CONTRIBUTION LIBRE
IL FAUT DECOLONISER LES ARTS !
LIBERTE DE CREATION POUR LES ARTISTES MINORES, par Leïla Cukierman
mercredi 20 juillet 2016

IL FAUT DECOLONISER LES ARTS !

LIBERTE DE CREATION POUR LES ARTISTES MINORES

CONTRIBUTION DE

Leïla Cukierman , ex-directice du Théâtre d’Ivry & membre du " secteur culture " du pcf

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" L’imaginaire, c’est l’intuition de l’ailleurs, de ce qu in’est pas moi et qui est différent de moi. Il créé, c’est à dire me propose à moi-même un horizon, me prolonge, me dépasse et m’altère . "

Edouard Glissant

"La violence des conquêtes coloniale fut aussi idéologique. Le principe érigé de sous-humanités ( sous-cultures) et d’une humanité occidentale supérieure s’est immiscée dans les mentalités. Il a induit un assujettissement de tous à lapensée coloniale. Cette violence idéologique perdure et le monde de l’art ne s’en exempte pas. Quand le peuple de Freance se compose de 30 °/° de personnes racisées, qui vivent toujours sous le régime du contrôle au faciès, combien d’entre elles trouvent leur place dans les institutions culturelles ? La discrimination existe dans les métiers de l’art depuis toujours et aucune évolution ne se fait sentir. Le constat est simple : sur les plateaux, dans les expositions, très peu d’artistes, vivant en France, porteurs des histoires coloniales. Cette discrimation se cumule à la dicrimination sexiste. Face à ce mur d’exclusion, l’association Décoloniser les arts ( DLA ) est née en décembre 2015. Les arts de la scène sont un lieu de la relation d’imaginaires singuliers. L’émotion, le bouleversement de soi-même produisent du questionnement sur son propre devenir et ce, dans ce moment éphémère et imprévisible de la représentation vivante quand elle propose le pas de côté et le mouvement de soi vers l’autre. Les potentialités transgressives du travail artistique suggèrent un potentiel émancipateur pour toute une société. Du point de vue des dominants, ce processus se révèle un danger si des arts qui inventent de nouveaux imaginaires, hétérogènes, divers, incontrôlables, potentiellement moteurs de l’abolition de rapports de domination entrent en confrontation avec un système exclusif et deviennent moteur de subversion. Car ces artistes, majoritairement exclus, travaillent les causes et les effets de la dominationj persistante au coeur même de leur art. Dès lors, le senjeux dépassent la dénonciation de suns pour l’obtention de quelques postes pour d’autres, ceux-là " issus de la diversité " . Il s’agit de réappropriation, de transformation de la narration, d’élévation de la conscience de la complexité d’une complexité d’une société par le partage des mémoires sensibles et des histoires universelles ( la traite négrière, l’esclavage, l’indigénat, les guerres, les exclusions, les tortures, l’exploitation sans frein de la colonisation ). Pour fabriquer du commun démocratique, l’expression critique des fondements et des contradictions profondes est nécessaire. L’institution culturelle vit un paradoxe quand elle se réclame de l’invention et ignore ce qui se créé " ailleurs " que dans l’entre-soi. Elle se préserve dans le cloisonnement et n’entend pas ce qui gronde à sa porte : le peuple tel qu’il s’invente en créolisation. Pour DLA, il s’agit d’inscrire toutes les singularités dans les processus de travailpropres à l’art, à la recherche, de garantir la liberté de création pour tous les artistes minorés d’un peuple qui s’invente et d’une mondialité, d’un autre rapport entre les humains. Décoloniser les arts c’est créée pour faire prendre conscience à toutes les instances professionnelles et politiques que les artistes racisé-e-s ne doivent plus avoir à justifier du caractère universel de leursoeuvres, que les moyens de production et de diffusion, de formation, d’emplois à despostes de responsablité doivent s’ouvrir à l’altérité, que doit cesser leur minoration, que c’est la meilleure façon de lutter contre les identitarismes violents . "

( paru dans l’Huma du 20.07.16)