Dans Le Monde du 14 - 1- 2017.
Un président élu grâce à un vote par notes.
Une proposition de Marie-Anne Cohendet.
samedi 14 janvier 2017

Un président élu grâce au vote par notes.

Rendre au chef de l’État son rôle d’arbitre et rétablir l’équilibre constitutionnel grâce à un mode de scrutin favorisant le consensus.

Faisons élire le président par un vote par notes ! Les électeurs donnent une note à chaque candidat et -celui qui remporte le plus de points gagne. Ainsi, le chef de l’État sera une personne dont l’élection est souhaitée ou au moins acceptée par le plus grand nombre de Français. Ce type de scrutin existe déjà dans plusieurs pays, notamment en Lettonie, où il fonctionne très bien. Le bulletin de vote comporte le nom de tous les candidats et, face à chacun d’eux, l’électeur coche l’une des cases proposées pour lui attribuer une note.

L’échelle de notes peut être plus ou moins étendue. Elle peut aller, par exemple, de 1 à 20. Ce système permet une évaluation fine, mais il a l’inconvénient d’être facile à manipuler pour un groupe organisé : si 30 % des électeurs mettent 0 sur 20 à l’un des deux ou trois meilleurs candidats et 20 sur 20 à un autre, ils faussent gravement l’élection. C’est pourquoi je propose que les électeurs aient le choix entre trois cases : souhaitable (+ 1 point), acceptable (0 point) et inacceptable (– 1 point). Le candidat qui recueille le plus grand nombre de points est élu.

Ce type de scrutin présente bien des avantages. D’abord, il contribue à réduire l’abstention ou le vote blanc : au lieu d’être enfermés dans une alternative entre une adhésion totale et le rejet d’un seul candidat, les électeurs peuvent exprimer une opinion plus riche, plus mature, plus fine et plus diversifiée. Ils peuvent exprimer plusieurs sensibilités à la fois en se montrant favorables à plusieurs candidats. Ils peuvent aussi écarter les personnes qu’ils jugent les plus néfastes. Ce système favorise le consensus au lieu des oppositions, l’apaisement au lieu des conflits.

Ce mode de scrutin est en outre plus juste. Actuellement, le président élu est souvent le chef d’un camp qui a obtenu seulement 15 % à 20 % des voix au premier tour et qui a été rejeté par près de la moitié des Français au second tour, ce qui n’est pas très équitable. Autre injustice : un très bon candidat consensuel peut être éliminé au premier tour parce qu’il y a plusieurs petits candidats dans son camp, ce qui est dommage.

Le vote par notes est souhaitable pour toutes les élections, mais les modalités que je propose sont particulièrement adaptées à la présidentielle. Selon la Constitution, le président est en effet un simple arbitre : c’est le gouvernement – responsable et donc révocable – qui dirige la politique. Dans les faits, cet équilibre constitutionnel est le plus souvent remis en cause : le président est -devenu le chef de la majorité, ce qui n’est pas très démocratique car il est quasiment incontrôlable et irresponsable.

Si, grâce au vote par notes, le président est une personnalité politique consensuelle, il sera moins tenté d’interpréter trop largement ses pouvoirs. La majorité populaire, et donc parlementaire, sera donc dirigée par un premier ministre qui sera responsable et révocable, comme dans les autres pays de l’Union européenne. Le président pourra ainsi redevenir l’arbitre et le garant consensuel qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.

Par Marie-Anne Cohendet.

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