DEMOCRATIE
A MONTREAL , LES " TABLES DE QUARTIERS " SONT DES INTERLOCUTEURS PRIVILEGIES
enretien publié dans Le journal Le Monde du 8.06.19
lundi 10 juin 2019

La recherche de nouvelles formes de "démocratie réelle" n’est pas une chose

simple : toutes les réflexions et expériences menées ici et là l’attestent .

Notre site en présente quelques exemples régulièrement .

Ce qui se tente à Montréal avec les " tables de quartier " pose de nombreuses

questions , notamment celle de formes de consultations citoyennes

instrumentalisées, encadrées , au point de courir le risque d’en dénaturer

l’intention proclamée…

Un témoignage pour débat, donc .

Marc Lacreuse. Corédacteur du site .


" A MONTREAL , LES " TABLES DE QUARTIER " SONT

DES INTERLOCUTEURS PRIVILEGIES "

( Le Monde du 8.06 19 )

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" Il existe aujourd’hui une trentaine de " tables de quartier " qui font vivre la

participation citoyenne de façon pérenne, estime Anne Latendresse, professeure

de l’université du Québec à Montréal .

Entretien .

A QUOI LES " TABLES DE QUARTIER " A MONTREAL SERVENT-ELLES ?

Elles ont été créées à la fon des années 80, dans certains quartiers de Montréal, de la volonté d’associations et d’habitants de se regrouper " autour de la table" pour croiser leur analyse des problématiques du quartier. Il existe une trentaine de " tables "aujourd’hui à Montréal, dont les plus anciennes ont vu passer quatre générations de citoyens . Elles sont devenues les interlocuteurs privilégiés des mairies d’arrondissement qui, depuis la réforme des années 2000, ont une grande autonomie. Les tables de quartier font vivre la participation citoyenne à Montréal de façon stable et permanente. C’est un élément important de la concertation à l’échelle municipale .

QUEL EST LEUR CHAMP D’ACTION ?

Les tables sont responsables du développement social local : la lutte contre la pauvreté, l’accès au logement, l’intégration des migrants, des jeunes , des aînés, la mobilisation environnementale … Leurs membres, souvent des représentants d’associations du quartier, jouent le rôle d’animateurs au long cours de la participation. A partir d’un diagnostic de quartier, ils mettent en place une démarche participative avec les habitants pour définir les priorités du quartier en matière de transport, d’habitat, de services de proximité …

LES TABLES INTERVIENNENT AUSSI DANS DES PROJETS D’AMENAGEMENT. DE QUELLE MANIERE ?

Dans le quartier populaire du Pointe-Sainte-Charles, enclavé entre le fleuve Saint-Laurent et le canal Lachine, la table a mené une démarche participative appelée " Opération populaire d’aménagement ", en 2004, autour du processus de gentrification. Elle a appelé les habitants à discuter pendant de ce qu’ils souhaitaient pour leur quartier : plus de verdissement, de pistes cyclables, de commerce local, de logements sociaux … Quand, l’année suivante, la ville de Montréal a annoncé un projet de développement du quartier avec un casino et des boutiques chics aux abords du port de plaisance, il y a eu une mobilisation incroyable … Les habitants ont vu que ce projet ne correspondait pas à leurs conclusions. Pendant un an, ils ont manifesté leurs désaccord et ont réussi à faire échouer le projet. Dans cet arrondissement, la table de quartier est devenu un acteur incontournable.

COMMENT CES TABLES SONT FINANCEES ? Une trentaine d’entre elles, aujourd’hui, reçoivent des financements des trois échelons de pouvoir ( municipal, provincial et fédéral ), qui se sont associés pour créer un fonds commun. L’originalité, c’est que la coalition montréalaise des tables de quartier est à la fois partenaires et récipiendaires de ce fonds. Ce financement récurrent assure leur indépendance et une continuité : dans chaque table de quartier, un employé est payé pour coordonner les projets et chercher d’autres financements. Depuis les années 2000, la ville de Montréal impose en échange la présence de partenaires publics et privés autour de la table : associations, mais aussi institutions ( écoles, secteurs de la santé ), entreprises et élus. Néanmoins, les tables les plus anciennes se refusent à intégrer des représentants institutionnels, préférant conserver un espace communautaire autonome . "

Propos recueillis par C.LE.