit de la bouche qui mange » pour reprendre l’idée de D. Barbier dans « la fabrique de l’homme pervers ». Le sens n’est pas le même, centrifuge pour le premier, tourné vers les autres ; centripète pour le second, tourné vers son petit nombril centre du monde ! Intolérant(e)s aux frustrations, captifs du toujours plus…, nous devenons dépendants aux consommations, et mieux encore si elles passent par la corde « gratuite » du crédit que nous nous mettons librement autour du cou pour mieux nous asservir. Après les écrans de télévision et les ondes ayant ouvert le temps de cerveau disponible ; aujourd’hui l’emprise numérique envahit nos vies privées jusqu’à l’intime (ne faut-il pas être toujours branché !), et atteint gravement et durablement notre psychisme. Isolé au milieu d’amis virtuels nous nous recroquevillons sur notre nombril, seul notre égo compte. Inondé par des connaissances nous ne savons plus les mettre en lien et perdons ainsi nos savoir-être, nos savoir-faire et notre pensée critique. Tout cela conduit à une vie vide de sens où il faut avancer (sans savoir où nous allons, ou en faisant mine de ne pas savoir préférant regarder de l’autre côté afin de continuer à consommer ; la croissance, qu’elle soit bleue marine, bleue, rose, verte, rouge, rouge de rouge voire écarlate, étant le moteur de cette machine infernale où tout est quantifié, normé…) ; et pour cela il faut s’adapter au nom de la modernité, de l’innovation, du progrès linéaire infini jusqu’à la folie du transhumanisme et son « être » augmenté rempli d’artéfacts ayant perdu toute parcelle d’humanité.

Cette seconde raison ne peut pas, ne doit pas, être séparée de la première.

Ce double refus nous engage et nous oblige à mettre la main à la pâte au quotidien, là où nous vivons, afin de redonner sens à nos existences.

La question essentielle aujourd’hui ne se pose-t-elle pas en ces termes : Voulons-nous mettre encore quelque chose en commun afin de pouvoir continuer à vivre AVEC les autres ET AVEC ce qui nous entoure ? Autour de quel COMMUN - et non des biens communs, derrière le bien il y a toujours le maître qu’il soit marché ou bureaucratie étatique - ? Selon quelles règles nous définirons ce COMMUN tout en le liant à ses usages ? Selon quelles règles nous le ferons vivre sur la durée ? Règles que nous nous fixerons et que nous soumettrons à expérimentation ; nous apprendrons aussi de nos erreurs. Il n’y a pas un chemin, encore moins LE chemin ; les chemins se font en marchant pour paraphraser A. Machado.

Parce que nous ne sommes pas meilleurs que les autres nous refusons le pouvoir ; le pouvoir n’est que faire faire et il est source de violences. Nous voulons nous retrouver autour de choses simples et essentielles à la vie de chacun(e) et de tous, « vivre simplement afin que les autres puissent simplement vivre » disait Gandhi.

Nous voulons explorer à nouveau les voies de l’autonomie et de l’émancipation, l’autogouvernement de soi-même et l’autogouvernement du COMMUN. Personne ne nous émancipera à notre place ; S’ÉMANCIPER et non émanciper.

L’égalité n’est pas un droit, c’est un postulat, de la naissance à la mort. La liberté comme l’autonomie ne peuvent se construire qu’avec les autres et avec ce qui nous entoure ; et sans violence, ce qui ne veut pas dire sans discussion.

Aucune constitution, ni aucun artifice, ne peuvent garantir la pratique de la démocratie ; cette pratique reste liée à la constance de nos actes au quotidien ; sans l’irruption des gens ordinaires prenant en main leurs vies nous en restons aux discours et entretenons les illusions.

Tant que nous penserons dans la langue de nos maîtres nous resterons asservis ; non seulement nous ne panserons pas nos maux mais nous consentirons à les aggraver là-bas, comme ici.

Claude Ramin , Aix en Provence le 24 novembre 2015.