Dans Le Monde du 17-11-2017.
Les "conventions démocratiques" sur l’Union européenne manquent d’ambition.
Claudia Shwalisz.
dimanche 17 décembre 2017

Les " conventions démocratiques " sur l’UE manquent d’ambition.

La proposition d’Emmanuel Macron de consulter les citoyens sur la refonte de l’Union européenne est louable, mais le processus retenu va empêcher un débat représentatif, estime la politiste Claudia Chwalisz.

Emmanuel Macron veut lancer des " conventions démocratiques " pour refonder l’Union européenne (UE). Un rapport parlementaire vient de proposer une méthodologie pour les mettre en œuvre. Il suggère deux leviers d’action entre mai et octobre 2018 : une vaste consultation en ligne sur l’avenir de l’Europe puis des débats dans les États intéressés. Mais si le but est un " grand débat européen ", ces propositions sont peu susceptibles d’atteindre leur objectif pour trois raisons.

L’aspect le plus problématique est que, pendant les deux étapes, le processus est " ouvert " à tous ceux qui le souhaitent. Cela paraît louable, mais la plupart des études montrent que les personnes les plus susceptibles de participer à n’importe quel type d’activité civique ou politique sont des hommes, bien éduqués, riches et habitant en ville.

Liste de vœux pieux.

Par ailleurs, ce sont aussi les personnes avec les points de vue les plus arrêtés qui sont les plus susceptibles de participer. Il n’est pas impensable que ce soit les gens qui sont le plus susceptibles de voter aux élections européennes qui participeront en plus grand nombre. D’après le dernier sondage Eurobaromètre de 2014, les électeurs sont surtout des hommes, plutôt âgés et aisés et qui pensent que l’adhésion à l’UE est une bonne chose. On peut donc prédire que les " conventions démocratiques " ne seront représentatives du grand public européen ni démographiquement ni idéologiquement. L’option du tirage au sort, qui aurait permis la participation de citoyens plus représentatifs de la diversité européenne, est malheureusement oubliée. Deuxièmement, la proposition de tenir la moitié de ces " conventions " en ligne démontre un vrai manque d’ambition. Au lieu d’être une instance de délibération, où les gens ont le temps d’apprendre, d’écouter des participants venus d’autres pays, puis ensemble de formuler un consensus, le rapport réduit cette étape à une simple consultation sur trois questions : Quelles sont les valeurs de l’Europe ? Qu’en attendez-vous dans votre quotidien ? Quel changement attendez-vous de l’Europe ?

Des questions très générales, et un format qui ne demande aux participants ni de se mettre dans la peau des autres ni de considérer les options assez restreintes de ce qui est possible en réalité. Quelle réponse peut-on obtenir ? Une liste de vœux pieux, pas forcément réalistes émis par des prœuropéens. Même si le format était modifié pour être plus délibératif, la recherche montre qu’il n’est pas possible de véritablement délibérer en ligne, car créer de la confiance entre les gens nécessite qu’ils soient face à face.

La délibération a aussi besoin d’un modérateur, qui assure que nul ne domine la conversation. Finalement, la méthodologie proposée ne permet pas aux Européens d’échanger des idées avec des citoyens des autres États membres. Si le but est d’organiser un grand débat européen, pourquoi les " conventions " ne réunissent-elles pas des participants de tous les pays d’UE ? Ce manque d’ambition risque de donner l’impression que les " conventions démocratiques " ne sont qu’un exercice de relations publiques pour le gouvernement et La République en marche (LRM).

Or les exemples d’engagement civique réussi ne manquent pas. Il y a une cinquantaine d’expériences au Canada et en Australie, où les citoyens tirés au sort ont joué un rôle important dans le développement des politiques publiques. On peut aussi s’inspirer des plates-formes d’innovation démocratique que sont les G1000 en Belgique et aux Pays-Bas ou des assemblées citoyennes de Gdansk (Pologne). Tous ces exemples démontrent qu’un groupe de citoyens tirés au sort et représentant la diversité de la société est capable de résoudre des questions complexes si on leur donne le temps et les ressources nécessaires de réfléchir sereinement aux problèmes, de trouver un terrain d’entente et d’élaborer des solutions concrètes.

Mesdames et messieurs de La République en marche, encore un effort pour organiser de véritables conventions démocratiques sur l’avenir de l’Europe !

Claudia Chwalisz.

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